A partager avec précaution : comment les réseaux sociaux alimentent la peur quand à l'usage des drogues

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De nombreux messages et articles partagés sur les réseaux sociaux propagent de fausses informations visant à stigmatiser les personnes usagères des drogues, et participent par là même à la marginalisation des groupes sociaux les plus vulnérables.

En mars 2019, un utilisateur américain de Facebook a posté l'image d'un rouleau de papier-toilette maculé de tâches rouges, trouvé dans des toilettes publiques. Ce même utilisateur y joint un avertissement comme quoi quelqu'un aurait utilisé le rouleau pour nettoyer une seringue usagée, impliquant implicitement que le sang puisse être contaminé. La personne responsable du message affirme avoir été confronté à cette technique de nettoyage des seringues lors d'un stage d'apprentissage des techniques de gestion des déchets toxiques et des situations d'urgence («  Hazardous Waste Operations and Emergency Response ») dispensé par l'agence gouvernementale américaine Occupational Safety and Health Administration (OSHA).

L'OSHA a cependant affirmé ne pas avoir connaissance de ce type de pratiques. Un représentant du département de la santé à Washington a également fait part de ses grandes réserves, notant notamment :

« Nous n'avons jamais entendu parler de ça. Ce type de pratique me paraît extrêmement peu vraisemblable, du fait que la pointe de l'aiguille pourrait casser si elle était frotter contre un rouleau de papier. J'ai du mal à voir pourquoi quelqu'un voudrait prendre ce risque si l'objectif est de réutiliser la seringue pour une autre injection. Il serait en réalité beaucoup plus simple et logique d'utiliser un morceau de papier pour nettoyer la pointe plutôt que de l'appuyer à même le rouleau. »

Cette exemple est typique de la panique morale alimentée par les réseaux sociaux, laquelle conduit à une méfiance encore renforcée de l'opinion public à l'encontre des personnes consommant des drogues dans des lieux publics. Cet état de fait apparaît comme particulièrement dangereux, les personnes consommant des drogues dans l'espace public étant généralement dans l'incapacité de le faire dans des endroits privatifs sûrs, et se trouvant être souvent des personnes sans abri ou issus d'environnements marginalisés. L'aggravation de leur stigmatisation risque en ce sens de les éloigner encore davantage du reste de la société, renforçant par la même les barrières à des perspectives de traitement ou d'accompagnement.

De même façon que l'hystérie ayant entouré l'usage des nouvelles drogues de synthèse, de tels messages renoncent à contextualiser les raisons qui poussent des individus à s'injecter des produits stupéfiants dans l'espace public. La diabolisation de ces personnes est un frein à la nécessité de mettre en lumière les conditions les conduisant à procéder dans de tels environnements, ainsi qu'à la nécessité d'une approche basée sur des faits pour endiguer la prise de drogues au cœur de l'espace public.

Les seringues usagées utilisées pour la prise de drogues constituent sans aucun doute un risque réel pour la communauté, mais il apparaît que la diabolisation des personnes les utilisant ne représente pas une réponse efficace à ce problème. Les salles de consommation à moindre risque, où les usagers peuvent procéder à des injections en intraveineuse dans un environnement sécurisé et avec un équipement stérile, en présence de professionnels de santé, constituent l'une des avancées possibles les plus significatives pour amoindrir la crise. Sur un modèle semblable, les programmes de distribution de seringues mettent des équipements neufs et stériles à disposition des usagers, en échange des seringues usagées.

Le partage sur les réseaux sociaux d'informations mensongères et/ou contradictoires quand aux usagers des drogues semble causer en réalité davantage de mal que de bien. Bien que les intentions réelles de ce message Facebook demeurent peu claires, son succès viral a été suffisant pour engendrer un sentiment de panique auprès de milliers d'utilisateurs du réseau social. Plutôt que d'alimenter la peur et les biais négatifs, il apparaît aujourd'hui bien plus nécessaire de transmettre des informations basées sur des faits, à même d'informer le public sur les possibilités existantes pour réduire les risques liés à l'usage de drogues.