En Biélorussie, le décès d'une jeune femme dû à la MDMA met en lumière les dangers de la prohibition

Les activistes de Legalize Belarus lors d'un événement à Minsk

Un procès pénal de grande ampleur impliquant un groupe de jeunes et couvrant la mort tragique d'une jeune femme des suites d'une prise de MDMA secoue aujourd'hui la Biélorussie.

Le 4 août 2018, huit jeunes se rassemblent à l'appartement de Diana L. et prennent chacun une dose équivalente à environ 300 mg de MDMA, répartie en deux prises, pour un total d'absorption généralement considéré comme élevé.

Peu après la seconde prise, Diana se sent mal, est prise de spasmes, et décède un peu plus tard. Elle suivait un traitement à base d'antidépresseurs, et ignorait vraisemblablement l'incompatibilité entre ses médicaments et la MDMA, l'alliage des deux étant susceptible de provoquer un syndrome sérotoninergique, potentiellement mortel. Les amis de Diana ont essayé de la ranimer, mais n'ont appelé les sevices d'urgence qu'au bout d'une heure, de peur d'avoir à affronter de lourdes représailles, du fait des lois répressives en vigueur en Biélorussie.

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Le 2 janvier 2019, l'affaire a été portée devant la Cour de Justice de Pieršamajski, à Minsk, la capitale biélorusse. L'audience constituait le premier procès au pénal en lien avec l'affaire, et a en ce-sens attiré sur elle l'attention des médias nationaux publics et privés.

Selon l'article 328 du code pénal biélorusse, les prévenus risquent jusqu'à cinq ans de prison. La loi stipule : « la fabrication, la préparation, l'acquisition, la possession, le transport ou l'envoi de substances narcotiques et/ou psychotropes, de même que des équivalents ou les éléments nécessaires à leur composition est punie par une restriction de liberté […] d'au moins cinq ans, ou par une peine d'emprisonnement allant de deux à cinq ans. »

Des membres d'une association locale, le « Mothers 328 Movement », ont tenté de se rendre au procès, arguant que la procédure pénale aurait été entamée sur le mauvais versant de l'article 328. Selon ces activistes, les prévenus devraient être exposés à des peines encore plus lourdes, et répondre d'une partie de la loi pouvant conduire jusqu'à 25 ans d'emprisonnement.

« Pourquoi les personnes condamnées entre 2012 et 2017 ont écopé des peines aussi lourdes, alors que ces gens sont récompensés de leurs actes avec générosité et humanité ? » a déclaré sur Facebook Natalla Leŭchina, membre du collectif Mother 328. Elle ajoute que les autorités cherchent à décréter des sentences a priori plus légères en guise d'illustration de leur loi sur les drogues, prétendument améliorée.

Natalla Leŭchina fait référence à un changement législatif intervenu en mai 2018, lequel a amoindri les sanctions appliquées à certains délits liés aux drogues. La réforme a été approuvée par le parlement biélorusse, mais rejetée par le ministre de l'intérieur et la Cour suprême.

En dépit de l'absence de changement législatif, la réalité de l'application des peines tend vers un adoucissement pénal, signifié par des peines moins lourdes infligées aux personnes rendues coupables de possession pour usage personnel. Néanmoins, la possession fait toujours en soi l'objet de poursuites pénales, dont l'issue est généralement la proclamation de peines allant de un à cinq ans d'emprisonnement.

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« Legalize Belarus », association militante biélorusse qui se déclare en faveur du débat public autour de la place des stupéfiants au sein du pays, a accusé le gouvernement d'être, à travers sa politique prohibitionniste, indirectement responsable de la mort de Diana.

L'association met notamment en avant le fait que selon eux, l'accent porté sur la dissuasion empêche les gens de demander de l'aide en cas de besoin, et que le changement législatif mis en branle par le parlement l'année dernière n'a pas pu être formellement appliquée du fait des réticences du ministre de l'intérieur et de la Cour suprême d'endosser cette réforme.

« Tant que l'usage des drogues est considéré comme un crime » , a déclaré Stas Šašok, membre de Legalize Belarus, « des morts similaires continueront d'arriver. »

Des militants de l'association se sont rendus sur les lieux du procès pour distribuer aux personnes rassemblées à l'extérieur du tribunal des flyers informatifs illustrant quelques pratiques de réduction des risques dans l'usage des drogues.

Piotr Markiełaŭ, fondateur de Legalize Belarus, s'exprime sur l'affaire

Legalize Belarus est en faveur de la dépénalisation de la possession de petites quantités de drogues à usage personnel. En 2018, l'association a rendu public une pétition en faveur de la dépénalisation rassemblant environ 3000 signatures, et a organisé dans plusieurs manifestations destinées à promouvoir la réforme des lois entourant les produits stupéfiants. L'organisation doit faire face à de nombreux obstacles, et notamment l'opposition et la répression du gouvernement autoritaire aujourd'hui à la tête de la Biélorussie (considérée par certains comme la « dernière dictature d'Europe »). Les militants se voient souvent refusé la location de salles pour la tenue de lectures, les chaînes de télévisons nationales diffusent des reportages de propagande les concernant, et leur site internet est bloqué par le ministère de l'information. Plus récemment, des forces spéciales du gouvernement ont fait irruption lors de fêtes organisés par des membres, dans le but de contrôler les invités.

En juillet 2018, la « Global Commission of Drug Policy » a publié une note concernant la Biélorussie, mentionnant notamment que « la seule façon de mettre un terme au cercle vicieux induit par la prohibition est d'implémenter une approche centrée sur l'être humain, et plus à même de conduire à l'émergence de sociétés plus sûres et en meilleure santé », insistant sur la nécessité de mettre un terme aux incarcérations pour des motifs non-violent liés aux drogues. Pour autant, la Biélorussie reste l'un des pays d'Europe les plus sévères en matière de politique des drogues.

A Minsk, des militants distribuent des flyers informatifs devant la Cour de Pieršamajski

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Les audiences suivantes ont eu lieu les 3 et 9 janvier, à la Cour de Pieršamajski.