En Oregon, une initiative révolutionnaire priorise la santé au châtiment pour usage de drogues

 S’il est approuvé par l'état, le vote aura lieu le 3 novembre, le même jour que l'élection présidentielle aux USA.

Une initiative révolutionnaire dans l'état de l'Oregon aux États-Unis pourrait établir une approche de la consommation de drogues axée sur la santé et terminer avec la criminalisation pour possession de drogue.

 

Oui au IP44 !

 

L'initiative proposée, la Loi sur le traitement de la toxicomanie et la réhabilitation, accroîtrait l'accès aux services de santé et de réduction des risques, établirait de nouveaux centres de traitement, éliminerait les sanctions pénales pour possession de drogue à usage personnel et diminuerait d'autres sanctions. Les services de santé nouvellement créés seraient principalement financés par les recettes fiscales provenant du commerce légal du cannabis dans l'état, à hauteur de plus de 100 millions de dollars (77,7 millions de livres sterling) par an. Si elle est adoptée, l'Oregon serait le premier état des États-Unis à mettre fin à la criminalisation de la possession mineure de drogue.

L'initiative est soutenue par Drug Policy Action (DPA), qui s'est associée à plusieurs organisations nationales, étatiques et locales en Oregon (dont Human Rights Watch, American Civil Liberties Union, Unite Oregon et law Enforcement Action Partnership) pour faire avancer la mesure.

La mise en place en Oregon de politiques punitives en matière de drogues a été gravement préjudiciable à la santé et à la justice dans l'état. L'Oregon se classe actuellement presque au dernier rang des États des États-Unis en matière d'accès au traitement et, en 2017, le taux de mortalité par overdose était incroyablement élevé : 126 par million (le chiffre équivalent en Angleterre et au Pays de Galles est de 76 par million).

 

L'impact de la criminalisation

 

En 2017, les forces de l'ordre de l'état ont procédé à environ 8 700 arrestations pour possession de drogue. En plus de l'incarcération, les personnes reconnues coupables de possession de drogue et d'autres infractions de faible niveau peuvent faire face à de nombreuses autres conséquences, y compris des obstacles à l'emploi, au logement, à l'éducation et à d'autres services. Malgré une population d'un peu plus de quatre millions d'habitants, l'Oregon dépense au moins 35 millions de dollars (27 millions de livres sterling) par an pour poursuivre les personnes pour possession de drogue, selon une étude commandée par DPA.

Les poursuites pénales des personnes pour possession de drogue ont également un impact disproportionné sur les personnes de couleur.

En Oregon en 2016, les Noirs étaient deux fois plus susceptibles que les Blancs d'être reconnus coupables de possession de drogue bien qu’il n’y ait aucune disparité dans l'utilisation, tandis que les Amérindiens ont été condamnés cinq fois plus que les Blancs.

Les défenseurs de l'initiative sont convaincus que les Orégonais en verront les avantages. Theshia Naidoo, Directrice générale du droit et de la Politique en matière de justice pénale à Drug Policy Action, a déclaré :

« Les Orégonais ont toujours été les premiers à adopter des politiques en matière de drogue qui mettent l'accent sur la santé plutôt que sur la punition. L'idée derrière ce projet innovateur est simple : les personnes qui souffrent de dépendance ont besoin d'aide, pas de sanctions pénales. Au lieu d'arrêter et d'emprisonner des personnes pour consommation de drogues, la mesure financerait une gamme de services qui les aiderait à remettre leur vie sur les bons rails. »

 

Dépénalisation des drogues à travers le monde

 

Bien que la dépénalisation soit une innovation aux États-Unis, elle est loin d'être révolutionnaire dans le reste du monde. Comme TalkingDrugs l’a rapporté, une forme ou une autre de dépénalisation a été adoptée dans 29 pays à travers le monde.

L'exemple le plus marquant est peut-être celui du Portugal, qui a mis fin à la criminalisation de toute possession personnelle en 2001. À l'instar de l'initiative en Oregon, la loi portugaise sur la dépénalisation a été accompagnée d'investissements importants dans la réduction des risques, le traitement et la prévention. Les conséquences ont été une réduction spectaculaire des décès par overdose et de la transmission du VIH, et une augmentation de la demande de traitement de la toxicomanie. Il y a également eu une réduction de la surpopulation carcérale, puisque les forces de l'ordre ont pu se concentrer sur le trafic à haut niveau et la criminalité organisée. Le taux de mortalité par overdose au Portugal est maintenant de quatre par million (31 fois inférieur à celui de l'Oregon).

À ce jour, la campagne en Oregon a recueilli 125 000 signatures, dépassant de loin les 112 020 requises pour se qualifier pour le scrutin. Si elle est approuvée par l'état, le vote aura lieu le 3 novembre, le même jour que l'élection présidentielle aux USA.

Pour en savoir plus sur la Loi sur le traitement de la toxicomanie et la réhabilitation, cliquez ici.

 

Avinash Tharoor est coordinateur de fondation à la Drug Policy Alliance, affilié d'éducation publique 501c3 à la Drug Policy Action, et ancien rédacteur en chef de TalkingDrugs.