L'Histoire de Pean

Pean a passé son enfance au milieu de la Guerre du Vietnam et son adolescence comme témoin des conséquences de la guerre. Elle arrive à Phnom Penh au Cambodge âgée de 18 ans. Elle et sa mère étaient à la recherche d’une vie meilleure. Elle s’est mariée la même année. Deux années plus tard, elle accouche d’une fille.

Elle tombe enceinte une seconde fois, après que son mari soit parti pour un voyage d’affaires en Thaïlande. Son mari sera assassiné par un collègue de travail dans une affaire d' argent. Plus tard le même collègue informe Pean de la mort de son mari. Il lui donne comme raison que ce sont les autorités locales qui l’ont tué.  Elle ne l’a jamais revu.

Sa deuxième fille naquit peu de temps après. Elle passa les 11 mois qui suivirent à élever ses deux filles dans la province Kandal, près de la capitale Phnom Penh.

Le début de leur mariage était très difficile. Ils avaient constamment des retards sur le loyer et parfois ne mangeaient pas pour permettre à son mari de prendre sa drogue. Apres deux années de mariage ils attendaient leur premier enfant. Elle croyait alors qu’avec à la naissance de cet enfant, son mari allait changer d’attitude.

Jusqu’au neuvième mois de sa grossesse, rien n’avait changé, elle a plusieurs fois pris son mari en flagrant délit, la main dans son sac en train de voler de l'argent. Son mari avait sa propre façon de lui faire comprendre les choses. Pean explique que son mai lui injectait régulièrement de l’héroïne plusieurs fois dans la journée. Avant la naissance de son enfant, elle était déjà accro. Quand on lui pose la question de ce qu’elle pense de son mari, Pean répond qu’elle le déteste de plus en plus chaque jour. "Ce qu’il a fait ne peut pas être oublié et maintenant notre relation est basée sur la drogue."

Pean m’a dit qu’elle n’aime pas l’héroïne. Elle croit que son mode de vie et son addiction à la drogue l’a poussée à abandonner son enfant, qui a été adopté. Elle fond en larmes quand elle dit : "J’avais beaucoup d’amis avant mais ils ne veulent plus me voir à cause de mon comportement. Ils ne veulent même pas me regarder sur les yeux."

Pean et sa famille se sont fait mettre dehors de leur appartement juste après la naissance de sa fille. Elle ne pouvait pas payer son loyer car elle utilisait son argent pour acheter de la drogue. Après elle et sa famille ont vécu dans les rues de Boueng Tra Bek.  Elle s’est fait arrêter dans la rue pour avoir parler à une autre droguée et est incarcérée sans motifs à Toul Supee, une prison pour les mendiants. Le gouvernement cambodgien décrit la prison come un camp de rééducation  pour les sans-abris. Elle dit n’avoir reçu aucune rééducation en prison.

Dès son premier jour a Toul Supee, Pean voulait arrêter la drogue. Quand on lui demande si elle avait accès à des médicaments pour diminuer sa consommation, elle répond "Je voulais demander mais il ne y’avait personne à qui demander" , "Y’avait pas de gardes. Seulement des gardiens de vaches". Des gardiens de vaches? "Les gens qui gardaient les vaches dans la propriété."

D’autres investigations ont montré que Toul Supee était dans un camp militaire du Khmer Rouge, que le Gouvernement cambodgien a transformé en centre de rééducation pour les sans abris.

Ils sont dix par chambre et sont obligés de coucher par terre. "Y’avait des orphelins de cinq à six ans et le plus vieux était âgé de 70 ans" disait Pean.

Les prisonniers étaient obligés de boire et de prendre leur douche dans le même abreuvoir que les vaches. Ils avaient le droit de sortir de leur chambre une fois par jour pour prendre leur bain, manger et boire. Pean expliquait que leur unique repas par jour était constitué d’une petite portion de riz non cuit, servi avec des végétales qui contenaient des vers.   

Lors de sa deuxième journée en prison, Pean a pris plus de temps que ce que les gardes pensaient nécessaires à ses besoins. Quatre gardes, deux femmes et deux hommes l'ont tabassé, trainé jusqu'à sa chambre et l’ont enfermé. Des consultations médicales réalisées à Phnom Penh après son retour ont montré que sa main était cassée et qu'elle avait d’autres sequelles qui font qu’elle boite aujourd’hui.

Un malade mental dort sur ses propres excréments au centre de détention de Koh Kor. Les détenus ne sont pas interrogés sur leur santé physique ou mentale et n’ont pas d’accès aux médicaments.

Un jour, Pean était dans sa chambre quand elle voit une détenue d'environ 40 ans en train de donner des coups au mur, demandant à manger et de l’eau. Quelques minutes après, trois gardes entrent dans la chambre et commencent à frapper la femme avec un bâton, et continuent jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse. Ils ont versé de l’eau pour la réveiller et l’ont trainée devant les détenus pour dire qu’ils vont l’amener dans un hôpital. 

Pean était terrifiée après avoir témoin de cette histoire. Elle avait compris qu’elle pouvait à n’importe quel moment être tuée à Toul Supee. Elle a pris la décision d’échapper. Tôt le matin, elle passe par la fenêtre, saute du deuxième etage de l’autre côté du mur. Elle court vers la ville et prend un mototaxi. C’est le conducteur qui l’a informé du corps de la femme, battue à mort, retrouvée de l’autre côté de la route à Toul Supee. 

Pean réfléchissait à ces informations durant ses deux heures et demi de route vers Phnom Penh, où elle va chercher de l’héroïne. C’était un mois avant cet interview.

Pean utilisait l’argent collecté dans sa participation pour sécuriser un appartement. Elle n’était pas sûre comment elle allait payer les 40$ mensuels au delà du premier mois. Actuellement elle travaille comme recycleur, collectant les bouteilles et boites en aluminium pour les revendre pour trois centimes au centre de recyclage. Elle a l’intention d’acheter une brouette pour pouvoir ramasser plus de bouteilles en même temps.

Pean est en train d’essayer d’arrêter l’utilisation de l’héroïne, elle est passée de quatre injections à deux par jour. Elle dit qu’elle souhaite arrêter la drogue complètement.  Elle ne sera en paix que le jour où elle aura complètement arrêté. Elle veut aller dans un camp de désintoxication, mais l’expérience qu’elle a vécu à Toul Supee l’a traumatisée au point qu’elle n’a plus confiance aux programmes gouvernementaux.

Pean est convaincu qu’une fois elle arrêtera d’utiliser de la drogue, elle aura plus de confiance en elle-même. Elle sera en mesure de commencer une nouvelle vie et de prendre soin de sa maison. Mais pour le moment, elle veut que les gens l’acceptent comme elle est, et ne voient pas que ce qu’elle fait par le passé.