Trafic de drogue en France évalué à 2,7 mds d'euros ; Macron admet que la lutte contre la drogue ne met pas fin à la violence

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Le commerce illégal de drogue en France équivaut à au moins 2,7 milliards d'euros (3,1 milliards de dollars), soit environ 0,1 % du PIB du pays, ont indiqué les autorités.

Les chiffres ont été calculés par des chercheurs de l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE). Le chef du département des comptes nationaux de l'INSEE, Ronan Mahieux, a averti que ces chiffres pourraient sous-estimer la vraie valeur du commerce, car les personnes interrogées ont pu éviter de divulguer la totalité de leurs achats de stupéfiants.

Les deux drogues illicites générant le plus de revenus sont le cannabis, responsable d’environ 1 milliard d'euros du PIB de la France, et la cocaïne, qui contribue environ 800 millions d'euros - selon le service de radio public français, RFI.

Les résultats de l'INSEE ont été publiés quelques jours seulement après que le président Emmanuel Macron ait admis que les autorités avaient « perdu la bataille contre le trafic de drogue dans de nombreux quartiers ». Ces remarques ont été faites lors d'une discussion sur la violence dans les banlieues, quartiers à faible revenu autour des grandes villes de France où vivent de nombreux migrants et minorités ethniques.

Dans le but de réprimer la violence liée à la prohibition et de lutter contre les gangs de trafiquants de drogue, le gouvernement Macron s'est engagé à accroître la présence policière dans les banlieues. Avec une urgence toute particulière, le ministre de l'intérieur Gérard Collomb a déclaré que 60 officiers de police seraient répartis dans le quartier de Busserine à Marseille, où un meurtre lié aux gangs a récemment eu lieu en plein jour.

Ces actions sont dans la lignée des tentatives par le gouvernement de réprimer le trafic de drogue, et la violence qui y est associée, par le contrôle policier et des politiques punitives. Comme TalkingDrugs informait en mai 2017, Collomb a annoncé que les personnes reconnues coupables de vente de drogue seraient temporairement interdites de revenir dans leur quartier de résidence après leur sortie de prison.

Le commerce illégal du cannabis représentant plus d'un tiers de la valeur du commerce de drogues dans le pays, de nombreux militants réclament que la substance soit légalisée et introduite dans le marché réglementé. Néanmoins, comme dans la plupart des pays de l'UE, la production et la vente restent illégales et potentiellement passibles de longues peines. La simple possession de la drogue, cependant, est en passe d'être déclassée de crime à infraction non criminelle : une personne trouvée en possession de cannabis pour usage personnel sera passible d’une amende et non d’une peine de prison.

Les sondages suggèrent que la réforme du cannabis bénéficie d'un soutien considérable de la part du public français et que les tentatives de répression du commerce sont généralement perçues comme un échec. Comme TalkingDrugs le signalait, près de la moitié des Français sont favorables à une certaine forme de légalisation du cannabis, tandis que 84 % estiment que l'approche actuelle est inefficace pour «limiter le trafic et la consommation de cannabis».