En Bulgarie, l'aide à la réduction des risques menacée par les coupes financières

Source: Drugreporter

Depuis 2015, la Bulgarie n'est plus admissible à l'octroi d'un soutien financier par le Fonds mondial de lutte contre le sida et ses différents programmes de prévention et d'aide aux traitements. Sont aussi également concernées les mesures de réduction des risques pour les personnes s'injectant des drogues par voie intraveineuse.

Un rapport publié en 2017 par l'ONG Harm Reduction International (HRI), spécialisée dans l'aide à la réduction des risques, mettait en lumière le caractère crucial de tels financements pour la Bulgarie. Le gouvernement a en effet montré son inefficacité dans la prise en charge des programmes de distribution d'aiguilles et seringues stériles, conséquence du trou budgétaire creusé par l'abandon des financements par le Fonds mondial.

La première version de cet article a été publié en russe sur TalkingDrugs-RU. La traduction de cet article se base sur la version anglaise.

D'après le rapport sur les états généraux de la réduction des risques dans le monde publié par HRI en décembre 2018, « le manque de fonds et l'absence de soutien gouvernemental, les associations proposant des aiguilles et seringues stériles ont cessé de fonctionner, partiellement ou complètement. »

L'association eurasiatique pour la réduction des risques (Eurasian Harm Reduction Association (EHRA) a mis en évidence les conséquences que ces coupes drastiques dans les services d'aide faisaient peser sur les risques de contamination par le VIH, en particulier pour les populations « à risques ». Le dernier rapport de l'association rapporte que l'état bulgare n'alloue actuellement aux personnes pratiquant la prise de drogues par intraveineuse que 4% de son budget destiné à la prévention du VIH ; cette faible part contraste en celà avec les 40% attribués par les autorités de Géorgie.

Avant 2015, les services de réduction des risques en Bulgarie connaissaient un développement continu depuis la moitié des années 90, la plupart étant dispensés par des ONG. En 2013, le pays comptait 3 563 usagers des traitements de substitution aux opiacés, répartis dans 14 villes. Les recherches semblent en-ce-sens pointer vers une amélioration significative des conditions de santé sur la période allant de 2004 à 2012, en lien avec l'aide substantielle du Fonds mondial. Sur la période, le nombre de personnes pratiquant des injections plus sécurisées est passé de 17 à 62%, tandis que les rapports sexuels protégés déclarés ont grimpés de 40 à 58%  parmi ce type d'usagers des drogues. Le même groupe a également enregistré une hausse de 17 à 62% des dépistages du VIH.

Suite au retrait du Fonds mondial en 2015, deux des dix ONG proposant des services de réduction des risques ont dû mettre un terme à leur activité. En mai 2017, six des huit organisations restantes ont été contraintes d'arrêter à leur tour.

Selon l'ONG bulgare Iniciativa za Zdrave, la seule façon de retourner à des niveaux de réduction des risques comparables à ceux de 2014 serait un investissement annuel du gouvernement à hauteur d'environ 375 000 €. Les activistes n'identifient cependant pas de volonté politique allant dans ce sens.

Yulia Georgieva, activiste bulgare militant en faveur de la réduction des risques et co-directrice du comité d'organisation de la EHRA, a déclaré à TalkingDrugs en novembre dernier  que l'Europe méridionale était souvent laissé pour compte par les donneurs internationaux du fait de sa position ingrate entre les pays développés d'Europe occidentale, et les pays d'Europe de l'Est et d'Asie centrale, traditionnellement soutenus.

La valeur définitive des dégâts causés par ces coupes financières demeure inconnue. Les tests de dépistage à disposition des populations à risque ayant été largement supprimés, les associations militantes sont aujourd'hui dans l'incapacité de déterminer le taux de contamination au sein des personnes consommatrices de drogues par intraveineuse. Les coûts réels éprouvés par les patients restent également à déterminer : le gouvernement ne couvre en effet l'achat de méthadone que pour les programmes de traitements préexistant, les autres services devant être financés directement par les patients.

Yulia Gerogieva et son équipe continuent de mobiliser les populations concernées à s'impliquer dans la défense et la recherche de solutions destinées à sauver leurs vies. Pour l'heure, la perspective de nouveaux fonds locaux ou internationaux pour l'aide au fonctionnement des services de réduction des risques en Bulgarie demeure incertaine.