Iboga – la France continue de sévir

Iboga, substance miracle à décriminaliser au plus vite ? Drogue mystique dangereuse ? Voilà en quelques mots la polémique autour de cette plante utilisée de manière traditionnelle par les Pygmées dans les rites initiatiques et érigée depuis peu par le Gabon comme « patrimoine national ».

Revenons aux faits. L’Iboga est un arbuste endémique en Afrique centrale équatoriale. Dans les peuplades du Gabon notamment, la racine de cet arbre est utilisée depuis des centaines d’années pour produire un psychotrope très puissant du même nom ingéré lors de cérémonies « bwiti ».

Or, l’Iboga contient une substance alcaloïde qui permettrait de sevrer de manière rapide et définitive les personnes dépendantes à la drogue. Nombreux sont les témoignages d’héroïnomanes ou de cocaïnomanes qui racontent leur sevrage définitif et fulgurant grâce à cette plante. Le récit de Howard Lotsof, un des précurseurs, n’est que le premier d’une longue liste. Ainsi, cette molécule permettrait au cerveau de se « régénérer » et bloquerait les récepteurs aux opiacés, ce qui expliquerait ses propriétés anti-addictives. Mais ça ne marche pas toujours et des accidents mortels liés à sa consommation ont eu lieu, assombrissant le tableau de ce produit et contribuant à troubler encore plus le débat.

Etats unis, Belgique, Pologne, Danemark, France, la liste est longue de ces pays qui interdisent la consommation de l’Iboga. En France, celui est considéré comme une drogue dure et catégorisé comme tel. Il a été interdit par le ministère de la santé en 2007 suite au décès d’un toxicomane en ayant consommé.

Des recherches scientifiques sont menées, notamment aux USA où le produit est pourtant interdit. En Israël et en Inde, des essais cliniques ont été mis en place. D’autres pays vont encore plus loin : des centres de soin spécialisés existent au Brésil ou au Mexique et l’iboga peut être prescrit comme traitement en Nouvelle Zélande.

Si les recherches ont commencé à montrer l’efficacité de ce produit, au-delà des histoires et anecdotes marquantes, aucune étude n’a donné jusqu’à aujourd’hui une conclusion claire et chiffrée de l’efficacité de cette substance.

Via l’état de rêve éveillé que cette plante engendre, son consommateur a des visions, peut revivre des moments de sa vie, notamment liés à son addiction. Au-delà de l’aspect chimique, il semblerait que ces propriétés hallucinogènes aient un grand rôle en terme de psychanalyse : « C’est comme faire dix ans de psychanalyse en trois jours », selon Howard Lotsof.  Mais ce processus psychologique est très subjectif et très peu mesurable, ce qui rend difficile l’obtention de preuves significatives et l’élaboration de protocoles expérimentaux pour les scientifiques.

Effets hallucinogènes, contexte d’utilisation mystique en Afrique, découverte empirique par des consommateurs de drogue en Occident et non par des scientifiques.. Tout ceci a sans doute constitué des freins dans le fait de considérer l’Iboga comme un véritable traitement médical et a encouragé sa perception en tant que stupéfiant.

Yann Guignon, activiste français militant pour la reconnaissance et la normalisation de l’Iboga en France vient de se le faire rappeler durement ces derniers jours.

Consultant en médiation interculturelle, il est aujourd’hui un des spécialistes du sujet et est une référence dans les articles ou émissions qui traitent de l’Iboga. Depuis 2004, il a entrepris un travail de recherche sur ce produit en coopération avec des agences et des universitaires français.

Or, le tribunal de Versailles a récemment retiré à Yann Guignon son autorité parentale sur le motif qu’il a été soigné par l’Iboga au Gabon il y a plusieurs années et qu’il en a fait la promotion auprès de proches vivants en France.
Une pétition vient d’être publiée sur internet intitulée «Iboga et droit de l’homme » afin de soutenir Y.Guignon et de soulever des fonds pour qu’il puisse continuer son combat.

Soigné lui-même grâce à cette plante par le passé, ce militant lutte pour sa destigmatisation et pour une utilisation régulée, durable et sécurisée de ce produit avec un réel accompagnement des personnes qui bénéficieraient de ce traitement. Selon lui, il est souhaitable de développer cette démarche en s’appuyant aussi bien sur les savoirs traditionnels que sur les connaissances scientifiques.

Les experts préviennent qu’il ne s’agit pas d’une prise de drogue récréationnelle mais bien d’une pratique précise, potentiellement dangereuse qui doit être encadrée car sa consommation comporte des risques médicaux graves - les cardiaques, psychotiques, personnes sous antidépresseurs ou autres médicaments devant absolument s’abstenir sous peine de conséquences gravissimes voire mortelles.

La consommation de cette plante au Gabon est très encadrée, accompagnée par beaucoup de rites mais surtout toujours surveillée par des personnes compétentes et initiées compte tenu de la dangerosité du produit dont l’administration doit être adaptée à chacun.

Or, des réseaux de traitement parallèles illégaux se sont développés en Europe soit sur place, soit en organisant des voyages au Gabon ou en Amérique Latine.
Laisser ce produit dans la nature, non régulé, et des systèmes de traitement en catimini s’organiser via des réseaux souterrains ne fait qu’accentuer les risques pour les consommateurs d’Iboga en France et dans les pays où il est illégal et considéré comme drogue dure. En 2009, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) soulignait les risques importants existants «dans les circuits  clandestins, dans des environnements clos sans aucun contrôle d’autorités compétentes dans le domaine médical».

Plante miraculeuse ? Peut-être. Polémique ? Assurément !
Il paraitrait bon que cette polémique permette de faire émerger véritablement ces questions de santé publique dans le débat en France, comme cette pétition essaie de le faire, au lieu de limiter la question aux meilleurs manières de criminaliser le produit.

Pour en savoir plus :

Pétition de Yann Guignon
http://www.avaaz.org/fr/petition/Depenalisez_lutilisation_de_lIboga_en_F...

Documentaire sur l’Iboga