L'épidémie de VIH en Ukraine

En Ukraine, l'un des pays les plus grands et peuplés d’Europe, environ 1,6% des adultes vivent avec le VIH. L'épidémie concerne principalement les groupes à risque comme les consommateurs de drogues injectables et leurs partenaires, les travailleurs du sexe et les hommes ayant des rapports homosexuels. Les régions du sud du pays sont les plus touchés par le VIH.

 

De manière historique, la réponse politique nationale au VIH en Ukraine a été compromise par l'instabilité politique, les fréquents changements de couleur politique des dirigeants et le faible engagement et mobilisation. Une reconnaissance de l'importance de l'épidémie a eu lieu ces dernières années, accompagnée par d'importants changements dans la législation.

 

La progression du VIH dans la région d’Ukraine est étroitement liée à des taux croissants de consommation de drogues injectables dans le milieu des années 1990, lors de la crise socio-économique ayant suivi l'éclatement de l'Union soviétique. A cette époque, l'Afghanistan est devenu le premier producteur d'opium (dont l’héroïne est dérivée) au monde, et le trafic de drogue a augmenté dans toute la région. Plusieurs centres ont été détectés en Ukraine, Russie, Biélorussie et Moldavie. Le VIH se transmet facilement par le partage de drogues. En Europe orientale et en Asie centrale, environ 3,7 millions de personnes s'injectent des drogues; dont environ un quart vit avec le VIH. De nombreux pays dans cette région ont connu une augmentation très rapide de transmission du virus, L'Ukraine 55 pour cent.

 

En Ukraine, la prévalence du VIH chez les travailleuses du sexe qui s'injectent de la drogue est de 42,5 pour cent, comparé à 8,5 pour cent pour les travailleuses du sexe qui ne s'injectent pas des drogues. Environ 15 pour cent des détenus vivent avec le VIH. Par exemple, on estime que la prévalence du VIH parmi les hommes ayant des rapports homosexuels varie de 4,4 pour cent à Kiev, pour 23 pour cent à Odessa, malgré le fait que seulement 110 cas ont été officiellement signalés depuis 1987. On considère que l'épidémie chez les hommes ayant des rapports homosexuels a pu augmenter de façon considérable en raison du peu de ressources financières versées pour aider  ce groupe.

 

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) seulement 19 pour cent des adultes et des enfants à faible ou moyen revenu en Europe et des pays d’Asie centrale ayant besoin d'une thérapie antirétrovirale (ART) l’ont effectivement reçu en 2009. L'Ukraine a un taux de couverture particulièrement faible de 10 pour cent.

 

Ces dernières années, l'Ukraine a déployé des efforts considérables pour faire face à l'épidémie du VIH parmi les utilisateurs de drogues injectables (UDI). La fourniture de traitements de substitution aux opiacés a commencé en 2004 avec les propositions d’offre de buprénorphine. En 2007, le ministère de la santé a légalisé la méthadone et a assoupli les critères concernant les personnes susceptibles de recevoir un tel traitement. En avril 2010 des services de réduction des risques sanitaires étaient présents dans toutes les-vingt-sept régions de l'Ukraine.

 

Malgré une approche globalement positive de l'Ukraine en matière de prévention, les UDI font toujours face à des obstacles à l'accès aux services de réduction des risques sanitaires. En 2009, seulement 32 pour cent des UDIS ont eu accès au programme de prévention du VIH, et le pays aurait seulement distribué approximativement 32 aiguilles stériles ou seringues par UDI par an. En outre, les utilisateurs de drogues qui souhaitent recevoir des traitements de substitution sont mis sur un registre officiel qui peut être utilisé pour les exclure de certaines professions, et ces informations sont souvent partagées entre les différentes institutions médicales. Ces mesures pourraient dissuader les consommateurs de drogues injectables d'utiliser les services disponibles. Les descentes de police sur les cliniques de traitement de la toxicomanie en 2010 ont marqué un tournant dans l'approche de l'Ukraine envers le VIH et les services de réduction des risques sanitaires. Cette nouvelle politique s’engageant vers la thérapie de substitution de drogue menace les progrès accomplis depuis 2004.

