Le cannabis : plus dangereux que l’alcool?

C’est l’été, la saison du soleil, des plages et de la détente. Ainsi il n’est pas rare de voir des familles, en la présence de grands parents, de voisins, d’amis, profiter de ces longues soirées d’été autour d’une grande table, avec les enfants jouant à côté. On prend l’apéro, des cacahuètes, du pastis, de la bière. On fait un barbecue, boit une bonne bouteille de vin pour accompagner, ou deux, ou plus. En été c’est plutôt rosé, c’est la tradition. Et puis bien sûr un digestif, en fin de repas, afin de mieux savourer le repas et de digérer. Cela parait comme un évènement si anodin, si innocent. Il ya les grands-parents, les petits-enfants, des rires, de la détente et de l’alcool.

L’alcool tue 45.000 personnes en France chaque année (source ofdt). Mais bon, ce ne sont que des chiffres. Et sipapy apprécie un bon Bordeaux, on en va pas lui refuser un verre. En effet 39% des personnes âgées de 65 à 75 ans sont des consommateurs d’alcool quotidiens, pour 3% des 20 à 25 ans (source : inpes).

C’est bientôt l’heure de rentrer. Allez, un dernier verre? C’est l’été. On est en famille. Faut en profiter.Pourquoi pas ! C’est une tradition, un héritage culturel, une coutume sociale. Papy en boit, Papa en boit, et il y’a 93% (source ofdt) de chances que fiston boira.

C’est bientôt l’heure de rentrer. Allez, un dernier pétard ? C’est l’été. On est entre potes. Faut en profiter. Non.« L'usage illicite de l'une des substances ou plantes classées comme stupéfiants est puni d'un an d'emprisonnement et de 3750 euros d'amende » (CSP art L3421-1).

Et pourtant la France connaît 13,4 million d’expérimentateurs et 4 million d’usagers (source groupe SRC). Presque un quart des Français a expérimenté avec le cannabis, pourtant il est encore sanctionné par la réclusion criminelle. Chaque année, la police interpelle plus de 150.000 personnes (source ocrtis). Alors pourquoi cet attrait pour le cannabis? Je peux boire de l’alcool, me souler, en famille, seul, régulièrement, devenir alcoolique, jeter ma vie en l’air. Mais je ne peux fumer un joint, car je serais stigmatisé, arrêté, jugé, mis en prison. Le cannabis est dangereux, oui. C’est une drogue, oui. Il peut tuer, oui. Mais l’alcool aussi. Plus. En 2005, 10% des adultes connaissent ou ont connu un usage problématique de l’alcool (source ofdt).

Alors pourquoi cette différence de régime? Pourquoi la consommation de cannabis est-elle prohibée, là oùl’alcool, drogue dont on connaît les méfaits depuis des années, est acceptée et consommée par une majorité de la population, et  dont l’utilisation est même encouragée dans le cadre de famille et d’autres évènements sociaux.

Une question de santee publique, de dangerosité? Le cannabis est néfaste, il faut le prohiber. Ne soyons pas hypocrites, interdisons alors aussi l’alcool. La France connaît la plus forte surmortalité masculine liée à l’alcool en Europe (source inpes). Cependant, l’ alcool a déjà été prohibe aux États-Unis dans les années 1920. Résultat ? Une diminution relativement faible de la consommation sur le long terme, l’apparition de réseaux criminels et un marché noir, l’augmentation des crimes violents et un nouveau groupe de la population, les femmes, attirées par la boisson. Cela vous rappelle quelque chose ?Peut-être le marché du cannabis en France ? Aujourd'hui, l’alcool, non prohibé dans une majorité d’États, connaît une consommation mondiale tendant à la baisse depuis les années 1980 (source OMS).

La France est le leader de la consommation de cannabis parmi les jeunes. On estime à 43,6% le nombre de 15-34 ans ayant consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie. Les Pays-Bas, pays exemple de la dépénalisation contrôlée du cannabis, connaît un taux de 32,3%(source toute l’Europe). Si on se met dans la peau d’un jeune, 16 ans, à qui l’on dit que c’est mal, interdit, mais qui se voit proposer du cannabis facilement, par le biais d’un copain ou d’une connaissance, il est difficile de refuser. La peur de l’interdit, et l’envieque cela incite, est souvent la raison de la première consommation. Et le cannabis, ou résinecoupée « shit » est partout. C’est une guerre impossible. Si l’on interroge les néerlandais à ce sujet, peu s’y intéressent. C’est devenu un sujet moins intéressant, moins tabou. On essaye, pour voir, mais il n’y a pas ce plaisir du vice. Les consommateurs qui continuent sont ceux qui apprécient réellement le cannabis, ses effets, ou dans une minorité de cas, ceux qui deviennent psychologiquement accros. 70% des consommateurs et visiteurs des coffee shops à Amsterdam sont de nationalité étrangère.

La politique de prohibition ne marche pas. Que cela soit pour l’alcool, ou le cannabis.  Simplement l’alcool, pourtant dévastateur, connaît ses traditions et est imprégné dans la culture. On boit du whisky en Irlande, du vin en France. Ilest associé aux célébrations, aux mariages (champagne), aux repas (vin), aux matchs de foot (bière) et aux samedis soirs (cuite entre potes). Le cannabis, quant à lui, est associé aux jeunes, portant une capuche, les paupières lourdes, se cachant, faisant face à l’interdit, drogues.

Je ne prétends absolument pas que la consommation de cannabis soit une bonne chose, au contraire. C’est une substance dangereuse qui peut entrainer dépendances, isolation sociale, et problèmes divers. Je reconnais juste une réalité sociale, des faits, des statistiques et propose un certain pragmatisme. La prohibition et la stigmatisation ne sontpas une solution. La légalisation, peut être. L’express (espad) estimait dle mois dernier que 31% des adolescents français, presque un tiers, ont consommé du cannabis. La moitié des moins de 35 ans est pour la légalisation (source ifop). Ce tiers des jeunes qui fume, deviendront vieux un jour, et peut êtresera-t-on prêt alors à accepter une réalité sociale. Peut êtreles mœurs évolueront-elles, et l’on comprendra, à défaut de légaliser, la nécessité de légiférer et d’ouvrir le débat.

La ligne dure actuelle, adoptée par le gouvernement Fillon, sous l’œil bienveillant du Présidentactuel, Nicolas Sarkozy, ne fait qu’aggraver les problèmes liés à la drogue, et à la prohibition du cannabis. Le rapport du groupe de travail de l’Assemblée Nationale sur la légalisation contrôlée du cannabis note une inflation des contrôles liés aux stupéfiants, dont 90% sont liées au cannabis. 560 millions d’euros sont dépensés par l’État chaque année à la répression en France, et les chiffres démontrentque ces efforts n’ont pas conduit àune diminution de la consommation par les citoyens français. Au contraire.  Alors si ces jeunes sont conscients des dangers et veulent fumer un pétard le Samedi soir, plutôt que de boire systématiquement un verre de vin à chaque repas, et sont prêtsà payer une taxe sur le cannabis, pourquoi les en empêcher ? Au fond, la différence n’est pas grande. Le problème est que la politique actuelle est une cause de violence, de trafic, et d’atteintes à la santé publique. Ca roule Sarko ?