La culture d’opium en Turquie : une histoire qui finit bien

Depuis 1974, il n’y a plus de culture illégale de pavot en Turquie. Aujourd’hui, cette plante est cultivée dans tout le pays, mais de manière légale.

Sous la pression internationale et des USA en particulier, la Turquie a interdit par le passé toute production de pavot sur son territoire. Cette décision a touché un grand nombre de turques et du fait de pressions internes, cette prohibition a été levée trois ans seulement après sa mise en place.

Depuis lors, les autorités turques ont mis en œuvre une politique qui permet la culture du pavot sous un strict contrôle gouvernemental. Cette nouvelle politique permet aux fermiers de faire pousser des quantités relativement réduites de pavot qui sont ensuite vendues et transformées en médicaments.

Cette politique est fondamentalement différente de la plupart des autres qui ont été mises en place dans le monde car elle prend en compte le fait que beaucoup de fermiers sont extrêmement dépendants de cette plante qui est la seule cultivable en automne et qui constitue donc une rentrée d'argent supplémentaire indispensable pour eux.

En 1974, le gouvernement turque a levé l'interdiction qui pesait sur la culture de pavot et a commencé à accorder à des petits fermiers de 6 provinces l’autorisation de cultiver du pavot sur un demi-hectare de leur champ. Le gouvernement a alors mis en place un système de gestion incluant le contrôle de la quantité produite et des surfaces de champ utilisées et prévoyant de détruire toute portion de champ qui dépasse la surface légale autorisée et de retirer sa licence au fermier ayant fauté.

En 1981, la Turquie a achevé, avec l'aide des Nations Unies, la construction d'une usine d'alcaloïdes d'opium (cad qui raffine l'opium brut et le transforme en base de médicaments) dans la province de Bolvadin. Deux ans plus tard, les USA tiraient un trait sur leur différend avec la Turquie à ce sujet et décidaient que la Turquie deviendrait leur fournisseur officiel à hauteur de 80% de leur besoins en opium brut, l'Inde fournissant les 20% restants.

Afin d’empêcher tout risque de production d'héroïne à partir de ces cultures légales de pavot, le gouvernement a commencé à collecter lui-même chez les fermiers producteurs toutes les capsules de pavot produites car c’est à l’intérieur de celles-ci que se trouve une sorte de « latex » qui fournit l’opium brut. Le gouvernement s'assurait alors qu'aucune de ces cosses n'étaient ouvertes. Si une capsule était trouvée ouverte ou incisée chez le fermier, ce dernier risquait de perdre sa licence. L'usine de transformation s’occupait ensuite d’extraire et d’exploiter cette substance.

Aujourd'hui, 13 provinces peuvent légalement faire pousser du pavot, soit 70 000 hectares de cultures autorisées. Ceci est géré et contrôlé par le Bureau Turque des céréales (TMO). Quand ce dernier a été interrogé sur la rentabilité de cette industrie, il a simplement répondu qu’elle rentrait dans ses frais et que ce système avait été conçu avec pour seuls objectifs de maintenir les emplois et le niveau de vie des fermiers et de perpétuer une tradition ancienne.

Nous pouvons tirer un enseignement fondamental de cet exemple turc: la culture du pavot peut fonctionner dans un cadre légal.

Les politiques d'éradication à l’encontre de TOUTES les plantes à partir desquelles une drogue illégale peut être produite  ne fonctionnent pas. Celles-ci ont été essayées dans de très nombreux pays aussi bien pour l'opium, la coca que le cannabis, sans succès. Et pourtant, beaucoup de gouvernement n'ont pas encore compris cette précieuse leçon.

La Turquie nous a démontré qu'il existe bel et bien des politiques alternatives qui aident à contrôler la culture de ces plantes « problématiques » sans pour autant détruire le gagne-pain des fermiers.