Les consommateurs de drogues ne détruisent pas l'environnement : la guerre antidrogues, si

Melbourne, 29 septembre 2019 : grève générale pour le climat. Source: Takver

Ce n'est pas notre recherche du plaisir qui fait tant de mal à l'environnement, mais bien la cupidité des grandes entreprises, l'injustice et les inégalités sociales. 

 

« Tu ne peux pas être un vrai militant pour le climat si tu prends de la coke », écrit Dan Burkitt dans un éditorial pour Metro. Une vidéo publiée par VICE affirme que « la MDMA tue les arbres. » L'idée voulant que les consommateurs de drogues devraient être tenus responsables et coupables de la destruction de la planète est une idée qui semble faire son chemin. Les dégâts environnementaux exposés par ces différents médias sont étayés par des arguments solides, mettant en lumière les méthodes de production de ces substances particulièrement populaires que sont, entre autres, la cocaïne et la MDMA. Une approche plus précise permet pourtant de constater que les personnes à pointer du doigt quand à la responsabilité de ces dégâts bien réels ne sont pas les usagers des drogues, mais bien les différents gouvernements, enfermés dans leur refus de réguler la production de ces substances. 

Au début du 20ème siècle, la feuille de coca était une denrée agricole comme une autre, et la cocaïne une substance légale largement utilisé par la médecine. L'entreprise pharmaceutique allemande Merck importait d'Amérique du Sud des feuilles et de la patte de cocaïne, afin de produire des centaines de kilos de cocaïne dans ses laboratoires de Francfort. Angelo Mariani, entrepreneur italien, a quand à lui inventé une boisson appelée « Vin Mariani » caractérisée pour sa légère teneur en alcool et en cocaïne. Lui aussi avait recours à l'importation en provenance du Pérou, et produisait des milliers de bouteilles dans son usine située à Neuilly, en région parisienne.

La différence entre cette époque et la notre, c'est que tout le processus de transformation et de production de la cocaïne était régulé. Alors même qu'aucune loi en faveur de la protection de l’environnement n'existait encore et que les dégâts causés par l'homme sur l'écosystème n'étaient pas aussi compris et visibles, la production de cocaïne avait bien moins d'impact nocif qu'elle en a aujourd'hui. Les agriculteurs producteurs et les laboratoires n'avaient pas à cacher leur existence aux autorités, les fermiers n'étaient pas contraints comme c'est le cas de nos jours de s'enfoncer dans la forêt vierge pour être à l'abri des regards. La cocaïne en tant que tel n'était que rarement produite en Amérique Latine : la matière première pouvait être exportée en toute légalité vers l'Europe, où elle était transformée dans un environnement sécurisé, supervisé par des professionnels.

Pas de déforestation causé par les laboratoires clandestins, pas de produits chimiques toxiques empoisonnant les sols de la forêt-vierge. Au delà même des dégâts environnementaux, pas de mines antipersonnel pour protéger les fabriques, lesquelles sont responsables de la mort de nombreuses personnes. Pas d'argent sale servant à alimenter le crime organisé ou/et le terrorisme, pas de violence induite par les cartels de la cocaïne, pas de milliards de dollars dépensés dans la prohibition et la répression. 

Le même constat s'applique à la MDMA, le plus souvent produite dans des laboratoires clandestins d'Europe de l'est, lesquels déversent dans les forêts de dangereux produits chimiques. Une fois encore, la responsabilité de ces terribles dégâts est à mettre sur le compte de la dérégulation, qui laisse toute latitude aux criminels et aux réseaux mafieux, pour lesquels la protection de la nature est la dernière des préoccupations. 

La production de ces substances n'est pas dommageable pour l'environnement par essence. Ces drogues pourraient être fabriquées de façon durable, en s'appuyant sur des réglementations environnementales strictes et des règles de sécurité pré-établies. 

Il importe de mettre fin à la culpabilisation des consommateurs de produits stupéfiants quand aux dégâts provoqués par la guerre antidrogues. Il importe d'autant plus de mettre fin à la croyance voulant que la honte potentielle d'un consommateur puisse être un moyen efficace de protéger l'environnement. Bien sûr, il apparaît aujourd'hui clair que nous devons changer nos modes de vie. Mais sans mettre en place les changements adéquats requis par nos systèmes politiques et économiques, et sans placer la santé et le bien-être du plus grand nombre au centre des préoccupations (en lieu et place de l'obsession du profit, qu'il soit licite ou illicite), nous ne parviendrons pas à sauver le genre humain. 

« Nous devons tous sacrifier notre plaisir personnel pour faire notre part pour la planète », dit Dan Burkitt. Je ne suis pas d'accord. Les hommes sont poussés par la recherche du plaisir, et ce n'est pas cette recherche de l'extase et de la joie qui est si dommageable pour notre planète, mais bel et bien la cupidité des entreprises, les inégalités sociales et l'injustice. 

La version originale de cet article a été publiée par Drug Reporter, la division consacrée aux politiques des drogues de Rights Reporter Foundation

 

 * Péter Sárosi est rédacteur en chef de Drug Reporter.