En Suède, où les morts par overdose ne faiblissent pas, des voix s’élèvent pour une réforme de la loi sur les drogues

Source: Pixabay

Ces dernières semaines, la politique de tolérance-zéro portée par la Suède en matière de drogue se retrouve à nouveau au cœur du débat, du fait de l’échec d’une telle approche pour réduire le nombre d’overdoses mortelles.

La Suède présente  l'un des taux les plus importants de décès liés aux drogues en Europe, avec 87.8 morts par million d’habitants en 2016, la grande majorité impliquant des opioïdes comme l’héroïne. Ce taux est quatre fois supérieur à la moyenne de l’Union Européenne, situé autour de 21,8 morts par million d’habitants.

Les overdoses fatales liées à la cocaïne sont également à la hausse dans le pays.

Le gouvernement suédois défend son approche stricte par la volonté de réduire la consommation de drogues au sein de la population, bien qu’il apparaisse que celle-ci soit également en progression. Selon l'édition suédoise du site d'actualité The Local, les données récentes diffusées par le gouvernement permettent d’observer une légère hausse de la consommation de cannabis chez les jeunes, l’usage de drogues de synthèses comme la MDMA connaissant également une progression notable.

La loi pénale sur les produits stupéfiants, colonne vertébrale de la politique suédoise en matière de drogues, prévoit des poursuites pénales pour la possession de produits stupéfiants destinés à un usage personnel, qu’elle sanctionne par une amende ou une peine de prison. La SVT, principal diffuseur audio-visuel public de Suède, a observé que parmi les membres du Comité sur la santé et la sécurité sociale organisé par le gouvernement, la majorité des partis politiques était aujourd’hui favorable à une réévaluation de cette approche.

Des représentants des Libéraux, du Parti du Centre, des Démocrates Suédois, des Chrétiens- Démocrates et du Parti de Gauche ont témoigné de leur approbation quand à ces conclusions. Les partis formant la coalition au pouvoir – le Parti Social Démocrate et le Parti Vert – n’ont eux pas souhaité se ranger derrière ce mouvement.

Michael Anefur, député chrétien-démocrate, a déclaré : « Le temps a passé, nous devons évaluer la loi et prendre en compte la situation dans les autres pays. Durant les trente dernières années, le regard porté sur l’addiction aux produits stupéfiants a changé ; considérée auparavant comme un signe de fragilité mentale, elle est aujourd’hui reconnue comme une véritable maladie. »

Un groupement de plus de vingt avocats de l’ensemble du pays est allé encore plus loin, en exhortant le gouvernement à prendre une mesures spécifique : dépénaliser la possession de drogues à usage personnel. Dans une lettre ouverte, ils décrivent l’approche actuelle comme « génératrice d’importants dommages, en contradiction avec les grandes ambitions de notre société quand à la santé et à la sécurité. »

« Dans notre société, les usagers des drogues sont largement ostracisés. Écartés des services de soin, ils se retrouvent poussés à rejoindre des groupes antisociaux, lesquels participent au renforcement d’une identité criminelle. Ils se voient traités comme des criminels à punir, au lieu de recevoir les traitements et les soins correspondants à leur condition. »

La lettre se poursuit par un appel à des réformes concrètes en matière de santé publique et de réduction des risques.

Les mesures de réduction des risques, y compris les plus élémentaires, ne sont pas implémentées dans l’approche suédoise. En dépit du nombre important de décès liés aux opioïdes, le gouvernement continue de se montrer réticent à l’introduction de mesures de santé publique basées sur l’analyse objective de la situation, et qui pourraient réduire significativement le nombre de décès imputables à la prise d’héroïne.

Le gouvernement suédois s’est opposé à l’ouverture de salles de consommation à moindre risque, services permettant de prévenir les overdoses mortelles en offrant des espaces stériles et sécurisés aux usagers. La distribution de naloxone est également interdite. Cette substance, sûre et abordable, permet d’endiguer une overdose potentiellement mortelle. Elle est est reconnue comme « médicament essentiel » par l’Organisation mondiale de la Santé.

Dans le reste de la Scandinavie, les mesures de réduction des risques ont été plus favorablement accueilles par les responsables politiques. Dans l’Øresund, au Danemark, plusieurs salles de consommation à moindre risque ont ouvert leurs portes, dont notamment la plus grande en activité dans le monde. En Norvège, le gouvernement a récemment annoncé la mise en place de traitements spécifiques pour les personnes dépendantes à l’héroïne, administrés dans un environnement hospitalier sécurisé.

En Suède, où le taux de décès liés aux drogues est le plus élevé des trois pays, le gouvernement doit encore se faire entendre. Dans l’attente de nouvelles mesures, il est probable que le bilan des morts par overdose continue à s’alourdir.