Les communautés Autochtones du Paraguay sont Touchées par la Guerre du Cannabis

Des membres de la communauté Paï-Tavyterá dans la région d’Amambay dans l'est du Paraguay

Des membres de la communauté Paï-Tavyterá dans la région d’Amambay dans l'est du Paraguay. (Source: Wikimedia)

L'illégalité du commerce du cannabis au Paraguay alimente la violence dans le pays, avec les communautés autochtones à faire face aux pires conséquences.

Selon les données de 2014 de l'ONUDC, 50% du cannabis en Amérique du Sud est cultivé au Paraguay, ce qui en fait est le principal producteur du continent sud-américain. Environ 75% de la production de cannabis dans le pays se trouve dans la région frontalière avec le Brésil, à l'est du Paraguay.

Cette région abrite également le groupe ethnique indigène Paï Tavytera, qui est devenu régulièrement victime de la violence liée au trafic.

Depuis les années 90, les Paï-Tavyterá ont été victimes de nombreux meurtres, disparitions et violences sexuelles par des présumés trafiquants de drogue lorsque la production illégale de cannabis s’est installée dans l'est du Paraguay. Les demandes d'aides faites par les Paï-Tavyterá au gouvernement n’ont atteint aucun effet, signale le Transnational Institute.

Dans un rapport de 2014 de Tierraviva, une organisation qui vise à protéger les peuples autochtones de l'est du Paraguay, les auteurs affirment que le gouvernement national ne fournit pas de protection ou de justice suffisante aux Paï-Tavyterá en raison de la corruption endémique.

La justice, disent-ils, est exclusive des personnes riches et puissantes.

En 2013, il y a eu 57 cas de violence contre les populations autochtones - y compris des assassinats - dans la région d’Amambay, la principale région des Paï-Tavyterá et la principale zone de production de cannabis du pays. Le rapport indique que, parmi les 57 cas, seulement deux ont été enquêtés par la police locale.

Un fonctionnaire du Ministère des Affaires Autochtones, représentant les communautés autochtones, a déclaré en décembre 2013, qu' «il y a actuellement à Amambay, 170 [autochtones] en prison, dont  60 dus à des causes mineures, cependant, il n'y a pas un seul paraguayen ayant commis des crimes contre les autochtones étant en prison»..

L'inaction de l'État et le potentiel de violentes représailles contre les dénonciateurs suggèrent que beaucoup de ces crimes ne sont même pas signalés, ce qui rend difficile d'établir pleinement l'ampleur de la violence.

Pour aggraver les choses du côté des Paï-Tavyterá, le conflit entre les gangs de trafiquants a conduit les familles à être forcées d'abandonner leurs terres. Cette perte de moyens de subsistance a conduit de nombreux jeunes autochtones à être forcés à travailler dans les plantations de cannabis, car ils n’ont pas d'autre source de revenu.

Par la suite, la répression sévère sur le trafic de drogue par le gouvernement national, y compris l'action militaire «Guerre contre l’Herbe», lancée en 2013, a conduit à un cercle vicieux de violence croissante dans laquelle les communautés autochtones sont les principaux touchés.

En mai 2016, l’Overseas Security Advisory Council des États-Unis a indiqué que la région d’Amambay était «la région la plus violente» du Paraguay, avec «la grande majorité des homicides ... soupçonnés d'être liés à la drogue».

Bien que la violence liée au trafic continue de se produire à Amambay, elle peut peut-être diminuer si les législateurs mettent en œuvre des politiques alternatives à l'interdiction du cannabis.

Un projet de loi proposé en Septembre 2016 préconise la dépénalisation de la culture du cannabis pour l’usage personnel. Bien que ce projet n'ait pas encore été discuté, il démontre la volonté graduelle de progresser par une nation qui a longtemps adhéré aux règles prohibitionnistes.

Toutefois, étant donné qu'une grande partie du cannabis paraguayen est cultivé pour l'exportation illégale, une réforme régionale peut être nécessaire pour lutter contre la violence liée au trafic qui se produit dans le pays.