Hausse de la production et de la consommation de méthamphétamine en Irak

La production de méthamphétamine et les problèmes découlant de sa consommation sont en constante augmentation en Irak

La production de méthamphétamine et les problèmes découlant de sa consommation sont en constante augmentation en Irak (Source : Wikimedia)

Les problèmes liés à la production et à la consommation de méthamphétamine sont en hausse en Irak, et le climat politique instable de la région empêche l'État de régler la situation de manière efficace.

La production non réglementée de méthamphétamine représente une double menace pour l'Irak ; d'un côté, très peu de services de santé sont disponibles pour aider les consommateurs à problèmes, de l'autre, les opérations visant à démanteler les groupes de trafiquants diminuent en nombre les forces de sécurité, déjà peu nombreuses.

En novembre dernier, l'Agence nationale de la sécurité (NSA) d'Irak a découvert des laboratoires de production de méthamphétamine (« meth labs ») à Basra et dans la province de Maysan, au sud-est du pays. Le journal indépendant jordanien Al Ghad cite une source anonyme de la NSA affirmant que « les organisations criminelles font de l'Irak, pays de transit, un pays de production ».

Ali Hassan Kamel, magistrat irakien, a déclaré en décembre à la chaîne d'information Al Sumaria Newsque le passage en Irak de la méthamphétamine provenant des pays voisins continuait, mais que les irakiens avaient également appris à en produire d'eux-même.

Kamel insiste sur le fait que cette hausse de la production domestique amplifie les problèmes liés à la consommation. Il constate une « hausse constante du nombre d'affaires liées aux drogues », dont la majorité impliquent « l'abus de métamphétamine en zones pauvres et densément peuplées ».

Les données concernant la consommation de drogues sont rares, bien que les rapports des autorités suggèrent une augmentation de la quantité de méthamphétamine dans le pays.

Abdul Karim Mustafa, chef de police dans la province de Basra, a fait part à la chaîne Sot Al-Iraq News que « plus de 83 kilos de stupéfiants » (majoritairement de la méthamphétamine et du cannabis) avaient été saisis par les forces de sécurité dans la province, entre janvier et août 2016. Ces chiffres montrent une forte augmentation depuis la dernière saisie en 2015 de 7,3 kilos de stupéfiants.

Cette hausse peut être expliquée par l'augmentation de la production domestique de méthamphétamine, fait inhabituel en Irak.

À l'origine, l'Irak était un pays de transit pour les cartels internationaux, y compris celui de la méthamphétamine, et dontle département d'État des États-Unis accuse l'Irak et ses « frontières poreuses et incontrôlées avec l'Iran et la Syrie » d'être responsables.

Les autorités nationales craignent que le chaos causé par les actes de violence répétés sur le territoire (en particulier le conflit avec l'État Islamique) offrent un terrain propice à la production illégale de stupéfiants.

Les conséquences de cette hausse sont amplifiées par le manque de services de réduction des risques et d'accès aux soins en Irak, situation qui s'est empirée ces dernières années.

En 2008, l'Organisation Mondiale de la Santé a signalé que des mesures communautaires avaient donné accès à des seringues stériles pour les personnes s'injectant des stupéfiants. Toutefois, selon la Middle East and North Africa Harm Reduction Association (MENAHRA) ces mesures ont été abandonnées en 2012.

Le Dr Aqeel Al-Sabagh, psychiatre ayant ouvert un centre de santé mentale à Basra, a expliqué au journal Iraq Press Agency au début du mois de janvier 2016 que son établissement se trouve dans l'incapacité d'aider le « nombre croissant de jeunes personnes, d'adolescents et d'étudiants consommant de la méthamphétamine » dans la province de Basra. Il a demandé au gouvernement de construire un centre dédié à la santé mentale dans la province afin d'aider les personnes incapables de surmonter leur addiction.

Le Dr Al-Sabagh a déclaré que son centre n'arrivait pas à prendre en charge un grand nombre de patients arrivant avec un problème lié à l'usage de stupéfiants, et que par conséquent, ils étaient redirigés vers l'hôpital Ibn Rushd de Bagdad, spécialisé dans la Psychiatrie et les Addictions, le seul en Irak dédié à la gestion des problèmes liés aux stupéfiants et pouvant accueillir seulement 74 patients.

Le ministère de l'Intérieur aappelé à la création d'un nouveau comité, constitué de représentants des organismes de sécurité du pays, afin de combattre la production domestique de méthamphétamine et l'import illégal de leurs matières premières.

La capacité du gouvernement à éradiquer le trafic de stupéfiants semble presque improbable, puisqu'il ne contrôle même pas l'intégralité du pays. Néanmoins, réduire les méfaits imputables à la consommation de drogues est une chose que le gouvernement pourrait être davantage capable de mettre en place.