Les salles d'injection sauvent des vies ; pourtant le gouvernement britannique continue de s'y opposer

Chambres individuelles pour la consommation de drogue dans une salle d’injection de Copenhague. Source : Nanna W. Gotfredsen

Une action urgente est nécessaire pour endiguer l’épidémie d'overdoses au Royaume-Uni, selon un groupe de députés de tous les partis, qui ont enjoint le gouvernement à s'attaquer réellement à la question. Les décès liés à la drogue ont atteint des records en 2018 en Angleterre et au Pays de Galles. Au total, 4 359 personnes sont mortes par empoisonnement aux drogues, dont plus de la moitié liées à la consommation d'opiacés.

Les parlementaires ont demandé instamment un certain nombre de changements politiques importants. Ceux-là comprennent la dépénalisation de la possession de drogue pour usage personnel et la création d'établissements d'injection supervisée.

Les établissements d'injection supervisée (parfois appelés centres de prévention des overdoses ou Salles de Consommation de Drogues) sont un outil essentiel pour mettre fin à l'épidémie d'overdoses. Il s'agit d'endroits où les personnes sont autorisées à s'injecter des drogues illégales dans des conditions hygiéniques en présence de personnel médical et de collègues.

Ils sont principalement destinés à fournir des services aux personnes vulnérables, pauvres ou sans abri qui autrement s'injecteraient dans des lieux publics, tels que des allées ou des parcs. Des circonstances qui augmentent de manière considérable le risque d'overdose mortelle et de transmission d'infections par du matériel d'injection non stérilisé.

Selon l'organisation non gouvernementale Harm Reduction International, qui suit l'évolution mondiale des programmes de réduction des risques liés à la drogue, il existe près de 120 centres de ce type dans 11 pays. Cela comprend le Canada, l'Australie, la France et les Pays-Bas. En outre, des recherches menées par l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) ont montré que les sites d'injection supervisée contribuaient à réduire les risques d'infection et les overdoses mortelles.

 

Logique obsolète

 

Pourtant, en dépit des succès enregistrés par les centres d'injection, trop de gouvernements continuent de s'opposer à leur mise en place. Au cours de l'été, le Conseil municipal de Dublin a refusé le permis de construire de la première salle d'injection d'Irlande ; cela malgré que le gouvernement irlandais ait modifié la loi deux ans plus tôt pour supprimer les obstacles juridiques à leur fonctionnement.

Au Canada, en 2011, le gouvernement conservateur de Stephen Harper s'est rendu jusqu'à la Cour suprême pour tenter de faire fermer le premier centre d'injection du pays à Vancouver. Le gouvernement a perdu unanimement et de façon humiliante. Pourtant, malgré la décision de la cour en faveur des centres d'injection, certaines provinces continuent de faire obstacle à leur mise en œuvre.

Aux États-Unis, plus tôt ce mois-ci, une importante victoire juridique a été remportée lorsqu'un juge d'une Cour de District a bloqué une tentative du Département de la Justice des États-Unis visant à empêcher le premier établissement d'injection supervisée du pays d'ouvrir ses portes à Philadelphie. Le Ministère de la Justice a demandé que l'organisation à but non lucratif Safehouse soit déclarée illégale en vertu d'une loi fédérale de 1986 visant à fermer les « maisons de crack ».

 

Des programmes qui sauvent des vies

 

Mais tous les efforts ne finissent pas par des victoires. En décembre 2016 au Royaume-Uni, le Comité consultatif sur l'abus de drogues, l'organe expert du gouvernement, a recommandé la mise en place de centres d'injection en réponse à l'augmentation massive des décès par overdose. Mais en juillet 2017, le gouvernement de Theresa May a ignoré cette recommandation. Et quatre mois plus tard, l'Avocat de Sa Majesté en Écosse a bloqué les projets de la ville de Glasgow d'ouvrir le premier centre d'injection du Royaume-Uni.

Le gouvernement conservateur a même bloqué la nomination d'experts connus pour leur soutien à ces programmes salutaires. En juillet 2019, il a été révélé que Niamh Eastwood, directrice générale de l'organisme de bienfaisance Release, avait vu sa nomination au Comité consultatif sur l'abus de drogues bloquée par le Bureau de l'Intérieur. Son crime ? Avoir critiqué sur Twitter la décision du gouvernement contre les installations d'injection supervisée en 2017.

Plus tôt ce mois-ci, un expert britannique en matière de drogues, Alex Stevens de l'Université de Kent, a démissionné de son poste au Comité consultatif sur l'abus de drogues en invoquant le « contrôle politique » des nominations par le Bureau de l'Intérieur. M. Stevens a déclaré que « si des experts dûment qualifiés sont exclus du Comité pour cause de désaccords déclarés avec la politique gouvernementale, la qualité des conseils que peut donner le Comité consultatif sur l'abus de drogues s'en trouvera ternie ».

 

Une crise des droits humains

 

Depuis les années 1970 et le début de la « guerre contre les drogues », ce sont les sanctions, le maintien de l'ordre et l'incarcération, et non la santé, qui sont devenus l'approche centrale de la politique en matière de drogues. Parallèlement à cela, il y a eu une escalade des violations des droits de l'homme liées au contrôle des drogues. Le refus de programmes salutaires, tels que les centres d'injection, n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Comme je le souligne dans mon livre, nous avons ces dernières années des exemples de tribunaux qui sont intervenus pour défendre les droits des consommateurs de drogues, contre le zèle des héros anti-drogue du gouvernement. Et la publication, en 2019, de directives internationales sur les droits de l'Homme et la Politique en matière de drogues marque une étape importante dans ce lent processus de réforme.

À la suite de la décision de la cour des États-Unis, un partisan de Safehouse a parlé de « défaite retentissante contre les efforts impitoyables de Donald Trump et de ses protégés pour augmenter les souffrances des personnes et des communautés qui sont aux prises avec la toxicomanie ». Alors que le Royaume-Uni connaît les niveaux les plus élevés de décès liés à la drogue de son histoire, combien encore de souffrances et de décès les consommateurs de drogues devront-ils endurer avant que les efforts impitoyables du gouvernement britannique ne prennent fin ? En effet, la réponse rapide et négative du gouvernement aux appels lancés par les députés en faveur de réformes de la législation basées sur la santé semble indiquer que l'épidémie d'overdoses continuera de s'aggraver.

 

Rick Lines, Professeur Agrégé de Criminologie et de Droits de l'Homme, Université de Swansea

Cet article est republié depuis The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original (en anglais).