Le ministère de la santé grec projette l'ouverture de salles de consommation de drogues

Le parlement grec (Source: Wikimedia)

Andreas Xanthos, le ministre de la santé grec, prépare une modification législative devant permettre l'ouverture à Athènes de salles destinées à la consommation de drogues. Cette mesure est une réponse à une demande de l'université, qui souligne le caractère incontrôlable de l'usage diffus des drogues dans l'espace public. 

D'après le quotidien grec I Kathimerini, les salles de consommation de drogues, si leur ouverture est approuvée, proposeront aux consommateurs de produits stupéfiants un environnement hygiénique et stérile, encadré par un personnel soignant qualifié. Selon le ministre, ce personnel sera également en charge du suivi des utilisateurs.

L'annonce du ministre fin octobre intervient suite aux avertissements de l'Université des Sciences Économiques et du Commerce, débordée par le nombre de personnes consommant des drogues sur le campus, et qui pourrait devoir fermer en conséquences.

« Ces dernières années, l'université à dû faire face à des problèmes difficiles et complexes, dû notamment aux dégradations de la zone entourant ses locaux et du centre-ville d'Athènes […] du fait de la présence de toxicomanes, » a déclaré un porte-parole de l'université.

« Le problème [peut être attribué à] une régulation insuffisante, laquelle concerne également d'autres domaines tels que la santé, l'éducation, les services sociaux, d'hygiène, l'esthètique de la ville, et de façon plus générale, l'application de la loi », a ajouté le porte-parole.

Comme l'avait rapporté TalkingDrugs, les salles de consommation de drogues apportent de nombreux bénéfices aux personnes non-consommatrices de drogues, mais qui vivent dans de tels environnements. Ces salles réduisent le potentiel dangereux des déchets liés aux produits stupéfiants, renforcent l'accès du public aux services d'urgence, peuvent contribuer à réduire la criminalité en général, et à aider à l'intégration des personnes marginalisées au sein de l'économie licite, entraînant ainsi des bénéfices pour l'ensemble de la société.

Plus important encore, les salles de consommation de drogues, déjà implémentées dans huit pays européens ainsi qu'en Australie et au Canada, ont prouvées leur efficacité dans l'amélioration de la santé des personnes consommatrices.

Elles permettent d'éviter les overdoses mortelles, les professionnels de santé contrôlant la consommation des usagers, et peuvent au besoin administrer de la naloxone, un traitement à même de d'endiguer une overdose due aux opiacés. A l'heure qu'il est, aucune overdose meurtrière n'est à déploré dans le cadre d'une de ces salles.

Un autre bénéfice important de l'ouverture de salles de consommation de drogues en Grèce tient dans leur capacité à réduire la diffusion des maladies infectieuses, grâce à la mise à disposition d'équipement stérile.  Comme l'a observé le European Monitoring Centre on Drugs and Drug Addiction, la Grèce affiche aujourd'hui l'un des taux les plus forts des nouveaux cas de contamination par le VIH attribués à l'injection de drogues, Athènes affichant l'un des taux les plus importants du pays.

Les salles de consommation permettent également aux personnes marginalisées, notamment les sans-abris ou les personnes souffrant de troubles mentaux, d'obtenir des informations sur les traitements possibles et la réduction des risques. Pour beaucoup de consommateurs, les visites de ces salles représentent leur seules interactions avec des professionnels de santé.

Une fois le projet d'amendement du ministère de la santé finalisé, il sera présenté au Parlement, qui décidera de son devenir.