Cinq manières par lesquelles les salles de consom-mation de drogues bénéficient aux personnes qui ne prennent pas de drogues

Pays-Bas, Allemagne, Danemark, Espagne, Norvège, France, Luxembourg, Suisse, Canada, Australie, Belgique et Mexique

Pendant que la proposition d’ouvrir à Glasgow la première salle de consommation de drogues (DCR*) du Royaume-Uni fait son chemin, voici cinq points clés que ses détracteurs devraient prendre en considération.

Les DCR permettent aux personnes qui prennent des drogues de le faire dans un environnement sûr, avec un équipement propre et en présence de professionnels de la santé qui peuvent prémunir d'une overdose mortelle. Elles sont en outre bien équipées pour prévenir la propagation des virus transmissibles par le sang tels que le VIH et l'hépatite C.

La Ville de Glasgow a déclaré que toute installation de ce type devait offrir sur place « des services complets [...] tels que soins de santé primaires, thérapie contre l'addiction et conseils en matière de logement et de bien-être ». Les détails spécifiques sont encore à l'étude, comme l'inclusion d'une salle d'inhalation pour ceux qui fument de la drogue.

Une DCR à Glasgow pourrait aider les 500 personnes (selon estimation) qui se droguent par injection en pleine ville, et combattre parmi cette population les taux de VIH qui ont considérablement augmenté au cours de la dernière année. Cela contribuerait également à lutter contre les décès liés à la drogue, qui connaissent actuellement une hausse sans précédent en Écosse.

Malgré les preuves de leur efficacité, l’introduction des DCR prévue à Glasgow a fait l’objet d’une immense critique de la part de certains contribuables, furieux que leur argent puisse servir à financer des installations qui encourageraient la consommation de drogues.

Il existe heureusement de nombreuses manières par lesquelles les DCR peuvent bénéficier à la société dans son ensemble, même aux personnes qui choisissent d'ignorer le bien-être des consommateurs de drogues.

 

1. Les DCR rendent les rues plus sûres

Entre 2012 et 2013, près de 2 500 aiguilles ont été trouvées dans les rues de Glasgow, y compris dans les parcs et à proximité des écoles. Elles proviennent principalement de la consommation de drogues injectables dans des lieux publics où il n'existe aucun endroit immédiatement accessible où jeter l'aiguille. Les DCR fournissent des boîtes à déchets hygiéniques pour que cela ne se produise pas.

Pour les opposants aux DCR, il semblerait qu'un enfant piqué par une aiguille usagée dans une cour de récréation ne soit que le dommage collatéral d'une croisade idéologique contre la consommation de drogues.

La nature même des DCR améliore la sécurité publique. En offrant une installation désignée à l'injection de drogues en toute sécurité, il y a moins de risques de toxicomanes dans les rues.

 

2. Les DCR réduisent la propagation de maladies

Un rapport de 2015 par le gouvernement britannique a constaté que « près de la moitié des personnes qui s'injectent des drogues psychoactives ont été infectées par l'hépatite C ». En outre, dans la majeure partie du Royaume-Uni, les personnes qui se sont injectées des drogues encourent trois fois plus de risques de contracter le VIH que les autres.

Les DCR fournissent des aiguilles et des seringues propres dans des environnements hygiéniques, de sorte qu'il n'y a aucun risque de contracter ou de propager une infection dans l'établissement.

Réduire le risque que les consommateurs de drogues attrapent une maladie infectieuse réduit le risque pour toute la société, puisque ces infections peuvent également se propager sexuellement ou par accouchement.

 

3. Les DCR facilitent l'accès aux services d'urgence

Aujourd'hui, si quelqu'un subit une overdose, se fait piquer par une aiguille usagée ou devient publiquement violent sous l'influence de drogues, les services d'urgence sont envoyés, aux frais des contribuables, pour faire face à la situation. Si et quand la DCR de Glasgow sera opérationnelle, la probabilité d’un quelconque de ces problèmes diminuera.

Les professionnels de la santé et de la sécurité au sein de la DCR seront suffisamment formés pour gérer de telles situations, de sorte que les services de police et d’ambulance auront plus de temps et de ressources pour faire face à d’autres situations d’urgence.

 

4. Les DCR peuvent réduire la criminalité

Les forces de police du Royaume-Uni sont débordées, en particulier en Écosse où elles subissent de nombreuses critiques du public pour ses temps d'intervention sur les crimes violents. Une fois la DCR introduite, la police pourra se concentrer sur les crimes graves. Si une maison se fait cambrioler, il sera peu probable que les agents les plus proches soient déjà occupés à arrêter quelqu'un pour possession de drogue. Et, comme déjà mentionné, les DCR peuvent réduire la fréquence des troubles publics causés par des personnes sous l'influence de drogue.

 

5. Les DCR aident les personnes à s'intégrer dans l'économie légitime

Les DCR peuvent résoudre des problèmes qui vont bien au-delà de la consommation de drogues. Elles fournissent un espace pour traiter les inégalités structurelles telles que la pauvreté ou l'absence de logement, et peuvent relier les personnes à des services de santé physique et mentale plus larges. Ce lien entre services fourni par les DCR peut contribuer à ramener les personnes vulnérables dans la société.

Il n'y a rien dans la consommation de drogues qui empêche intrinsèquement une personne de contribuer positivement à la communauté. Mais en stigmatisant les personnes qui prennent des drogues, nous les poussons en marge de la société et leur nions toute participation dans sa construction.

---

Bien que le titre en indique cinq, un dernier argument pour l'introduction des DCR existe et ne peut être ignoré.

 

6. Les DCR sauvent des vies

Dans l'ensemble des dix pays où elles ont été mises en place, et au travers de leurs différents modèles, pas une seule personne n'est décédée d'overdose dans une DCR.

Les opposants aux DCR affirment que nous devrions nous concentrer sur des approches de réhabilitation sans drogue, plutôt que de permettre son usage.

Bien qu'elles puissent être efficaces pour certaines personnes, la rémission et la réhabilitation ne doivent pas être les seules options. Il est indéniable que certaines personnes utiliseront toujours des drogues, quoi que les politiciens, la police ou les professionnels de la santé leur disent. La meilleure chose à faire est donc de leur garantir la plus grande sécurité lorsqu'ils prennent des drogues et de les soutenir s'ils choisissent éventuellement de réduire leur consommation, voire d’y mettre fin.

C'est pourquoi les DCR sont importantes : car il n'est plus possible de guérir quand on est mort. 

 

* en l’absence d’un équivalent français officiel, l’abbréviation anglaise sera ici utilisée : DCR pour Drug Consumption Room.