La Nouvelle-Zélande pourrait adopter un amendement controversé à la loi sur la réprobation des drogues

Alors que la Première ministre Jacinda Ardern s'est montré favorable à des réformes progressistes en matière de stupéfiants, les partis d'opposition militent de leur côté pour des sanctions plus sévères pour les délits liés aux nouveaux produits de synthèses (NPS).

Les « NPS » sont des substances synthétiques dont l'objectif est souvent de restituer artificiellement les effets des drogues illicites les plus fréquentes. L'an passé, d'après les informations du Coroner’s Office, les cannabinoïdes de synthèse ont entraînés à eux-seuls la mort de plus de 40 personnes en Nouvelle-Zélande.

Suite aux élections générales de 2017, le pays a connu des variations de tons et d'approches quand à l'usage des drogues au sein de la population néo-zélandaise, jusqu'à attirer l'attention de la communauté internationale lors du refus de Jacinda Ardern de signer un document des Nations Unies poussé par le président américain Donald Trump. Le document appelait les états membres de la communauté internationale à développer leurs propres stratégies pour « mettre à mal le trafic de stupéfiants en en stoppant la production » et à combattre « l'exploitation et l'abus » des drogues illicites. La Première ministre a rejeté le texte, expliquant son choix par la décision de son gouvernement de « se baser sur une approche de santé publique » à la place.

Toutefois, le 17 octobre dernier, Simeon Brown du National Party – l'opposition officielle au gouvernement en place- est parvenu à passer son projet de loi en seconde lecture : la Loi sur les substances psychoactives qu'il propose prévoit d'allonger de deux à huit ans la peine maximum de prison pour les personnes prises pour trafic de NPS.

Un porte-parole de NZ First, parti nationaliste soutenant le projet de loi de Brown, a déclaré que son parti maintiendrait son soutien à la condition que le National Party accepte d'aller jusqu'à des peines encore plus longues – soit 14 ans plutôt que huit.

La manœuvre des opposants au gouvernement a attiré plusieurs voix contre elle, notamment celle du Parti Vert, allié et soutien du Parti travailliste de Jacinda Ardern.

Dans une tribune récente pour le Spin Off, la député écologiste Chloë Swarbrick a attaqué frontalement le projet de loi de Simeon Brown :

« Des peines plus dures ne réduiront pas la demande – et, par conséquent, pas l'offre non plus-, du fait qu'elles ne s'attaquent pas aux causes motrices de l'usage des drogues. Si nous souhaitons véritablement sauver des vies, nous devons loger les sans-abris, réduire les inégalités, investir dans les services de soins consacrés à la santé mental et dans ceux consacrés à la toxicomanie et aux conduites à risques, tout en mettant un terme à la main-mise sur les substances des organisations orientées par le profit – les gangs comme les grandes entreprises. »

Ross Bell, directeur de la New Zealand Drug Foundation (NZDF), a également critiqué cette approche :  « Aucun pays ne déplore autant de morts, en nombres absolus, que la Nouvelle-Zélande. C'est en cela qu'il est décevant que le gouvernement se tourne vers des approches éculées, et souhaite durcir davantage les peines. » Le NZDF a récemment recommandé une série de réponses alternatives à apporter aux dégâts causés par les NPS, incluant notamment une amélioration des traitements, des services liées à la réductions des risques, et la dépénalisation de la possession.

Le projet de loi a été renvoyé à été renvoyé à l'Assemblée délibérative du Parlement néo-zélandais. Si il passe la troisième lecture, il recevra la sanction royale et sera promulgué comme loi.