Manifeste de Barcelone : la guerre antidrogues est une guerre contre les femmes usagères des drogues

En février 2019, plus de 40 femmes originaires d'Europe et d'Asie centrale se sont rassemblées à Barcelone dans le but de travailler et réfléchir aux questions relatives au féminisme intersectionnel, aux politiques des drogues, à la réduction des risques et aux droits de l'homme. C'est de là qu'est né le manifeste de Barcelone...

Le Manifeste de Barcelone

En cette Journée internationale des droits des femmes, nous déclarons que la guerre antidrogues est une guerre contre les femmes usagères des drogues

La guerre antidrogues est raciste, sexiste, classiste, hétérosexiste et affecte de façon disproportionnée les femmes de couleurs ainsi que les femmes et les jeunes issus des communautés les plus pauvres.

En tant que femmes et personnes transsexuelles et transgenres ayant survécu à cette guerre, nous rejetons les stigmates, les discriminations et la criminalisation auxquels nous devons faire face tous les jours. Nous appelons à une réforme profonde du système prohibitionniste actuel. Nous appelons à mettre fin à cette rhétorique négative et ignorante.

Les services d'accès aux traitements sont genrés, hiérarchisés sur le plan social, sexuel et racial. Les « traitements » sont eux-mêmes basés sur des recherches datées et disqualifiées, et permettent l'exercice d'un contrôle débridé et dérégulé sur les individus. Nous rejetons ces méthodes, et les idéologies qui les soutiennent.

La violation systémique et globale de nos droits constitue pour les femmes et les personnes transsexuelles et transgenres usagères des drogues une véritable oppression, amenée à nous conduire à différentes positions de vulnérabilité, entraînant de nombreux risques et dommages :

  • En tant que femmes s'injectant des drogues, nous sommes exposées à une prévalence du VIH et de l'hépatite plus élevée que les hommes. Cependant et malgré cela, nous n'apparaissons pas dans les données et devons composer avec la discrimination et l'exclusion des services de santé. Les quelques ressources disponibles tendent à être masculinisés et rendues de plus en plus inaccessibles, en plus d'être souvent insuffisantes compte tenu de nos attentes et de nos besoins réels.
  • Nous subissons de façon disproportionnée la violence structurelle de l’état (arrestations, accès limité aux aides légales, extorsions de fonds, longues peines de prisons, viols, assassinats extrajudiciaires, peine capitale). 
  • La majorité des femmes incarcérées sont condamnées pour des crimes non-violents liés aux produits stupéfiants. Les femmes de couleur, les minorités, les personnes non-binaires ou transsexuelles et les personnes sans-abri sont particulièrement visées. Dans de nombreux pays du monde, nous devons subir des périodes de détention dans des centres de « réhabilitation » échappant à toute régulation, et ce pour des périodes indéfinies, avec un accès minimal à l'assistance juridique. L'incarcération dans ce type de lieux conduit à une augmentation des violations des droits humains, tels que les viols et les extorsions de fonds.
  • Nous faisons souvent l'expérience de la violence et de l'exclusion dans nos propres familles et communautés. Non seulement risquons-nous davantage d'être agressés par nos conjoints, mais nous sommes également moins susceptibles de faire appel à la justice ou à la police.
  • Nous souffrons des intrusions au cœur de notre intégrité physique, de notre vie de famille et de notre foyer. Nous faisons face tous les jours à des violations de nos droits à la santé, à la contraception et à la liberté sexuelle, à la fois par l'état et nos communautés. Notamment en cas d'une stérilisation ou d'un avortement.
  • L'idée voulant que les femmes usagères des drogues soient inaptes à prendre soin de leurs enfants et la désinformation quand aux effets des produits stupéfiants conduisent à de fortes pressions sociales en faveur d'une interruption de grossesse. En refusant l'avortement, les femmes usagères des drogues ont de grandes chances de se voir retirer la garde de leurs enfants.
  • Celles d'entre-nous exerçant comme travailleuses du sexe (et en particulier les personnes transsexuelles ou celles vivant avec des handicaps), doivent affronter un important éventail de discriminations et stigmatisations, en plus de l'exclusion sociale.

 

Alors qu'elles doivent affronter tous les jours ces différentes formes de violence, les Femmes en lutte contre la guerre antidrogues sont pleines de ressources, entreprenantes, créatives et fortes. Nous sommes faisons preuve d'une remarquable persévérance. Nous combattons la prohibition avec la solidarité, le soutien mutuel et la détermination comme armes, construisant notre réseau depuis la base vers le monde, de l'action directe aux stratégies durables pour mettre fin à la guerre antidrogues menée contre les femmes. Nous nous rassemblons autour d'un féminisme intersectionnel et anti-prohibitionniste, qui intègre des approches inclusives pour les personnes queer/transsexuelles, s'oppose au capacitisme, demande la justice raciale et le droit de consommer des drogues et expérimenter le plaisir. Nous exigeons la souveraineté de nos corps, notamment à travers l'ensemble des droits concernant la sexualité et la procréation, l'égalité des traitements pour tous les genres, et les droits de consommer des drogues. Nous ne demandons pas la charité mais la solidarité. Nous demandons de pouvoir vivre libre et en sécurité.

