Au Canada, la loi « Bon samaritain » ne suffit pas à réduire les overdoses

Des policiers canadiens parlent à une femme sans abri à Vancouver

Des policiers canadiens parlent à une femme sans abri à Vancouver (Source : Wikimédia)

Le Canada a introduit la loi Bon Samaritain contre les overdoses de drogues afin de fournir une protection juridique aux personnes qui demandent une aide d'urgence lors d'une overdose ; mais ces personnes craignent toujours d'être arrêtées.

Introduit en mai 2017, le décret fournit une protection juridique aux personnes qui subissent ou sont témoins d'une overdose, en leur accordant l'immunité contre le délit de possession de drogue s'ils appellent les services d'urgence. La loi prévoit de protéger également les personnes qui appellent lorsqu'elles sont sous probation, en sursis ou sous liberté conditionnelle. Cependant, la loi ne protège pas contre les délits liés à la production ou au trafic de drogue, ni les personnes sous le coup d'un mandat d'arrêt. L’objectif de la loi est de réduire la peur de la police qui intervient lors d'overdoses et, selon le Gouvernement du Canada, « d'encourager les gens à aider à sauver des vies ».

En 2017, il y a eu au Canada environ 4 000 overdoses mortelles d’opioïdes, dont 72 % ont été attribuées au puissant opioïde fentanyl. Le fentanyl est un opioïde très puissant et à action rapide, estimé 100 fois plus puissant que la morphine, ce qui crée un risque élevé de surdosage accidentel, en particulier lorsque les personnes ne savent pas qu'elles consomment du fentanyl.

L'overdose d'opioïdes est devenue la principale cause de décès chez les 30-39 ans au Canada, d'après le Dr Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada : « Ces nombres représentent l'importance de la perte en vies ».

Malgré ces chiffres inquiétants, les experts affirment que de nombreux consommateurs de drogues ne se sentent toujours pas enclins à appeler le 911 pour signaler une overdose, même si ce sont leurs propres vies qui sont en danger. Il n'y a pas eu d'augmentation notable des appels d'urgence pour overdoses à Vancouver, Toronto ou Ottawa depuis l'adoption de la loi, ce qui suggère que les gens ne sont pas au courant de la loi ou bien ne se sentent pas suffisamment protégés par elle.

Zoe Dodd, qui travaille à la réduction des risques à Toronto, a déclaré à CBC News que cela pourrait être dû au fait que « la loi n'empêche pas les gens d'être interrogés sur la provenance de leurs drogues, ni d'être harcelés par la police ».

Les experts affirment que la police continue de porter des accusations pour possession assez souvent pour qu'il soit difficile de convaincre les gens de demander de l'aide. Le gouvernement fédéral n'a fourni aucun financement ni aucune directive pour former la police à la loi Bon samaritain, de sorte que certains agents ne savent toujours pas comment appliquer au mieux cette loi.

Pour réduire considérablement le nombre de décès par overdose, il semble que les autorités canadiennes devront modifier la loi et donner des directives appropriées à la police, afin que les gens se sentent protégés lorsqu'ils appellent les services d'urgence.