Huile de cannabis à base de butane: le bon et le mauvais

Image tirée du documentaire de Vice sur l’huile de cannabis

OK, je m’appelle Adam et je vis à Londres, et à ma connaissance l’huile de cannabis (BHO), surnommée cristal, miel ou cire, n’est pas encore très répandue sur le marché britannique ou européen. Et pourtant, elle est bien là. J'en vois les traces chez le patient occasionnel au dispensaire, dans les allusions évasives de la police et même dans l’annonce étrange d’une explosion au coin de la rue. Mais, à ma connaissance nous sommes loin de la tendance que connaissent les États-Unis en ce qui concerne cette nouvelle forme choc de cannabis contenant entre 60 et 80% de THC (principe actif du cannabis).

C’est pourquoi nous avons demandé à Mallory Loflin (ML) d'écrire cet article en collaboration avec la Global Drug Survey (GDS) car nous voulions être sûrs de maîtriser notre sujet.

En règle générale quand “l’homme” commence à jouer avec la nature, les conséquences, du moins lorsqu’il s’agit de drogue, ne sont pas bonnes. Elles ne constituent certainement pas une amélioration en termes de santé publique. Je ne dis pas que la purification et la distillation ne rendent pas la drogue plus amusante. Je suppose que mâcher des feuilles de coca et courir après sa chèvre est bien moins amusant que ce à quoi se livrent des gens sous l’emprise de la cocaïne. Mais jouer avec la nature à un prix. Alors que nous dévoilons la GDS 2015 -- qui sera la plus importante enquête sur la consommation de drogue jamais effectuée avec un panel de 120 000 interrogés et qui se concentrera principalement sur la BHO -- nous avons pensé qu’il serait intéressant de se demander si les conséquences de la réinvention de l’huile de cannabis, de sa promotion et de l’explosion des dispositifs de vape se révélerons bonnes, mauvaises ou terribles.

Tirer des enseignements du passé

L’histoire des drogues suggère que la nature a tendance à restreindre le potentiel des substances psychotropes à créer des dépendances de large échelle et des troubles sociaux. Laissez les substances à l’état naturel, mettez-les au cœur de rituels sociaux, ne faites pas leur promotion, évitez les procédés laborieux pour permettre leur consommation par des modes autres que l’avalement et par-dessus tout ne les purifiez et ne les distillez pas et nombre des drogues les plus dangereuses du 21e siècle seraient moins problématiques. Et bien que je considère la technologie et l’invention comme les futurs moyens de rendre les drogues moins dangereuses pour l’homme, notre histoire récente montre que ces mêmes avancées ont déjoué les stratégies naturelles de réduction des conséquences néfastes et dans le cas de beaucoup de drogues, ont rendu leur utilisation plus dangereuse.

De l’isolation et la purification de la cocaïne et de la morphine de leurs plantes d’origine, à la distillation de l’alcool provenant de fruits fermentés, de l’extraction de l’arécoline et autre alcaloïdes psychotropes de la noix d’areca et de la méthylation de l’amphétamine à la méthamphétamine, presque sans exception, le développement de forme de drogue plus puissante est associé à un potentiel addictif plus important et donc à de plus gros risques de préjudices. Ce développement va souvent de pair avec une méthode d’administration plus rapide et plus efficace. Pour la cocaïne chlorhydrate et la morphine, c’était la capacité de la drogue à être injectée qui a conduit à sa montée en puissance rapide. Alors que pour le crack et la méthamphétamine, une modification au niveau moléculaire a permis à la drogue d’être fumée, provoquant un effet plus rapide avec un trip plus court mais plus intense.

L’histoire ne s’arrête pas là. Il nous manque le pourquoi. L’action d’isoler, de modifier et de purifier ces substances n’avait pas pour objectif, comme nous le supposons, d’augmenter les effets néfastes associés à la consommation de drogue. Cela a été une conséquence annexe de l’avancé scientifique et des intentions louables des industries médicales et pharmaceutiques d’améliorer l’efficacité thérapeutique et l’accès aux propriétés curatives de ces plantes. De la même manière, l'émergence de nombreuses nouvelles formes plus puissantes de cannabis, comme la BHO et les autres concentrés, a eu lieu en réponse à la demande de personnes malades pour des formes cannabis non-fumables qui pourraient être consommées facilement par voie orale.

