L'évolution de la politique Iranienne de lutte contre l'addiction aux drogues

Selon l’ Agence de presse iranienne il y a en Iran environ 1, 2OO ,OOO d’usagers de drogues en Iran. Cependant ces chiffres ne prennent pas en compte le cas d’usagers occasionnels.
Pour bon nombre de personnes cette information est surprenante étant donné la nature du régime iranien à savoir une théocratie basée sur les préceptes de l’Islam.
L’utilisation de stupéfiants en Iran remonte à des temps lointain et est bien ancrée dans les mœurs. Ce n’est donc pas une importation d’une pratique occidentale comme l’affirment par moments certains officiels iraniens.
Dès le début du 20 ème siècle une loi a été promulguée en 1912 contre la consommation d’opium et la culture d’opium. Cependant cette loi n’a pas eu les effets escomptés du fait de la dépendance de l’économie iranienne de l’époque aux exportations d’opium.
En 1943 le nombre de consommateur de drogues a été estimé à 1,5 million sur une population de 14 million. Ainsi, le gouvernement iranien a, pour réduire ce chiffre, promulgué une loi qui interdit toute culture ou consommation d’opium.
Faisant face à une importante activité de contrebande des lois anti-contrebande ont vu le jour en 1959 et 1969. Les prisons sont devenues pleine de contrebandiers et de consommateur de drogues. Leur cas relevait d’un tribunal militaire qui requérait la peine capital pour les contrebandiers.
Néanmoins, toutes ces lois répressives n’ont pas eu de résultats pertinents. C’est ainsi que le gouvernement iranien a en 1971 mis en place une carte d’identité spécifique pour les personnes âgées et les personnes ayant une maladie liée à l’opium afin qu’ils puissent bénéficier d’une aide légale pour leur usage quotidien.
On dénombrait 169, 000 personnes pour ce programme et le nombre non-officiel d’ usagers de drogues était estimé entre 200, 000 et 500, 000 personnes.
Ainsi le choix du traitement médicale de la part du service de traitement des addictions (STA) s’est tourné vers la Méthadone et ce quelque peu avant la révolution.
Le nouveau régime a dès lors opté pour un retour vers une politique répressive. En effet, en 1980 une loi a été promulguée pour renforcer les sanctions contre les crimes liés à la drogue. En outre, la même année le STA a été fermé et les camps d’entrainement militaire ont été créés où à partir de 1983 les usagers dépendants étaient soignés de force.
En 1988 le gouvernement iranien a intensifié le caractère répressif de ses lois. Ainsi, a été promulguée une loi dite anti-narcotique qui assimile l’usager dépendant à un criminel. Elle permet en outre l’arrestation d’usagers en toutes circonstances et met en place le Siège de Contrôle de la Drogue (SDCD).
Il a fallu attendre le milieu des années 1990 pour apercevoir un retour des autorités iraniennes à une politique moins répressive et ce grâce à une implication forte de la société civile. Ainsi, en 1996 un traitement a été donné par des organisations d’aide sociale alors que le traitement clinique n’était pas officiellement reconnu.
Par la suite, le législateur iranien a décidé de faire face à la réalité de la société iranienne. Dès lors, il décida en 1997 d’insérer un nouvel amendement au sein de la loi dite anti-narcotique. Désormais, les usagers de drogues qui sont toutefois toujours considérés comme des criminels sont aussi reconnus comme des patients à part entière. Ils ne sont plus arrêtés quand ils sont sous traitement et les camps d’entrainement militaire ont été fermés.
Ce revirement législatif vers une politique moins répressive nous conduit à constater l’échec cuisant des lois répressives et leur incapacité à aider les usagers de drogues à ne plus être dépendants.
Un premier pas a été de recenser le nombre d’usagers de drogues. Ainsi, en 1998 leur nombre était estimé à deux millions dont huit cent mille d’usagers occasionnels. Cette base de données officielle met en évidence l’effort considérable effectué par les autorités iraniennes.
La première clinique a été créée en 2000 qui permet aux usagers de drogues d’avoir un libre et volontaire test de HIV, un libre traitement antirétroviral, un programme d’échange de seringues dans un centre de santé dirigé par le secteur public.
Dans la même année des cliniques dites triangulaire ont vu le jour dans les prisons avec des consultations et tests confidentielles ainsi qu’un traitement antirétroviral.
Ainsi, depuis l’effort entrepris à partir de 1998 le gouvernement iranien ne fait que commencer la bataille contre la dépendance à la drogue et plus spécialement contre l'héroïne.
En 2006 on dénombrait entre 250 000 et 300 000 usagers d’héroïne dont 30 000 à 50 000 représentent un risque important de séropositivité.
Ainsi, en 2006 il y a eu environ 19 100 arrestation dont : 10% ont été envoyés aux camps d’entrainement militaire qui ont rouvert depuis leur fermeture en 1997, 51% envoyés vers des cliniques privées ou appartenant à des ONG, 21% envoyés vers des cliniques publiques et enfin 12 % remis au sein de leur famille.
Depuis 2007 cinq machines de vente automatique ont été installées dans cinq abris pour sans domicile fixe à Téhéran pour délivrer des seringues stériles et des préservatifs.
Dans la même année 132 cliniques qui offrent un traitement à base de Méthadone ont été ouvertes par le ministère de la santé en attendant d’en ouvrir 66 autres.
Ainsi, à la lumières de ces données médicales nous pouvons affirmer que l’Iran a choisi sincèrement de combattre la dépendance à la drogue par le biais d’une politique non répressive à l’instar des autres pays occidentaux. Antonio Costa de l’office des nations unis contre la drogue et le crime (UNDOC) a confirmé cette tendance en affirmant que le combat mené par les autorités iraniennes contre la drogue est l’un des meilleurs au monde.
Etant donné que le volet médicale de la lutte contre la dépendance aux drogues est mené à bien par les autorités iraniennes , il s’agit dès lors de s’atteler aux causes originels de la dépendance.
En effet, la crise économique et le chômage subi notamment par la jeunesse iranienne sont des facteurs primordiaux qui engendrent des sentiments d’abandon et donne peu d’espoir pour un avenir meilleur.
Ainsi, cette tâche qu’est le redressement de l’économie et l’établissement d’une justice sociale incombe aux politiciens avant tout.
Les révolutions tunisiennes et égyptiennes sont un exemple frappant des revendications des populations du moyen orient qui aspirent à une société plus juste. En Iran, la jeunesse est tout aussi engagée et peut être que finalement dans une sociéé plus juste l’usage de la drogue ne sera plus un moins d’échapper à un quotidien souvent difficile.






