Les opiacés injectables ont un meilleur rapport cout-efficacité pour le traitement de la dépendance à l’héroïne que la méthadone par voie orale.

Les traitements aux opiacés injectables supervisés ont un meilleur ratio coût-efficacité que le traitement à la méthadone par voie orale optimisé pour la dépendance chronique à l'héroïne, selon une nouvelle étude du King’s College de Londres.

Bien que les traitements injectables soient plus chers à fournir, ils sont associés à une réduction des taux de l'activité criminelle et les chercheurs estiment que les économies globales pour la fourniture de traitements injectables pour la dépendance chronique à l'héroïne en Angleterre peuvent être comprises entre 29 et 59 millions de livres sterling par an (35€ et 71€ millions).

Traduit de la dépêche publiée sur KCL

L'étude, publiée dans le British Journal of Psychiatry, rapporte les résultats d'une évaluation économique du RIOTT Randomised Injectable Opiate Treatment Trial dirigée par le National Addictions Centre au King’s College.  

Environ 5-10% des personnes dépendantes à l'héroïne ne répondent pas aux traitements conventionnels (méthadone par voie orale en général) et continuent à consommer de l'héroïne régulièrement. Les chercheurs ont examiné les coûts relatifs et les résultats de trois traitements différents pour 127 personnes appartenant à cette catégorie. Ils ont reçu soit de la méthadone par voie orale, soit de la méthadone injectable ou de l'héroïne injectable.

Le Professeur Sarah Byford, auteur principal de l'étude du Centre for Economics of Mental and Physical Health (CEMPH) à l'Institut de psychiatrie de King's College déclare: «Compte tenu des pressions croissantes sur les services de santé, les traitements opiacés injectables peuvent sembler un luxe inabordable, mais quand on regarde le rapport coût-efficacité, les traitements injectables entraînent des économies substantielles pour l’ensemble de la communauté. Les cliniques devront être soutenues afin de fournir les traitements injectables les plus chers, car les économies de coûts générées par les traitements injectables ne se situent pas au niveau du système de santé publique (NHS : National Health Service), mais dans le secteur judiciaire, par la réduction des activités criminelles ».  

"L’étude de RIOTT établi que l'héroïne injectable est plus efficace dans le traitement de la dépendance à l'héroïne chronique, mais cette étude montre qu'il existe aussi un argument économique - les deux traitements injectables ont un meilleur rapport coût-efficacité que le traitement à la méthadone par voie orale."  

L’étude de RIOTT a indiqué que 72% des participants du groupe de l'héroïne injectable ont bien répondu au traitement par rapport à ceux traités par la méthadone injectable (39%) ou la méthadone par voie orale (27%). La qualité de vie était également meilleure dans le groupe de l'héroïne injectable, bien que les différences entre les trois groupes fussent petites.  

Alors que les coûts de traitement pour les opiacés injectables ont été estimées à 4850€ (méthadone injectable) et 12.000€ (héroïne injectable) de plus par personne et par an que la méthadone par voie orale, les personnes recevant un traitement injectable ont commis beaucoup moins de crimes que ceux recevant de la méthadone par voie orale. Une fois le coût des services judiciaires et d’indemnisation des victimes pris en compte, les frais globaux étaient les plus élevés dans le groupe de la méthadone par voie orale et les plus bas dans le groupe de l'héroïne injectable.  

Les auteurs estiment que les traitements opiacés injectables pourraient générer des économies supplémentaires pour le secteur judicaire de 17,000€ par personne et par an - une économie nette de l'ordre de 7300€ par personne en moyenne, par rapport au traitement à la méthadone par voie orale. Avec une estimation de 93 400 personnes en Angleterre dépendantes à l'héroïne par voies intraveineuses en 2010-11, dont 5-10% ne répond pas au traitement conventionnel, les économies totales de la fourniture d’un traitement aux opiacés injectable pour ce groupe d’usagers chronique en Angleterre pourraient être comprises entre 35 et 71.500.000€ par an.  

Nick Barton, le directeur d'Action on Addiction l’organisme caritatif qui a commandité l’étude RIOTT déclare: "Ceci est un autre résultat intéressant de l'étude RIOTT en ce qu'elle rend compte de l’aspect économique à fournir des opiacés injectables chers sous forme de traitement car ceux-ci sont plus rentable à long terme que la méthadone par voie orale dans la réduction de la criminalité. 

Tout en reconnaissant les avantages économiques potentiels pour la société, en tant qu’organisme caritatif engagé à trouver les moyens les plus efficaces pour soulager la dépendance des individus, des familles et des communautés, notre intérêt primordial réside dans la façon dont ces traitements profitent à nos bénéficiaires. Une réduction de l'activité criminelle est une étape positive qui, nous l'espérons, permettra aux usagers de progresser à se libérer de la dépendance et de tendre au bien-être sur le long terme".  

 

Cette étude a été financée par le Community Fund (section Big Lottery Research), à travers Action on Addiction.

Référence de l’article original: Byford, S. et al. ‘Cost-effectiveness of injectable opioid treatment v. oral methadone for chronic heroin addiction’ British Journal of Psychiatry doi: 10.1192/bjp.bp.112.111583