Mettre fin à l'interdiction des recherches sur les produits psychoactifs.

La découverte d'un nouveau traitement psychiatrique, que ce soit pour le traitement de la dépression, de l'autisme ou de la schizophrénie, est pratiquement au point mort.

À titre d'exemple, aujourd'hui, les antidépresseurs sur le marché ne sont pas plus efficaces pour inverser les troubles de l'humeur que les premiers disponibles dans les années 1950.

Publié le 01/02/2014 sur ScientificAmerican.com

Une nouvelle réflexion est absolument nécessaire pour aider les quelque 14 millions d'adultes américains qui souffrent de maladies mentales graves. L’innovation pourrait s’accélérer si les pharmacologues n’avaient pas à faire face à un cadre juridique archaïque déclarant inaccessible un ensemble de composés connus qui pourraient servir de base chimique à de toutes nouvelles classes de médicaments.

Le LSD, l'ecstasy (MDMA), la psilocybine et le cannabis ont, depuis des décennies, été désignés comme des drogues dont on abuse. Mais elles trouvent leurs origines dans la pharmacopée médicale. Jusqu'au milieu des années 1960, plus de 1000 publications scientifiques chroniquent les façons dont le LSD pourrait être utilisé comme une aide plus efficace à la psychothérapie. De même, la MDMA a commencé à être utilisée comme un complément à la psychothérapie dans les années 1970. Le cannabis est identifié depuis des milliers d'années comme un médicament pour des maladies et des affections allant de la malaria aux rhumatismes.

Les lois nationales et les conventions internationales ont mis un terme à tout cela. Le Controlled Substances Act (NdT : Législation sur les stupéfiants aux États-Unis) de 1970 a déclaré que ces produits n’étaient « véritablement pas admis à des fins médicales » et les ont classées dans la catégorie la plus stricte des substances réglementées: l'annexe I. Les restrictions qui en résultent créent de facto une interdiction de leur utilisation dans les laboratoires et les essais cliniques, créant ainsi un paradoxe: ces produits sont interdits parce qu'ils n'ont pas d'utilisation médicale reconnue, mais les chercheurs ne peuvent pas explorer leur potentiel thérapeutique parce qu'ils sont interdits. Trois traités des Nations Unies étendent des restrictions similaires à la plupart des pays du monde.

Cette interruption de plusieurs décennies de la recherche a fait son temps. Les psychologues aimeraient savoir si la MDMA peut aider pour les troubles de stress post-traumatique intraitables, si le LSD ou la psilocybine peuvent apporter un soulagement pour la Céphalée vasculaire de Horton ou les troubles obsessionnels-compulsifs, et si les récepteurs particuliers des cellules du cerveau sur lesquels de nombreux psychédéliques s'accrochent sont des sites critiques pour réguler les états de conscience altérés dans la schizophrénie et la dépression.

Dans de nombreux États, les médecins peuvent maintenant recommander le cannabis thérapeutique, mais les chercheurs ne peuvent pas étudier ses effets. Ce difficile statu quo n’apporte pas de réponse à la question de savoir si les drogues pourraient aider à traiter le trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité, les nausées, l'apnée du sommeil, la sclérose en plaques et une multitude d'autres affections.

Quelques recherches privées de ces composés ont donné des pistes alléchantes indiquant que certaines de ces idées méritent d'être examinées. Pourtant, faire ces recherches par des voies classiques, comme le psychopharmacologue David J. Nutt de l'Imperial College de Londres et ses coauteurs l’ont noté dans un récent article paru dans Nature Reviews Neuroscience, nécessite de traverser un labyrinthe bureaucratique redoutable qui peut dissuader même le chercheur le plus engagé. (La revue qui a publié cet article, American Scientific fait partie de Nature Publishing Group). Cela peut prendre des années pour obtenir l’autorisation d'un essai clinique de la part des organismes de réglementation et du comité d’éthique hospitalier, même en récoltant les milliers de dollars nécessaires aux droits de licence et les dizaines de milliers de dollars pour obtenir les drogues qui, bien sûr, sont indisponibles à partir d'un catalogue de produits chimiques.

Les obstacles sans fin ont donné lieu à un arrêt presque complet de la recherche sur les drogues de l’annexe I. C'est une honte. Le gouvernement américain devrait passer ces drogues à la classification moins stricte de l'annexe II. Une telle démarche ne conduirait pas à la décriminalisation de ces drogues potentiellement dangereuses – l’annexe II comprend aussi la cocaïne, l'opium et la méthamphétamine, après tout - mais il serait beaucoup plus facile pour les chercheurs cliniques d’étudier leurs effets.

Si certains de ces obstacles à la recherche peuvent être surmontés, il serait enfin possible de séparer la recherche sur les substances chimiques psychoactives de la rhétorique hyperbolique qui est un héritage de la guerre à la drogue. C'est alors seulement qu'il sera possible de juger si le LSD, l'ecstasy, la marijuana et d'autres composés fortement réglementés - soumis à la batterie d’essais cliniques sur l'innocuité et l'efficacité - peuvent réellement produire de nouveaux traitements efficaces pour ces terribles maladies psychiatriques.

Cet article a été publié originalement sous le titre « End the Drug War's Research Bans. »