Le Plus Grand Parti Politique au Portugal Soutient la Légalisation du Cannabis

Le député Dr Ricardo Baptista Leite lors de la conférence du PSD en février

Le député Dr Ricardo Baptista Leite lors de la conférence du PSD en février (Source : PSD/YouTube)

Le Parti Social-Démocrate (PSD), le plus grand parti au Parlement portugais, soutient une réglementation légale du cannabis. TalkingDrugs s'est entretenu avec le député à l'origine de la motion.

Le PSD détient plus de sièges parlementaires que tout autre parti mais il reste à l'opposition, en raison de l'alliance du Parti Socialiste au pouvoir avec plusieurs petits partis de gauche. Lors de la conférence nationale du PSD le 17 février, une majorité de ses membres a voté en faveur d'une motion pour légaliser la drogue « de la production à la distribution, jusqu'à la vente ». Comme TalkingDrugs le rapportait en février, la motion a été présentée par l'ancien député Dr André Almeida et par le Dr Ricardo Baptista Leite, député et membre du Comité parlementaire de santé.

Soutenir la réglementation légale du cannabis à des fins non médicales est une position relativement marginale dans la politique européenne ; il n'existe actuellement sur tout le continent aucun pays qui ait légalisé la production commerciale et la vente de la drogue. Baptista Leite a déclaré à TalkingDrugs qu'il n'était d'abord pas certain de soutenir la légalisation, en raison des risques potentiels de la drogue ; il a ensuite compris qu'une réglementation légale était nécessaire à cause même de ces risques potentiels.

« Avant d'examiner les preuves, j'étais personnellement opposé à la légalisation, en particulier à cause des idées préconçues liées aux possibles conséquences de la consommation sur la santé mentale », nous a dit Baptisa Leite.

« Après avoir lu toutes les données scientifiques disponibles, il est devenu clair qu'avec une réglementation stricte, nous pouvons atténuer les risques liés à la consommation de cette drogue, protéger les citoyens et la société, au moins au même niveau qu’avec le tabac et l'alcool. En réalité, il est évident qu'en limitant la concentration de THC, en interdisant toute forme de drogues synthétiques et en imposant une limite d'âge de 21 ans, on peut éviter les risques de schizophrénie et autres atteintes à la santé mentale entraînées par le cannabis. Tous les emballages devraient présenter des avertissements et une description du contenu clairs, et il devrait être interdit de vendre des produits comestibles ou de consommer du cannabis dans tout lieu public, au volant ou au travail. »

Bien que le Portugal ait décriminalisé l'usage et la possession personnelle de toutes les drogues en 2001, l'État n'a légalisé aucune drogue illicite. Aujourd'hui, une personne arrêtée pour consommation de drogue (y compris du cannabis) peut être envoyée à un comité de dissuasion, où des experts médicaux, des travailleurs sociaux et des professionnels du droit tentent de dissuader l'individu de consommer des drogues par divers moyens (dont aucun n'implique la criminalisation).

L'existence de ces comités, axés sur la santé, aide les autorités à mieux comprendre les tendances en matière d'usage de drogues grâce à des discussions ouvertes avec les consommateurs. Baptista Leite a affirmé que les connaissances acquises par ces entretiens ont contribué à son approbation de la légalisation du cannabis.

« Le nombre de cas envoyés aux tribunaux de dissuasion est [essentiellement] lié à la consommation de cannabis. Les personnes qui utilisent cette drogue sont de plus en plus jeunes et le produit qu'ils achètent dans la rue est plus puissant et manipulé que jamais. Cela pose de nombreux risques pour l'individu et pour la société dans son ensemble. Au lieu de cela, le médicament devrait être vendu en pharmacie (afin d'assurer le contrôle de la qualité) avec l'utilisation obligatoire d'une base de données centrale pour s'assurer que les consommateurs achètent des quantités uniquement  pour leur usage personnel. »

En effet, mettre un terme aux dangers du commerce illégal de cannabis est essentiel pour réduire les méfaits potentiels de l'utilisation de cannabis, a déclaré Baptista Leite.

« Le prix des produits légaux du cannabis devrait être [fixé à] hauteur de la rue pour inciter les consommateurs à ne plus acheter auprès des dealers, et ainsi essayer d’éradiquer le commerce illégal. Les taxes collectées par la légalisation du cannabis devraient pouvoir être affectées à des études de cohorte sur l'impact de la drogue, renforcer les forces policières et militaires anti-drogues, financer des programmes de dissuasion et de prévention et créer des modules d'éducation à la citoyenneté et à la santé pour toutes les années scolaires. »

Même si ces suggestions peuvent sembler révolutionnaires aux décideurs européens, de tels arguments ont conduit ces dernières années à l'introduction réussie de marchés réglementés - et à la consécutive suppression des marchés illicites du cannabis - en Uruguay et dans plusieurs États américains. En obtenant l'aval du plus grand parti politique portugais, Baptista Leite espère encourager désormais la société et le gouvernement actuel à comprendre la nécessité d'une « légalisation du cannabis réglementée, sûre et responsable ».