 

Récemment, une lettre au Président de l'Ukraine Viktor Lanoukovitch Fedorovych écrite par le directeur du département de la santé et des droits de l'homme, Joseph Amon, a insisté sur l'urgence de l'activisme politique, appelant à la lutte contre le virus. Le directeur a souligné l’augmentation du nombre de personnes dépendantes aux opiacés recevant un traitement de substitution assistée par la méthadone et la buprénorphine, passant de zéro en 2004 à environ 5.550 en 2010. Ce progrès, toutefois, est sérieusement remis en cause par les actions mentionnées précédemment opérées par la police et les procureurs. Limiter l'accès aux traitements de substitution aurait un impact dévastateur sur les droits de l'homme à la santé et à la vie des Ukrainiens vivant avec ou risquant d’être contaminé parle VIH / SIDA, ainsi que ceux qui ont besoin de traitement pour dépendance aux opiacés. Il a rapporté dans ces termes: "Nous vous invitons à prendre des mesures immédiates pour mettre fin aux poursuites de la police, au harcèlement et aux abus qui nuisent la capacité des utilisateurs de drogues injectables à accéder aux traitements substitutifs. Nous vous invitons également à poursuivre les progrès réalisés par l'Ukraine en veillant à ce que la méthadone et d'autres drogues à même à être utilisées dans la thérapie de substitution soient immédiatement disponibles pour ceux nécessitant un traitement".

 

Il y aussi des organisations qui aident à la lutte contre le virus, l’alliance de l'Ukraine et l’Unicef. Le gouvernement a décriminalisé la prostitution en 2006 et a approuvé la méthode de substitution aux opiacés à base de méthadone pour les utilisateurs de drogues injectables en 2008, à la suite des efforts du plaidoyer opéré par l'Alliance de l'Ukraine. La participation du Fonds mondial de la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a considérablement renforcé le rôle et l'influence des organisations de la société civile et leur acceptation en tant que partenaires égaux dans la lutte contre le VIH.

 

Sur un plan international l'Alliance d’Ukraine contre le VIH /SIDA a été créé en 2002 et est devenu une organisation indépendante en 2009. L’Alliance de l'Ukraine s'est engagée à soutenir l'action communautaire contre le VIH au niveau local, régional et national. L'organisation cherche à obtenir des changements systémiques et à développer un contexte politique favorable à l'accès universel aux traitements, soins, et prévention du VIH. Entre 2004 et 2008, l’Alliance d’Ukraine a dirigé l'expansion de l'accès au traitement antirétroviral en Ukraine, soutenue par une subvention de 98 millions de dollars du Fonds mondial. Au début du programme, seulement 137 personnes bénéficiaient du soutien gouvernemental pour le traitement antirétroviral. Fin 2008 près de 10.000 utilisateurs avaient reçu ce genre de traitement. Au cours de ces années l’Alliance  de l'Ukraine a pris en charge 94% des femmes séropositives enceintes, qui ont ainsi reçu un traitement de prévention afin d’éviter la transmission à leur enfant. Les programmes de prévention de l’Alliance de l'Ukraine sont proposés par plus de 100 partenaires non gouvernementaux dans toutes les régions du pays. En avril 2009, le nombre d’utilisateurs de drogues injectables aidés a atteint plus de 214 000, ainsi que 36 600 travailleuses du sexe, 20 800 hommes ayant des rapports homosexuels, et 62 800 prisonniers. La plupart des financements pour les activités de prévention proviennent du Fonds mondial et de projet SUNRISE USAID. L’Alliance est le leader en matière de thérapie de substitution pour les utilisateurs de drogues injectables. Il y avait 3989 personnes qui recevaient ce traitement en Ukraine en Juin 2009, dont 82% des traitements proviennent de l'Alliance de l'Ukraine. L’Alliance est en train de négocier un accord de subvention de Phase II avec le Fonds mondial, s’attendant à recevoir plus de 60 millions de dollars de financement jusqu'à mi-2012. Grâce aux succès du programme du Fonds mondial, le gouvernement ukrainien a nommé l’Alliance comme l'un des principaux chefs d’orchestre de la lutte contre la pandémie du VIH et du Programme National de réponse au SIDA pour la période 2009-2013. L’Alliance travaille sur l'expansion et l'amélioration des services de prévention du VIH, ce qui doit être une priorité majeure.

 

L'UNICEF de son coté soutient tous les efforts du gouvernement ukrainien dans la prévention de la transmission du VIH de mère à enfant. Ces interventions sont également comprises dans les programmes d'État de prévention du sida et de santé reproductive.