Tout comme la synthèse de l’opium en morphine -- issue du pavot pour des usages thérapeutiques -- qui est une nette amélioration du potentiel médicinal du dérivé originel du pavot, l’opium, le développement de nouvelles formes plus puissantes de cannabis pourrait être une bonne chose. Et ces avantages potentiels issus de la réduction des effets néfastes (au travers d’une moindre présence de produits combustibles, de l’usage d’une vapoteuse ou de la promotion de la consommation orale) pourraient aussi atteindre les consommateurs lambda.

Que nous indiquent les recherches ? Les premières enquêtes de ML et Mitch Earlywine suggèrent que les consommateurs récréationnels préféraient en effet la BHO au cannabis traditionnel car les effets étaient plus fort et le début du trip plus rapide. Pour les consommateurs thérapeutiques qui utilisent le cannabis pour soulager leurs symptômes, c’est une propriété très désirable. Mais ML émet certaines réserves sur la BHO dans son enquête menée sur près de 350 consommateurs. Bien que son analyse révèle qu’utiliser le dabbing -- l’inhalation des vapeurs de concentrés de cannabis -- ne crée pas plus de problèmes ou d’incidents q’un usage traditionnel, les consommateurs {t3} rapportent tout de même que le dabbing augmente la tolérance et le sentiment de manque. Ce qui suggère que cette pratique a plus de chance de conduire à des dépendances ou des addictions.

L’avenir ?

Alors qu’une partie du monde change sa loi sur le cannabis, l’apparition de la BHO dans certaines parties des États-Unis suscite des inquiétudes quant à une répétition de l’histoire. Nous craignons que la purification et la reformulation du cannabis combinées à l’émergence de son industrie et à une nouvelle génération de vapoteuses (« dispositifs de consommation sûrs ») puissent entraîner des préjudices plus importants. Nous craignons que l’industrie du cannabis prenne exemple sur celle du tabac, où les PDG se sont frottés les mains lorsqu’ils ont réalisé que des consommateurs dépendant étaient bons pour les affaires. Nous craignons que des produits comestibles vendus sous forme de tablettes de chocolat, où chaque carré représente une dose, mènent à toutes sortes d’abus. En toute franchise, qui s’arrête après un carré de chocolat ? Et, qu’arrive-t-il lorsque cette tablette est la seule friandise à portée de main?

Bien que nous n’ayons pas de preuves concrètes de cela, nous voulions au moins y réfléchir un peu avant de présenter les résultats de la GDS 2015. Il y a une bonne raison pour que presque toutes les formes de médication aient des mises en garde et pour que les docteurs et les pharmaciens discutent de moyen de réduire les risques de dépendance chez leurs patients.  Nous ne voyons aucunes raisons pour lesquelles l’industrie du cannabis ne suivrait pas ce schéma. Prendre en considération la sécurité lorsque l’on donne des conseils à des patients utilisant le cannabis ne va pas à l’encontre des objectifs de l’industrie du cannabis. Il est fondamental d'être parfaitement franc avec eux sur le fait que certaines personnes deviennent dépendantes au cannabis et que sa consommation -- surtout de façon importante et quotidienne, chez les jeunes consommateurs, ceux qui souffrent de maladies mentales ou les femmes enceintes par exemple -- peut être dangereuse, et ceci créera un exemple pour la reste de la communauté.

Les dispensaires, qui doivent se distinguer des industries du tabac et de l’alcool, feraient bien de promouvoir la création de listes de risques pour conseiller leurs patients sur la meilleur façon d’utiliser le cannabis en prenant le moins de risques possibles.

Où se place la BHO dans cette liste ? C’est ce que nous essayons de découvrir. Si vous voulez comparer votre consommation de cannabis à celle de milliers de personnes dans le monde, allez sur https://www.drugsmeter.com et essayez l’application sur le cannabis.

La GDS est une enquête indépendante, objective et sérieuse qui rassemble des experts à la pointe de leur domaine pour vous poser des questions sur les drogues et l’alcool, pour qu’ensemble nous changions la façon dont les gens parlent, pensent et consomment les drogues. Comme toujours nos résultats seront publiés uniquement chez nos partenaires médiatiques en juin 2015. Participez à la Global Drug Survey 2015. Tout est anonyme et confidentiel, aidez-nous en prenant le temps de partager votre expérience jusqu’au 20 décembre 2014.

*Dr Adam Winstock est un psychiatre spécialiste des addictions et le fondateur de la Global Drug Survey (GDS). Mallory J. Loflin est une diplômée du Département de Psychologie de l’Université d’Albany et y présente actuellement sa thèse.