CONFIRMATION: La DEA a conclu un accord avec le cartel de drogue le plus célèbre du Mexique.

Une enquête menée par El Universal a constaté qu’entre les années 2000 et 2012, le gouvernement américain avait un arrangement avec le cartel de drogue mexicain de Sinaloa qui a permis à l'organisation de faire la contrebande de milliards de dollars de drogues en échange d’informations fournies par Sinaloa sur les cartels rivaux.

Sinaloa, dirigé par Joaquin « El Chapo » Guzman, fournit 80% des drogues entrant dans la région de Chicago et est présent dans des villes à travers tout les États-Unis.

Il existe depuis longtemps des allégations que Guzman, considéré comme « le plus puissant trafiquant de drogue du monde », coopère avec les autorités américaines.

Publié le 13/01/2014 par Michael Kelley dans Business Insider

Mais l'enquête d’El Universal est la première à publier des documents judiciaires incluant le témoignage d'un agent de la DEA et d’un fonctionnaire du ministère de la Justice les corroborant.Les déclarations écrites ont été faites à la Cour de district des États-Unis à Chicago dans le cadre de l'arrestation de Jésus Vicente Zambada-Niebla, fils d’un leader de Sinaloa, Ismael « El Mayo » Zambada et supposé « coordinateur logistique » du cartel de Sinaloa.

Voici ce que l’agent de la DEA Manuel Castanon a dit à la cour de Chicago:

« Le 17 mars 2009, j'ai rencontré pendant environ 30 minutes dans une chambre d'hôtel à Mexico Vincente Zambada-Niebla et deux autres personnes – l’agent de la DEA David Herrod et une source coopérante [Loya Castro, un avocat de Sinaloa] avec qui j'ai travaillé depuis 2005. ... J’ai mené toute la conversation au nom de [la] DEA ».

Quelques heures plus tard, les Marines mexicains ont arrêté Zambada-Niebla (aka "El Vicentillo") sur des accusations de trafic de plus d'un milliard de dollars de cocaïne et d'héroïne. Castanon et trois autres agents ont ensuite rendu visite à Zambada-Niebla en prison, où le cadre de Sinaloa « a réaffirmé sa volonté de coopérer », selon Castanon.

El Universal, citant des documents judiciaires, rapporte que les agents de la DEA ont rencontré de hauts responsables de Sinaloa tels que Castro plus de 50 fois depuis 2000.

Patrick Hearn, alors procureur du département de Justice, a déclaré au tribunal de Chicago que, selon l’agent spécial de la DEA Steve Fraga, Castro « a fourni des renseignements conduisant à une saisie de cocaïne de 23 tonnes, à d'autres saisies similaires de » diverses organisations de trafic de drogue, et que « El Mayo » Zambada voulait que son fils coopère avec les États-Unis.

« Les agents de la DEA ont rencontré des membres du cartel au Mexique pour obtenir des informations sur leurs rivaux et bâtir en même temps un réseau d'informateurs en signant des accords de coopération sur la drogue, sous réserve de résultats, afin de leur permettre d'obtenir des avantages futurs, comme l'annulation des poursuites aux États-Unis, rapporte El Universal, qui a également interviewé plus d'une centaine de policiers actifs et retraités ainsi que des prisonniers et des experts.

L'avocat de Zambada-Niebla a affirmé au tribunal qu’a la fin des années 90, Castro a conclu un accord avec des agents américains dans lequel Sinaloa fournirait des informations sur les organisations de trafiquants de drogue rivales en échange de l’abandon de la plainte des États-Unis contre l'avocat de Sinaloa et le renoncement d'interférer avec les activités de trafic de drogues de Sinaloa ou de chercher à traduire en justice les leaders de Sinaloa.

"Les agents ont déclaré que cet arrangement a été approuvé par de hauts fonctionnaires et des procureurs fédéraux”, a écrit l’avocat de Zambada-Niebla.

Après avoir été extradé vers Chicago en février 2010, Zambada-Niebla a soutenu qu'il était aussi «immunisé d'arrestation ou de poursuites», car il a activement fourni des informations aux agents fédéraux des États-Unis.

Zambada-Niebla a également avancé que l'opération Fast and Furious faisait partie d'un accord pour financer et armer le cartel en échange d'informations permettant de faire tomber ses rivaux. (Si cela est vrai, cela re-pose la question sur ce que le procureur général Éric Holder savait sur les accords de trafic d’armes.)

Un agent mexicain du service diplomatique a déclaré à Stratfor en avril 2010 que les États-Unis semblent avoir pris parti pour le cartel de Sinaloa dans une tentative de limiter la violence au Mexique.

El Universal a signalé que la coordination entre les États-Unis et Sinaloa, ainsi que d'autres cartels, a culminé entre 2006 et 2012, au moment où les trafiquants de drogue ont consolidé leur emprise sur le Mexique. Le papier a conclu en déclarant qu'il est difficile de savoir si ces dispositions continuent.

Le DEA et d'autres agences américaines ont refusé tout commentaire à El Universal.

[UPDATE 1/14] Cet article en a conduit beaucoup à interpréter que le gouvernement américain soutient activement Sinaloa. Cela n'a pas été établi, en dépit des affirmations de l'avocat de Zambada-Niebla et de la source de Stratfor. Ce que l'enquête d’El Universal et les documents de la cour récemment publiés révèlent est qu'il y avait une forte corrélation entre 2005 et 2009, entre la montée du cartel de Sinaloa et les contacts relativement réguliers de la DEA avec un avocat haut placé de Sinaloa.

 

L'article en espagnol publié le 06/01/2014 par Doris Gomora dans El universal.

http://www.eluniversal.com.mx/nacion-mexico/2014/impreso/la-guerra-secre...