Le mouvement pour la légalisation du cannabis se mondialise.

Dans une ancienne demeure coloniale en Jamaïque, des politiciens se pressent pour discuter la possibilité d’assouplir les lois sur le cannabis dans le pays du musicien de reggae décédé et évangéliste du cannabis, Bob Marley. Au Maroc, un des principaux producteurs mondiaux de concentré d’herbe connu sous le nom de haschich, deux des principaux partis politiques veulent légaliser sa culture, au moins pour un usage médical et industriel.

Et à Mexico City, la vaste métropole d'un pays ravagé par la terrible effusion de sang dû aux cartels, les législateurs ont proposé un nouveau plan pour laisser les magasins en vendre.

Article de The Associated Press, publié le 16/02/2014 par Columbiatribune.com

Des Amériques à l'Europe jusqu’en Afrique du Nord et au-delà, le mouvement pour la légalisation du cannabis gagne du terrain comme jamais - un clin d'œil aux efforts réussis dans le Colorado, l'État de Washington et la petite nation sud-américaine de l'Uruguay, qui en décembre est devenu le premier pays à approuver la légalisation nationale du cannabis.

Les dirigeants fatigués depuis longtemps par la violence et la futilité de la guerre à la drogue ont été encouragés par les changements dans la politique américaine, même en dépit de l'opposition de leurs propres populations conservatrices. Certains sont impatients d'essayer une approche axée sur la santé publique plutôt que l'interdiction, et certains voient dans la régulation du cannabis une industrie potentiellement lucrative.

« Un certain nombre de pays disent : “Nous avons été curieux sur ce sujet, mais nous ne pensions pas que nous pourrions aller dans cette voie”, déclare Sam Kamin, professeur de droit à l'Université de Denver qui a contribué à rédiger les réglementations du Colorado sur le cannabis. “Il est plus difficile pour les États-Unis de regarder d'autres pays en disant: ‘Vous ne pouvez pas légaliser, vous ne pouvez pas dépénaliser’, “parce que c’est ce qui  se passe ici.” »

Cela est en grande partie dû à la Maison-Blanche qui est plus ouverte à des solutions alternatives à la guerre à la drogue.

Le président américain Barack Obama a récemment déclaré au magazine The New Yorker qu'il considère la marijuana moins dangereuse pour les consommateurs que l'alcool, et dit qu'il est important que les expériences de légalisation de Washington et du Colorado aillent de l'avant, surtout parce que le taux d’arrestations relatif aux drogues chez les Noirs est plus important que pour les Blancs, malgré des niveaux de consommation similaires.

Son administration a également critiqué les taux d'incarcération axés sur la guerre à la drogue aux États-Unis et a annoncé qu'il permettra aux banques de mener des affaires avec les opérateurs de cannabis sous licence, qui ont du travailler seulement avec des espèces parce que la loi fédérale interdit les institutions financières de traiter les transactions liées au cannabis.

Ces actions montrent à quel point la position officielle des États-Unis a changé ces dernières années. En 2009, le ministère de la Justice américain a annoncé qu'il ne ciblerait pas les patients sous cannabis thérapeutique. En août, l'agence a dit qu'elle n’interférerait pas avec les lois du Colorado et de Washington, qui régulent la culture et la vente à des fins récréatives de cannabis taxé.

Les représentants gouvernementaux et les militants du monde entier ont pris note de cette position plus ouverte. Ils n’ont également rien perdu du silence public de l'administration Obama avant les votes dans ces deux États et en Uruguay.

Tout cela crée le « sentiment que les États-Unis ne sont plus tout à fait le gouvernement obsédé par la guerre à la drogue qu’il était » et que d'autres nations ont un peu d'espace politique pour explorer la réforme, a déclaré Ethan Nadelmann, directeur de Drug Policy Alliance, un groupe pro-légalisation à but non lucratif basé à New York.

L'angoisse de représailles des États-Unis a déjà coulé les efforts de réforme de la Jamaïque, y compris une tentative de 2001 pour approuver l'usage privé de cannabis par les adultes. Compte tenu de l'évolution de l'Amérique, « la discussion a changé », a déclaré Delano Seiveright, directeur de la Coalition pour la réforme de la loi sur la Ganja en Jamaïque (Ganja Law Reform Coalition-Jamaica).

L'été dernier, huit législateurs, réparties équitablement entre le Parti National du Peuple (People's National Party, PNP) au pouvoir et l'opposition du Parti travailliste Jamaïque (Jamaica Labor Party, JLP), ont rencontré Nadelmann et les activistes cannabiques locaux dans un hôtel de luxe du quartier financier de Kingston et ont discuté des prochaines étapes, y compris d’un effort à court terme pour décriminaliser la possession d’herbe.

Les fonctionnaires sont préoccupés par les quelque 300 jeunes gens qui écopent d’un casier judiciaire pour possession de petites quantités de « ganja » chaque semaine. D'autres dans cette nation étouffée par la dette craignent de perdre les dollars du tourisme: pour beaucoup, la weed va de pair avec le pays d'accueil de Marley, où elle a longtemps été utilisée comme plante médicinale par les familles, y compris en tant que remède contre le rhume, et comme un sacrement spirituel par les rastas.

Les Politiciens influents acceptent de plus en plus l’idée d’un assouplissement des restrictions sur le cannabis. Le ministre de la Santé de Jamaïque a récemment déclaré qu'il était « entièrement partant » pour le cannabis thérapeutique.

