Journée internationale des droits de l'homme : pour le gouvernement philippin, le massacre de la guerre antidrogues « sauve des vies ».

Source: Flickr

Le gouvernement philippin a récemment déclaré que sa guerre antidrogue protégeait les citoyens innocents, et ce malgré les aveux du président Duterte quand au rôle de l'état philippin dans les exécutions sommaires perpétrés dans ce cadre.

Le 10 décembre, Journée internationale des droits de l'homme, le bureau du président philippin a publié un communiqué mentionnant la volonté de Rodrigo Duterte de « faire avancer les droits de l'homme ». Le document mentionne en outre que « la croisade contre la criminalité, la corruption, le terrorisme, l'insurrection et la prolifération des substances illégales » est menée afin de « protéger les vies des citoyens innocents et respectueux des lois ». Le document indique également que « dans toutes ces missions, la loi est respectée en cela que les coupables sont portés devant la justice ».

Cette déclaration contredit directement des propos tenus précédemment par Duterte. Avant même son élection, le chef de l'état philippin a appelé ouvertement au meurtre des personnes usagères des drogues, et a  récemment insisté sur le fait que son « seul pêché [dans sa gestion du pays] était les exécutions sommaires ».

Selon une estimation de l'ONG Human Rights Watch, plus de 12 000 hommes, femmes et enfants ont été assassinés – sans aucune forme de procès ou de jugement – entre juin 2016 et janvier 2018. Le nombre d’exécutions a très vraisemblablement grimpé davantage au cour de l'année passée, bien que le nombre exact de morts demeure inconnu.

Pour de nombreux assassinats, les preuves d'un lien établi entre les victimes et les produits stupéfiants, qu'il soit de l'ordre de l'usage, de la vente ou de la production, se sont avérés impossibles à établir.

Le communiqué complet du bureau du président philippin (cliquer pour élargir)

L'organisation philippine dédiée aux droits de l'homme Karabation a mentionné les massacres de la guerre antidrogues comme l'un des moyens « employé par le régime de Duterte pour nous imposer la répression ». 

« Le régime de Duterte est un gouvernement violant volontairement les droits humains ; ce n'est pas un gouvernement en faveur du peuple. Il a largement renforcé un système qui n'a recours au procès équitables et à la justice que comme des privilèges attribués aux élites, nous laissant les cibles des violations de droits et de la pauvreté endémique, » a déclaré Cristina Palabay, secrétaire générale de Karapatan.

La guerre antidrogues de Duterte a en effet été largement dénoncé en ce qu'elle vise principalement les plus pauvres. Comme l'avait rapporté TalkingDrugs, les autorités ont mené des tests antidrogues directement chez les populations des bidonvilles et des quartiers pauvres. Antonio Carpio, juge assesseur de la Cour suprême des Philippines a condamné cette approche pour sa propension à être « concentrée sur le petit vendeur plutôt que sur les grands barons de la drogue ».

Plus tôt dans l'année, le propre fils de Rodrigo Duterte, Paolo, a été innocenté des accusations pesant sur lui quand à l'importation aux Philippines de 602 kilos de méthamphétamine. Les élites ont semble-t-il le droit à des procès en bonne et due forme au bénéfice de la présomption d'innocence, quand les pauvres risquent souvent la mort sur la base de simples accusations.

Le procureur de la Cour pénale internationale a ouvert une enquête préliminaire quand aux crimes commis durant la guerre antidrogues de Duterte, bien que pour le moment, le massacre ne semble pas prêt de s'arrêter.