L'adjointe à la Maire de Paris chargée de la santé propose d'instaurer un bus dédié à la consommation de crack.

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L'adjointe à la Maire de Paris Chargée de la santé et des relations avec l'AP-HP a proposé l'ouverture de quatre nouvelles salles de consommations supervisées, ainsi que celle d'un bus permettant la consommation de crack.

Les salles de consommations supervisées fournissent un environnement sûr et stérile pour les usagers des drogues, encadrés par des professionnels de santé. Elles constituent par ailleurs une opportunité pour les personnes marginalisées – en particulier les personnes sans-abris -  d'avoir accès à des soins médicaux ainsi qu'aux informations quand aux différents traitements disponibles. En France, on compte déjà deux salles de consommations supervisées : une à l'hôpital Lariboisière de Paris (visitée quotidiennement par environ 165 personnes), et l'autre à Strasbourg.

L'adjointe au Maire Anne Souyris a proposé l'ouverture de quatre salles supplémentaires à Paris, en plus de l'instauration d'un bus conçu comme une « salle de consommations supervisées itinérante ». Comme leur nom l'indique, les salles de consommations supervisées françaises sont principalement pensées pour les personnes s'injectant des drogues en intraveineuse (en particulier l'héroïne), mais l'objectif du bus proposé par Souyris est de constituer un lieu pour les personnes consommatrices de crack. Les rapports officiels, cités par The Connexion, estiment qu'on dénombre aujourd'hui à Paris au moins 500 personnes fumant du crack dans l'espace public.

Souyris a insisté sur la montée en puissance de l'usage du crack à Paris, et sur la nécessité de permettre aux usagers d'en consommer de façon légal dans les salles de consommations supervisées existantes et à venir.

Étonnamment, les salles de consommations supervisées actuelles n'autorisent l'usage du crack qu'aux visiteurs déjà venus pour pratiquer des injections, signifiant l'exclusion de fait des personnes fumant du crack mais ne s'injectant pas d'autres drogues.

«Il faut faire changer la loi ! » a insisté Souyris, parce-que « la consommation de crack est alarmante dans le nord-est de Paris. »

Selon Souyris, l'idée d'un bus est venue avec l'ambition de rendre cet espace accessible aux personnes basées dans différents secteurs, ou réticentes à faire le déplacement. « Ces fumeurs de crack vont tellement mal qu'ils ne sont pas en capacité de demander de l'aide, il faut aller au devant d'eux, d'où l'idée de ce bus ».

Benjamin Jeanroy – co-fondateur et coordinateur en charge des politiques liées à la drogue du « Lobby participatif et citoyen » ECHO – a déclaré à TalkingDrugs que les stratégies actuelles échouent à apporter les réponses nécessaires à la consommation de crack dans l'espace public parisien :

« Il y a certaines stations de métro où de nombreuses personnes consomment du crack. Cela représente à la fois un danger pour ces personnes, en même temps qu'un risque pour l'ordre public. On doit faire sortir ces personnes des stations, mais ça ne suffira pas à résoudre le problème – ça ne servira qu'à le déplacer. La seule solution est d'avoir davantage d'endroits sécurisés pour les consommateurs de crack. Si c'est mis en place correctement, le projet de bus est une idée brillante. »

« Cela dit », avertit Jeanroy, « le climat politique actuel et futur n'est pas de bon augure pour ces nouvelles propositions ».

L'ouverture des quatre salles de consommations supervisées et de bus proposés par Souyris nécessite l'autorisation officielle du Ministère de la Santé et du Conseil de Paris. La proposition émanant d'une figure reconnue de l'administration parisienne, l'aval de la Ville ne devrait a priori pas poser de problèmes, contrairement à l'autorisation du Ministère, beaucoup plus incertaine. L'autorisation d'ouverture des quatre salles de consommations supervisées avait été délivrée par l'administration précédente du Président François Hollande, membre du même parti qu'Anne Hidalgo, l'actuelle maire de Paris. A l'inverse, l'actuel Président de la République Emmanuel Macron entretient avec Anne Hidalgo des rapports tendus, lesquels pourraient s'aggraver encore davantage en vue des élections municipales de 2020.

Actuellement, on trouve des salles de consommations supervisées dans sept autres pays européens, au Canada et en Australie, sans qu'aucune mort par overdose n'y soit à déplorer. En plus de l'aide apportée aux consommateurs de drogues, ces espaces amènent avec eux de nombreux bénéfices à l'échelle de la société, parmi-eux la réduction de l'insécurité et de la criminalité urbaine, l'amoindrissement des risques de propagation de maladies, et le renforcement de l'accès aux services d'urgence.