La communauté Butterfly : un mouvement de femmes indonésiennes consommatrices de drogue

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Risma connaît bien les problèmes que les femmes peuvent rencontrer dans les prisons indonésiennes ; en 2006, elle a été condamnée à 18 mois d'incarcération après avoir été arrêtée avec une petite quantité de drogue sur elle. Aujourd'hui, Risma est une militante de la santé et des droits de l’Homme : « J'étais l'une des bénéficiaires du programme d'éducation d'une ONG dans la prison des femmes. J'ai été libérée plus tôt pour bonne conduite et j'ai immédiatement rejoint l'ONG en tant que volontaire. »

De par son travail d'éducatrice, Risma a rencontré des femmes qui étaient tombées pour drogue et étaient victimes de stigmatisation. Refusant d'accepter cette marginalisation pour elle-même ou pour ses semblables, Risma a mis en place un soutien téléphonique et des conseils pour aider les femmes à se battre pour leur santé et pour leurs droits. « J'ai réalisé que nous étions nombreuses. »

Les appels téléphoniques sont devenus des réunions et, au fur et à mesure que les réunions se sont intensifiées, elles sont devenues la communauté de femmes Butterfly (« papillon » en anglais). Beaucoup, en particulier les femmes qui ont passé du temps en prison, avaient trop honte pour discuter de leurs expériences traumatiques en personne. « Nous avons pleuré en écoutant nos histoires l’une autre. »

Risma explique : « J'aime le concept de papillon. Quand il est encore chenille, il n’est aimé de personne, alors il reste seul. Mais dès qu'il devient papillon, il s'ouvre au monde et trouve l'amour et le soutien. »

En tant que mère de trois enfants, Risma est bien consciente des nombreux défis complexes auxquels font face les femmes qui font usage de drogues. Bien que la majorité des consommateurs de drogues en Indonésie soient des hommes, les recherches indiquent que les femmes sont plus souvent incarcérées pour des infractions liées à la drogue que pour tout autre crime. Les femmes qui consomment des drogues font face à la stigmatisation et à la discrimination à plusieurs niveaux et ont souvent un accès réduit aux services de santé et de soutien.

En outre, les résultats d’une étude récente, Women Speak Out, indiquent que les programmes mis en place par l'État pour prévenir le VIH et la violence ne ciblent pas les femmes qui s'injectent des drogues, ce qui a des conséquences graves pour l'accès de nombreuses femmes aux soins de santé et à leur bien-être général.

Les membres de la communauté de femmes Butterfly comprennent la vulnérabilité des femmes qui consomment des drogues. « [Elles] ont besoin d'un environnement sûr où elles pourront recevoir un service de soins et de traitement de la toxicomanie sans être séparées de leurs enfants », explique Risma.

En tenant compte de ces facteurs, la communauté de femmes Butterfly a grandi et s'est transformée. Elle fournit un espace de soutien, aide les femmes à développer des moyens de subsistance et leur donne la possibilité d’être des porte-parole. De plus, la communauté de femmes Butterfly connecte les femmes à une aide juridique et médicale ; le groupe intervient souvent dans les postes de police ou les centres de détention lorsqu'une femme est arrêtée, pour s'assurer qu'elle est en sécurité, pour fournir des informations sur ses droits et pour plaider en faveur de l'accès aux traitements antirétroviraux ou aux traitements médicamenteux. 

En octobre 2016, Risma a représenté la communauté Butterfly lors d'une réunion de consommatrices de drogues venant de 12 provinces indonésiennes. Vingt femmes s’y sont engagées à défier le statu quo et à adopter une vision unifiée de respect des droits de la personne et de justice pour les femmes touchées par des politiques punitives en matière de drogues. Cet engagement, baptisé la «Déclaration de Jenggala» d'après le nom de la rue où la réunion a eu lieu, a permis de créer un réseau de femmes au sein du PKNI (le réseau indonésien des consommateurs de drogues) et un nouveau mouvement dans la communauté des consommateurs de drogues.

Ensemble, Risma et les femmes de la Déclaration de Jenggala demandent la fin de la stigmatisation et de la discrimination, ainsi que des lois moins punitives pour les infractions mineures et non violentes liées à la drogue. La réforme du droit et des lois moins punitives sont essentielles afin de réduire l'incarcération des femmes et les problèmes liés à cette incarcération. À l'avenir, la politique indonésienne en matière de drogues doit accorder la priorité aux droits, à la santé et au bien-être des femmes.

 

*Fiona Putri Hasyim est Conseillère Parité pour le Réseau Indonésien des Consommateurs de Drogues (PKNI)

*Cet article a été revu par Claudia Stoicescu