Les salles de consommation à moindre risque à Paris

À côté des approches classiques (les centres de conseil sur les drogues, les thérapies pour soigner la toxicomanie), il existe des projets de réforme pour développer d'autres moyens d'aider. Ils sont destinés aux utilisateurs de drogues de longue date qui ont subi plusieurs thérapies, sans succès, ou pour ceux qui ne peuvent être aides par les structures existantes. Parmi ces nouveaux services on peut noter le traitement par thérapie de substitution ainsi que la création de salles de consommation à moindre risque de drogues. Ces salles de consommation sont des lieux protégeant les utilisateurs de drogues (obtenues au préalable), pouvant consommer dans un environnement sans préjugés et sous la supervision de personnel qualifié.

Je voulais simplement attirer votre attention sur cet exploit absolument incroyable de la part de certains militants en France. L’ ASUD (association française d’auto supports des usagers de drogues, visant la réduction des méfaits liés aux drogues) a travaillé sans relâche pendant des années pour soulever la question des salles de consommation à moindre risques à Paris. Les ASUD ont réussi à relancer le débat autour des réformes de la législation antidrogue et sur l’environnement français très hostile aux utilisateurs de drogues. Au cours des dernières années, beaucoup d'entre nous se sont sentis extrêmement inquiétés par la progression du problème de drogues en France, en particulier depuis la ligne dure adoptée par le gouvernement Sarkozy.

Le mardi 19 Octobre, le Conseil de Paris a voté en faveur de l'ouverture d'une salle de consommation à moindre risques. Ces salles, qui sont au centre du débat en France depuis l'année dernière, visent à fournir aux utilisateurs de drogues de meilleures conditions d'hygiène, ainsi qu’à encourager les usagers de drogues les plus marginalisés à prendre soin d’eux-mêmes. Ces salles seront mises en œuvre sur le principe de réduction des risques, qui a déjà permis la mise en place de programmes substitution de drogues et d'échange de seringues. De nos jours, le sujet des salles de consommation à moindre risques à Paris est très populaire, grâce à  Jean-Marie Le Guen, qui défend leur création.

Paris est la première ville à tenir un vote sur ce sujet sensible. Au niveau local, le gouvernement actuellement en place commente sur les usagers de drogues : « ce n’est malheureusement pas facile de résoudre tous les problèmes » et poursuit en décrivant l'émergence dans certaines zones au nord de Paris de scènes ouvertes de drogue, fréquentés par les toxicomanes et présentant un taux élevé de contamination d'hépatite C.

C’est un problème tant pour les usagers de drogues que pour ceux qui vivent dans la région. Tous les partis politiques sont en accord avec la création de ces salles. Comme prévu, seul l'UMP s’est obstinément opposé aux propositions du Conseil de Paris. Philippe Goujon, maire UMP du 15ème arrondissement, s’oppose à ces propositions et a jugé une telle proposition à la fois inutile et indésirable, dénonçant les risques "d'une augmentation de la consommation et d’une banalisation des drogues ".

Jean-Marie Le Guen, responsable du projet, a enfoncé le clou en disant: «la seule chose qui nous différencie, c'est que nous on pense que les problèmes d’abus de drogues sont un sujet de santé publique, pas de moralité». Cette évaluation a été accueillie avec dérision par l'opposition.

Jean-Marie Le Guen est un médecin, spécialiste de la santé publique et membre de l'Assemblée nationale française, fraction Socialiste, radicale, des citoyens divers gauche.
Au sujet des chambres de consommation à moindre risques, visant principalement à aider les toxicomanes les plus marginalisés n’ayant pas accès aux soins de santé, représentant quelques milliers de personnes en France, le Dr Padovani affirme que «ce n'est pas une idéologie, mais du pragmatisme ».

L’ancien Président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie, Didier Jayle, a même révélé que des essais d’implantation de salles de consommation avaient figuré dans le plan gouvernemental de 2004-2008 sur les drogues, jusqu'à la veille de sa présentation publique. Fondé sur des exemples internationaux, il s’était avéré que l'ouverture de ces salles avait été accompagnée d'une diminution de l'insécurité et des nuisances dans les zones d'implantation. Cependant il fallait obtenir un consensus pour avoir la collaboration de la police et le soutien des résidents.

L'opposition entre usagers et riverains est totalement artificielle: tout le monde a un intérêt à ce que cela se fasse dans le calme. Pour l’ouverture des ces salles de consommation, les arguments simples et scientifiquement prouvés sont malheureusement parfois insuffisants, parce que le citoyen lambda ne se sent pas concerné, même si elle-même consomme de la drogue aussi.

Le but des salles de consommation est de tenter de résoudre les problèmes des particuliers, des usagers de drogues à risques, en particulier les usagers de drogues par injection et ceux consommant en public. Ces groupes connaissent souvent d’importants problèmes de santté et nécessitent des soins qui ne sont souvent pas pris en charge par d'autres services. Ces usagers posent des problèmes pour les communautés locales, problèmes qui n'ont pas été résolus par d’autres services d’aide é la drogue, les services sociaux ou encore la police.

Il est suggéré que ces salles de consommation n'ont pas d’intérêt et ne peuvent être efficaces si elles ne répondent pas aux critères suivants et sont :

    * établies dans le cadre d'une politique publique plus large et d’un réseau de services qui visent à réduire les méfaits pour utilisateurs et les méfaits sociaux découlant de l'utilisation de drogues à problème;

    * fondées sur le consensus et la coopération active entre les principaux acteurs locaux, en particulier les travailleurs de la santé, la police, les autorités locales et les communautés locales;

    * reconnues pour ce qu'ells sont - des services spécifiques visant à réduire les problèmes d’ hygiène liés aux drogues et les problèmes sociaux spécifiques impliquant les populations d'usagers à risques, répondant aux besoins auxquels d’autres instances n’ont su répondre.

On espère tous que ces chambres verront le jour à Paris le plus rapidement possible.