Ce manifeste est une invitation à rassembler nos forces, celles de toutes les femmes qui comme nous, demandent la fin de la guerre antidrogues et de l'impact négatif qu'elle a sur nos existences.

« Faisons toutes du désordre pour commencer à changer le monde, avec et pour les femmes usagères des drogues, munies de nos puissantes armes conceptuelles. » Elizabeth Ettorre

Nos corps - notre choix, nos droits, notre voix.

#narcofeminism #femdrug

 

Le manifeste est soutenu par les organisations suivantes :

1. Eurasian Harm Reduction Association (EHRA)
2. Women and Harm Reduction International Network (WHRIN)
3. COUNTERfit
4. Metzineres. Environments of Shelter for Womxn who Use Drugs Surviving Violences
5. XADUD. Network of Womxn who Use Drugs
6. REMA. Network of Anti-Prohibitionist Women
7. ARSU – Grup de Dones
8. FAAAT think & do tank
9. Pla d’accions sobre drogues de Reus
10. European Institute for Multidisciplinary Studies on Human Rights and Science | Knowmad Institut
11. Iglesia Evangélica Protestante de El Salvador (IEPES)
12. Youth RISE
13. Association for Women’s Rights in Development (AWID)
14. International Network of Women who use Drugs (INWUD)
15. PeerNUPS
16. Canadian Students for Sensible Drug Policy
17. Género y Drogodependencias (Madrid)
18. Perempuan Pengguna NAPZA Indonesia dan Deklarasi Jenggala
19. Agência Piaget para o Desenvolvimento – APDES
20. CASO Portugal
21. European Network of People Who Use Drugs – EuroNPUD
22. NGO Re Generation
23. Youth Organisation For Drug Action
24. WeCanna-Weedgest
25. REMA
26. PeNUPS
27. Life Quality Improvement Organisation FLIGHT
28. AFEW International
29. Društvo AREAL
30. “Harmreduction network” association.
31. CA PRIMA
32. En Plenas Facultades
33. Delhi Drug User Forum
34. Association Margina
35. ARAS – Romanian Association Against AIDS
36. AKUT Foundation, Hungary
37. ALE “Kazakhs Union of People Living with HIV”
38. Eurasian Women’s Network on AIDS
39. Hepminus
40. Crew
41. Kosmicare Association
42. COUNTERfit Harm Reduction Program (Canada)
43. Jane Lane
44. ASAUPAM
45. ARSU
46. Toronto Overdose Prevention Society
47. Help Not Harm
48. Youth RISE
49. AIVL
50. PeNUPS
51. GAKNI – Gerakan Advokasi Kebijakan Napza Indonesia (Indonesia Drug Policy Advocacy
52. Movement)
53. Nepal for Public Health
54. Indonesia Drug Policy Reform
55. GO “All- Ukrainian network of Ukrainiane Users”
56. Global Inklusi Perlindungan AIDS
57. Confederación de federaciones cánnabicas (ConFAC)
58. New Taskon padang
59. Federación de asociaciones Cannàbicas de Cataluña (CatFAC)
60. Italian Network of People Who Use Drugs – ItaNPUD
61. Perempuan Bersuara
62. Gerakan Advokasi Kebijakan NAPZA Indonesia (GAKNI) / Indonesia Drugs Policy Advocacy
63. Forum Akar Rumput Indonesia (FARI) / Grass-Roots Indonesian Forum
64. Aksi Keadilan Indonesia (AKI) / Indonesian Justice Action
65. Persaudaraan Korban NAPZA Bogor (PKN Bogor) / Bogor Drug User Community
66. Drugs Policy Reform (DRP) Banten, Indonesia
67. Forum Droghe (IT)
68. TaNPUD
69. SALVAGE
70. Salamander Trust
71. Stop Overdose Now
72. CF “VIRTUS”
73. Real People Real Vision
74. Asia Catalyst
75. LUNEST
76. EHPV
77. CHECK!N
78. LGBT organization Labrys
79. Club “Svitanok”, Ukraine
80. RELEASE
81. SANANIM
82. Rights Reporter Foundation
83. Komunitas perempuan pengguna napza Pekanbaru (comunity women who use drugs Pekanbaru)

Pour ajouter votre organisation à la liste des signataires, ou pour rester informé des avancées, vous pouvez remplir ce formulaire (en anglais).