Les députés thaïlandais plébiscitent la légalisation du cannabis thérapeutique

En Thaïlande, le parlement a adopté de façon quasi-unanime un projet de loi présenté aux députés en première lecture, et visant à légaliser le cannabis thérapeutique dans le pays. L'inquiétude quand à l'accaparement de cette nouvelle industrie par des firmes étrangères apparaît cependant de plus en plus prégnante parmi les députés.

Le 23 novembre, 145 membres de l'Assemblée parlementaire nationale se sont exprimés en faveur de la première version du texte, pour une seule abstention et aucune voix opposée au projet de loi. Celle-ci prévoit d'amender la loi sur les produits narcotiques actuellement en vigueur en Thaïlande, en ouvrant le cannabis thérapeutique à la légalisation. La loi permettrait également l'utilisation médicale du kratom, plante thaïlandaise typique utilisée notamment comme palliatif aux symptômes de manque par les personnes dépendantes aux opiacés, et qui demeure jusqu'à aujourd'hui sans reconnaissance officielle.

D'après les information du Bangkok Post, plusieurs groupes et personnes seraient susceptibles de recevoir des licences leur permettant de posséder du cannabis : les ministères, les administrations locales, la Croix Rouge, l'Autorité gouvernementale de pharmacologie, ainsi que certains professionnels de santé. Cependant, les personnes condamnées pour des délits liés aux stupéfiants selon la législation thaïlandaise actuelle ne seront pas autorisées à posséder du cannabis.

Plusieurs grandes firmes internationales ont candidaté pour l'application des licences de leurs produits à base de cannabis, alimentant l'inquiétude où dans l'hypothèse probable d'une adoption de la loi par le parlement, les compagnies pharmaceutiques étrangères domineraient le marché thaïlandais.

Witoon Lianchamroon, directeur de la fondation BIOTHAL spécialisée dans le développement de l'agriculture durable en Thaïlande, a fait part au quotidien The Nation de son inquiétude quand à la réception de ces demandes par le gouvernement. « Cela pourrait enfreindre la loi. Selon la loi, une licence ne peut être attribué qu'à une nouvelle invention. A cela, il importe d'ajouter que la médecine thaïlandaise traditionnelle a mis à jour depuis longtemps les propriétés thérapeutiques de la marijuana. »

Panthep Phuaphongphan, doyen d'une école de médecine thaïlandaise, a déclaré pour sa part que l'implication des compagnies étrangères pourrait « mener à des situations de monopoles », et a menacé le gouvernement de poursuites légales si « toutes ces applications n'étaient pas immédiatement rejetées ».

Alors que la légalisation du cannabis thérapeutique au Canada, aux États-Unis et dans plusieurs pays européens a contribué à l'émergence de nouvelles industries nationales contributives aux économies locales, un précédent observé dans un autre pays en voie de développement tend à légitimer les craintes de Lianchamroon et Phuaphongphan.

Au Lesotho, premier pays d'Afrique à avoir légalisé le cannabis thérapeutique, les compagnies américaines et canadiennes dominent le marché local. La production de la plante est limitée à des compagnies d'origines étrangères, les agriculteurs locaux et la population globale demeurant écartés de la possibilité de cultiver leurs propres plants.

Le niveau de considération par les autorités thaïlandaises des inquiétudes soulevées par les cultivateurs locaux et les groupes en faveur d'une agriculture durable reste aujourd'hui flou, mais la possibilité d'apporter des réponses concrètes est aujourd'hui à sa portée. Alors que le projet de loi à reçu l'aval des députés et du Cabinet, un groupe de 29 parlementaires va maintenant entamer un processus de revue qui devrait prendre jusqu'à deux mois.

En fonction du vote définitif de la loi, la Thaïlande pourrait devenir le premier pays d'Asie à légaliser la culture du cannabis thérapeutique sur son territoire. Elle pourrait cependant être rattrapée par le Sri Lanka, dont le gouvernement a fait part de ses plans quand au lancement de la culture du cannabis sur son sol dans le courant de l'année.