La Monkey Dust au Royaume-Uni : réelle épidémie de drogue ou exagération ?

Les communiqués alarmistes des médias britanniques augmentent au sujet d'une nouvelle drogue, la Monkey dust ; les journalistes parlent erronément de « zombies mangeurs de chair » qui sauteraient des immeubles.

Le nom Monkey dust (« Poussière de singe ») est utilisé dans la presse en référence à des substances inconnues de cathinone, dont la MDPV (méthylènedioxypyrovalérone) qui est une drogue de classe B. La Monkey dust commença à attirer l'attention des médias nationaux en août 2018 et est décrite comme une poudre blanc-jaunâtre qui peut être ingérée, injectée ou reniflée à bas prix. Selon Sky News, la Monkey dust soulage de la douleur, crée des hallucinations, et peut provoquer de la paranoïa et l'impression d'être pourchassé.

Elle a fait les titres récemment pour son usage prétendu par des groupes marginalisés, dont des sans-abris, dans le Staffordshire, particulièrement à Stoke-on-Trent. Plus de 170 incidents impliquant la Monkey dust ont été rapportés par le service d'ambulance du West Midlands depuis avril 2018, et la police du Staffordshire a déclaré 950 incidents liés à la substance dans les trois derniers mois.

Attisant l'hystérie, une vidéo de personnes ayant prétendument pris de la Monkey dust a été propagée par la presse locale et les réseaux sociaux : on y voit des individus apparemment déments sur des toits d'immeubles, dans des ambulances et aux prises avec la police.  Une scène en particulier, publiée par le Stoke Sentinel, montre un homme se balançant sur un toit avant d'en sauter et de se blesser, apparemment sous l'effet de la Monkey dust. Il est cependant apparu que cette vidéo n'était pas liée à la soi-disant épidémie de Monkey dust : elle a été filmée en 2014 et la police ne saurait affirmer quelle drogue (s'il s'agit d'une drogue) a été absorbée par l'individu.

Les reportages ont vu les consommateurs de Monkey dust comparés à des zombies, décrits comme de « violents psychotiques », créant et perpétuant des images dégradantes et nuisibles de personnes en situations de vulnérabilité. De manière révélatrice, Sky News nous informe que « les utilisateurs typiques sont des personnes au mode de vie chaotique, avec des problèmes de dépendance et sans domicile fixe » qui utilisent la drogue vraisemblablement comme échappatoire. Les individus dans de telles situations n'ont guère besoin d'être davantage marginalisés par une panique inutile, ils ont besoin de soutien.

L'affirmation que les personnes sous l'emprise de la Monkey dust ont des instincts cannibals est infondée et probablement tirée de ce cas en 2012 au Etats-Unis où un homme a été agressé par quelqu'un qui aurait pris des sels de bain, un autre nom sans définition précise fréquemment donné par les médias à la Monkey dust. D'après le rapport toxicologique, aucune trace de substances synthétiques de cathinone n'a été retrouvée dans le corps de l'agresseur.

Il a été révélé que le laboratoire médico-légal en charge du West Midlands a traité au moins six cas mortels liés à la Monkey dust dans les 18 derniers mois : il ne s'agit pas là d'une « épidémie ». Les drogues regroupées sous le nom de Monkey dust sont apparemment consommées au Royaume-Uni par un très petit nombre d'individus socialement très exclus, qui méritent plus de soutien que de dérision.

Par l'utilisation d'une rhétorique alarmiste et aliénante autour de ce sujet, beaucoup de médias britanniques provoquent inutilement la crainte et ne font qu'empirer la situation.