« La coopération sur cette question dépasse de loin ce que j'ai vu avant », a déclaré Seiveright. « Les deux parties sont en accord sur la nécessité d'aller de l'avant. »

Au Maroc, les législateurs ont été inspirés par les expériences à Washington, au Colorado et en Uruguay pour faire avancer leur désir de longue date de permettre que le cannabis soit cultivé à des fins médicales et industrielles. Ils déclarent qu’une telle loi aiderait les petits agriculteurs qui survivent grâce à la culture, mais vivent à la merci des barons de la drogue et des tentatives d’éradication de la police.

« Les politiques sécuritaires ne résolvent pas le problème parce que c'est une question économique et sociale », a déclaré Mehdi Bensaid, un législateur du Parti Authenticité et Modernité (Party of Authenticity and Modernity), un parti politique étroitement liée au roi du pays. « Nous pensons que cette culture peut devenir une ressource économique importante pour le Maroc et les citoyens de cette région. »

En octobre, des législateurs d’Uruguay, du Mexique et du Canada ont convergé vers le Colorado pour avoir un aperçu de la façon dont la loi de cet État est mise en œuvre. Ils ont visité un dispensaire de cannabis thérapeutique et ont reniflé des plants de cannabis affublés de code-barres quand le propriétaire de l'officine leur a fait visiter.

« Le Mexique dispose de lieux  similaires, mais gardés par des hommes armés », a déclaré par la suite le député mexicain René Fujiwara Montelongo.

Il n'y a pas de pression générale pour légaliser le cannabis au Mexique, où des dizaines de milliers de personnes sont mortes de la violence des cartels au cours des dernières années. Mais dans la ville libérale de Mexico City, les législateurs ont présenté jeudi (NDT : 13 février) une mesure pour laisser les magasins vendre jusqu'à 5 grammes d’herbe. Elle est soutenue par le maire, mais pourrait engendrer une lutte avec le gouvernement fédéral conservateur.

« Plutôt que de continuer une guerre qui n'a aucun sens, maintenant, nous nous joignons à un processus novateur », a déclaré Jorge Castaneda, ancien ministre des Affaires étrangères du Mexique.
Les opposants à la légalisation craignent que l’herbe puisse devenir fortement commercialisée ou que la facilitation de l'accès augmente l’usage chez les jeunes. Ils déclarent que les victoires politiques de l'autre camp ont réveillé leur cause.

« Il ya eu un véritable appétit de personnes à l'étranger pour savoir comment nous nous sommes retrouvés dans ce pétrin en premier lieu et comment l'éviter », a déclaré Kevin Sabet du Projet pour une Approche Intelligente du Cannabis (Project Smart Approaches to Marijuana).

Washington et le Colorado ont adopté des lois sur le cannabis récréatif en 2012 pour réguler la culture et la vente de cannabis taxé dans des magasins sous licence d’état. La vente a commencé le 1er janvier dans le Colorado, et doit commencer plus tard cette année à Washington. Vingt États plus le District de Columbia ont déjà des lois sur le cannabis thérapeutique.

Un certain nombre d'États américains envisage de tenter des lois sur le cannabis récréatif. Les électeurs de l'Alaska auront leur mot à dire sur une mesure de légalisation cet été. Les électeurs de l'Oregon pourraient également peser cette année, et en Californie, des groupes pour la réforme sur les drogues sont en train de décider s’ils poussent au vote d’une mesure en 2014 ou s’ils attendent l'élection présidentielle de 2016. À l'étranger, des militants font pression sur cette question avant un sommet des Nations Unies en 2016.

Alors que certains pays européens, dont l'Espagne, la Belgique et la République tchèque, ont pris des mesures au cours des années pour libéraliser les lois sur le cannabis face à des traités internationaux qui limitent la production de drogue pour des fins médicales et de recherche, les Pays-Bas, célèbre pour ses « Coffee Shops », ont commencé à faire marche arrière, appelant les villes à fermer les magasins à proximité des écoles et à interdire la vente aux touristes.

Il ya, cependant, un effort en cours pour légitimer la culture du cannabis vendu dans les Coffee Shops. Alors qu'il est légal de vendre de l’herbe, ça ne l’est pas de la cultiver, alors les commerces doivent se tourner vers le marché noir pour leur approvisionnement, qui pourrait finir saisi lors d'un raid.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, où certains pays ont dépénalisé la possession de petites quantités de drogues, de la cocaïne au cannabis, il ya une vive opposition publique à plus de légalisation. Mais les hauts fonctionnaires se rendent compte que le débat est déjà posé, en dépit des efforts de longue date des États-Unis, qui a fourni des milliards de dollars pour soutenir le travail de la lutte antidrogue dans cet hémisphère.
Des actuels ou anciens présidents de Colombie, du Mexique, du Guatemala et du Brésil ont appelé à une réévaluation ou à la fin de la guerre à la drogue, un chœur reprit par le Tsar de la drogue en Argentine, Juan Carlos Molina, un prêtre catholique qui a longtemps officié dans les bidonvilles du pays gangrénés par les drogues.

Molina a déclaré qu'il suit les ordres de la présidente Cristina Fernandez afin de changer l'orientation du gouvernement à faire respecter les lois sur la drogue contre les jeunes au lieu de les amener en traitement. Il a également dit après Fernandez l’a nommé en décembre pour que la société argentine soit prête à débattre ensemble ouvertement de la légalisation du cannabis.

« Je crois que l'Argentine mérite un bon débat à ce sujet. Nous avons la capacité de le faire. L'enjeu est fondamental pour ce pays », a déclaré Molina dans une interview à Radio del Plata.

Le rythme du changement a créé pour les militants américains de la légalisation une forte demande dans des conférences dans les pays évaluant leurs lois sur les drogues, y compris le Chili, la Pologne et les Pays-Bas. Les lobbyistes ont conseillé les législateurs et les activistes étrangers sur la façon de mener des campagnes.