Les défis de la légalisation du cannabis dans le cercle polaire

Les parlementaires à Nunavut ont fait adopter une loi pour légaliser le commerce du cannabis

Les parlementaires à Nunavut ont fait adopter une loi pour légaliser le commerce du cannabis (Source: Wikimedia)

Le territoire du Nunavut, situé dans le cercle arctique, est la dernière instance juridique en date à avoir légalisé la culture, la vente et l'usage récréatif du cannabis.

Le 13 juin, le Nunavut, région la plus au nord du Canada et qui représente plus d'un cinquième de sa superficie, est devenu la dernière des 13 provinces du pays à approuver la légalisation de la substance. Chacun des gouvernements régionaux constituant la fédération a décidé de la politique territoriale qu'il adopterait quand à l'usage récréatif du cannabis, suivant l'annonce l'an dernier par le Premier ministre Justin Trudeau de sa légalisation à l'échelle du pays.

La légalisation du cannabis dans le Nunavut, région à la fois très étendue, reculée et souvent inhospitalière du fait du grand froid, a représenté un casse-tête pour les parlementaires.

Se pose d'abord la question de l'accès des habitants au cannabis une fois le produit légalisé : dans une région du monde où les températures hivernales peuvent descendre jusqu'à -40°C, on ne trouve pas les mêmes grands centres commerciaux qu'à Toronto ou Montréal. D'après l'un des ministères du Nunavut, de nombreux habitants « rapportent du sud du Canada de la nourriture et d'autres biens difficiles à trouver, via des bateaux desservant les différentes communautés au moment de l'été ».

Heureusement pour les habitants, les commerçants en ligne auront l'autorisation de vendre et de livrer du cannabis aux particuliers vivant dans cette région reculée. Cette donnée a son importance dans la mesure où aucun magasin ne sera autorisé à vendre du cannabis sur ce territoire avant au moins 2019, du fait d'un long processus de consultation des candidats à la vente au détail.

La majeure partie du Nunavut est situé au dessus du cercle polaire

Avec la technologie nécessaire à la culture en intérieur, les habitants du Nunavut pourrait  planter leurs propres pousses chez-eux, et éviter ainsi d'avoir recours à l'offre commerciale. La loi en vigueur sur le territoire quand à la culture privée reste cependant à définir.

La loi fédérale autorise jusqu'à quatre plants par foyer, mais les provinces de Québec et Manitoba ont décrété ces pratiques illégales sur leurs territoires. Cette voie fut celle défendue dans un premier temps par les autorités du Nunavut, mais une décision de dernière minute des parlementaires a évacué la question du nouveau texte de loi, permettant au gouvernement de prendre le temps de mettre en place des régulations adaptées, autorisant et encadrant éventuellement la culture pour usage personnel. D'après le journal régional Nunatsiaq News, les parlementaires considèrent permettre la culture, mais à une échelle moins importante que les quatre plants par foyer autorisés par la loi fédérale.

Les différences culturelles ont joué un rôle non négligeable dans les débats autours de la légalisation du cannabis dans le Nunavut : la région recense en effet le nombre le plus important d'Inuits du Canada, avec plus de 77% des habitants s'identifiant à ce groupe socio-culturel (pour seulement moins de 0,3% dans l'ensemble du Canada).

Isaac Shooyook, inuit, a signifié en Mars à la Commission des aborigènes du Sénat ses craintes quand aux conséquences d'une légalisation du cannabis dans un contexte de manque d'investissements dans les programmes sociaux et les services publics dans le Nunavut.

« Notre gouvernement est en train d'essayer de légaliser la marijuana, alors qu'aucune mesure de prévention ou de soutien n'existe. C'est un problème capital. Il n'y a pas de ressources, pas de centres de guérisons, pas de maisons de retraites pour les plus âgés » a averti Shooyook. « Soyez assuré qu'au Nunavut, il n'y a aucun système d'aide en place pour les personnes qui en auront besoin ».

Une problématique moins cruciale s'est également posée aux membres de la communauté Inuit quand à la légalisation prochaine du cannabis : la langue Inuktitut, parlée par les deux-tiers des habitants du Nunavut, n'a pas de traduction appropriée du terme « cannabis », du fait du caractère exotique de la plante dans la région. Plusieurs noms, comme « surrarnaqtuq » ou « ujarak », ont été proposés.

La légalisation du cannabis à l'échelle fédérale entrera en vigueur le 17 octobre au Nunavut et dans l'ensemble du pays. Le Canada deviendra alors le premier pays du G7 a légaliser et contrôler l'utilisation récréative de la substance.