En Angleterre et au Pays de Galles, la mortalité liée à l'usage des drogues atteint de nouveaux sommets

Source: Release

La publication de nouvelles données révèle que le taux de décès liés aux drogues a une fois de plus franchi un nouveau cap en Angleterre et au Pays de Galles.

Selon un rapport publié le 6 août par le Bureau de la statistique nationale, l'Angleterre et le Pays de Galle ont enregistré 3 756 décès liés aux drogues sur l'année 2017. Ce taux est montée en flèche depuis l'arrivée au pouvoir en 2010 du Parti conservateur, avec une hausse de 30% des morts liées à l'héroïne et/ou la morphine sur la période, et une augmentation particulièrement alarmante des morts liées à la consommation de cocaïne, en hausse de 200%. Le pourcentage global a lui augmenté de 37% sur la période.

Niamh Eastwood, directrice exécutive de Release, centre d'expertise des stupéfiants et des législations associés au Royaume-Uni, a accusé le gouvernement « d'alimenter cette dévastatrice crise de santé publique en punissant les usagers des drogues plutôt qu'en instaurant des mesures basées sur la compassion et sur une approche factuelle de la situation. »

« C'est une crise nationale, qui nécessite une mission de santé publique nationale et coordonnée. Ce que nous observons à la place est une approche déconnectée et localisée qui échoue à protéger les personnes vulnérables, ainsi qu'une stratégie nationale globale qui affecte principalement les personnes déjà marginalisées. Le gouvernement a également opéré des coupes drastiques dans les fonds essentiels à l'encadrement des traitements, laissant par là même des milliers de personnes à la merci d'une loterie administrative quand au nécessaire soutien que leur administration local serait susceptible de leur fournir. »

Dans un communiqué de presse, Eastwood relève également que le gouvernement s'est continuellement opposé à l'instauration de salles de consommation à moindre risques (drug consumption rooms, ou « DCR »), centres médicaux à même de fournir des équipements stériles dans des espaces sécurisés et encadrés par des professionnels de santé. Les « DCR » ont été introduites avec succès dans dix pays, sans que personne n'y meurt d'overdose. Comme le relevait TalkingDrugs, elles sont également au bénéfice des personnes non-consommatrices de drogues et aux collectivités, en réduisant notamment les interventions aux urgences et l'insécurité dans les quartiers.

Malgré ces taux élevés de décès liés à la prise de drogues, le gouvernement britannique semble décidé à poursuivre son but d'une société complètement abstinente de toute consommation, au détriment de la mise en place de mesures à même de réduire la mortalité liée au stupéfiants.

En novembre 2017,  la Première ministre Theresa May a insisté dans ce sens  :« il est juste que nous continuions à mener la guerre contre les drogues », citant « les dégâts terribles que [les drogues] peuvent causer aux familles et aux individus concernés ». Sa déclaration intervient alors même que les propres études menées par le gouvernement révèlent que les lois répressives ont « peu d'impact sur la facilité à se procurer des drogues », et que l'on ne peut pas observer « de lien concret entre la sévérité d'un pays contre la possession de drogues et le taux de consommation de ce même pays ».

Eastwood ajoute que la criminalisation actuelle pour possession ou usage personnel « dissuade ceux qui auraient besoin d'aide d'en demander, et alimente les taux de décès liées à ces substances ». A l'inverse, le Portugal, qui a décriminalisé en 2001 la possession de drogue pour usage personnel, affiche un taux de mortalité lié aux drogues 17 fois inférieur à celui de l'Angleterre et du Pays de Galles.

Ainsi sur les 136 452 infractions liées aux drogues enregistrées en Angleterre et au Pays de Galles entre avril 2016 et mars 2017, 83% concernaient la possession de stupéfiants.

On relève sur le plan international de nombreuses mesures efficaces et productives pour réduire les morts liées aux stupéfiants, et dont le gouvernement britannique pourrait s'inspirer. Pourtant, à l'heure actuelle, le gouvernement de Theresa May ne semble pas disposé à changer sa stratégie.