La guerre antidrogues comme agression perpétrée contre les cultures autochtones

En Colombie, l'éradication des plants de coca sur les terres indigènes passe par des produits potentiellement cancérigènes (Source: Pixabay)

Dans le monde entier, les populations autochtones voient leurs droits bafoués au nom de la guerre globale contre les drogues, dans un contexte de sous-exposition médiatique. 

2019 marque le douzième anniversaire de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, dont le but originel était de maintenir « les standards minimum nécessaires à la survie, la dignité et le bien-être des peuples autochtones du monde ».

L'article 5 de la Déclaration indique que les populations autochtones ont un droit « au maintien et à la consolidation de leurs traditions culturelles spécifiques », bien que ce droit soit constamment bafoué par la guerre antidrogues, en particulier sur le continent américain. La feuille de coca - qui sert à produire la cocaïne - est utilisé depuis longtemps par les populations indigènes des Andes pour des motifs culturels et thérapeutiques. Cependant, les traités internationaux interdisant ces pratiques exposent ces communautés à la criminalisation et à la disparition de substantielles sources de revenus. En Colombie et ailleurs en Amérique latine, les plantations de coca sont systématiquement corrompues chimiquement, brulées et détruites, par des acteurs à la fois nationaux et internationaux.

L'article 7 de la Déclaration stipule que les populations indigènes ont un droit à « la vie, à l'intégrité physique et mentale, à la liberté et la sécurité ». C'est en cela que la brutalité de la guerre antidrogue est la plus apparente. Prises en étau entre les producteurs de drogues et les autorités, les populations habitant les terres fertiles sont les plus exposées à la souffrance.

Du continent américain à l'Asie du sud-est, les populations autochtones doivent régulièrement faire face à leur expropriation par les cartels, à l'empoisonnement provoqué par les sprays utilisés pour détruire les récoltes, et, dans d’innombrables cas, à des assasinats perpétrés par le gouvernement sensé les protéger. La guerre antidrogue détruit la vie, la liberté et la sécurité des populations autochtones du monde entier.

Les populations autochtones de nombreux pays sont criminalisées de façon disproportionnée par la guerre antidrogues. Aux Etats-Unis et au Canada, les populations indigènes apparaissent comme  largement surreprésentées parmi les personnes incarcérées, et encore davantage parmi les personnes poursuivies pour des délits non-violents liés aux drogues.

La criminalisation systémique affecte les communautés autochtones du monde entier ; le racisme structurel, la marginalisation, et les violences perpétrées à travers l'histoire ont sans nul doute contribué au développement de traumatismes intergénérationnels.

Les populations autochtones subissent également le contrecoup de la violation de l'article 31 de la Déclaration : le droit à la propriété intellectuelle. En 1985, l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle a estimé à 43 milliards de dollars la valeur du marché mondial des traitements dérivés des plantes médicinales découvertes par les peuples indigènes. Une valeur sans doute bien plus importante aujourd'hui.

Encore aujourd'hui, alors qu'une nouvelle « révolution psychédélique » émerge, les populations autochtones se voient fréquemment retirés les bénéfices de la commercialisation de l'ibogaine, de l'ayahuasca, et d'autres médecines indigènes traditionnelles. Certaines populations indigènes ont pu bénéficier du « narco-tourisme » en Amérique latine, notamment à travers les cérémonies de l'Ayahuasca, mais ce type d'expériences prisées des touristes reste essentiellement géré par des acteurs non-indigènes.

Durant l'histoire récente, les populations autochtones apparaissent comme celles ayant le plus souffert des grands acteurs de la mondialisation. La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones a constitué une tentative de mettre fin à ces injustices, et d'envisager des réparations. Elle devait constituer un cadre où les populations indigènes seraient respectés, où leurs cultures seraient protégées, et où leurs vies retrouveraient leurs vraies valeurs. Il apparaît pourtant que la guerre antidrogue a rarement respecté, protégé ou considéré la vie.

Alors que la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones fête son douzième anniversaire, il apparaît clair que les mesures consécutives à la guerre globale contre les drogues continuent de violer impunément les droits des populations indigènes. Aujourd'hui, il est plus que temps de considérer les droits de ces peuples au même titre que ceux des autres, et il apparaît  nécessaire que les Nations Unies et ses membres introduisent une convention contraignante, et pas juste une simple déclaration. Les peuples autochtones ont souffert de la guerre antidrogues pendant plusieurs générations ; il est grand temps de rompre le cycle de l'impunité.