Mon Cannabis Cafe de Reve!

Je suis Jamie Bridge et je travaille pour l’IDPC (Consortium International sur la politique des drogues), un réseau d’une centaine d’ONG à travers le monde. Il y a quelques mois Talkingdrugs m’a demandé à quoi ressemblerait le  « cannabis café » de mes rêves. Cela fait maintenant plusieurs années que je travaille sur les politiques liées aux drogues et nous sommes parfois tellement sonnes par les frustrations, les contradictions et la désinformation concernant les politiques prohibitionnistes que cela fait du bien de lever le pied et de penser à un monde sans  ces politiques- c’était comme une thérapie d’ailleurs : allons-y !

Nous sommes en 2018. Ma femme et moi nous dirigeons un « cannabis café » depuis presque deux ans dans notre ville natale à Bedford, petite ville a une centaine de kilomètres de Londres. Nous ne nous sommes pas précipités lorsque la nouvelle loi britannique de 2015 sur la Régulation et le Contrôle des Drogues  dangereuses est passée (de manière logique, elle inclue toutes les drogues psychoactives comme le tabac, l’alcool et la caféine). Pour être honnête, la plupart des magasins et des cafés éphémères sont maintenant fermés. Nous avons préféré attendre un an après pour chercher une niche dans le marché local.

Vous savez, je n’ai jamais vraiment fumé du cannabis, principalement parce que je n’ai jamais vraiment fumé des cigarettes -  j’ai essayé cela pendant ma jeunesse et je n’ai pas pu m’habitue à l’acte physique de fumer et je n’ai pas trouvé que cela valait la peine de continuer. En revanche, j’ai continué de consommer du cannabis particulièrement quand j’étais adolescent. Mais ma passion pour les reformes des politiques liées aux drogues ne vient pas de mon envie de planer, mais un sentiment d’injustice ainsi les situations disproportionnées qu’a créée la loi de 1971.

J’ai également de l’embonpoint (ceux qui me connaissent ou m’ont rencontré savent que c’est un euphémisme), donc cela ne vas pas vous surprendre de savoir que notre café a Bedford est un café non-fumeur : nous vendons des snacks au cannabis et des boissons. En fait, nous sommes littéralement juste un café et nous nous conformons aux régulations diverses et variées, et nous sommes contents de cela. Nous vendons une variété de thés traditionnels, du thé sud - africain (rooibos) et des thés au cannabis – ainsi que des thés au coca et à l’opium pour ceux qui ont les licences d’usage appropriées. Nous vendons également une variété de cafés de grande qualité ainsi que des gâteaux, des petits pains, des boissons fraîches et des snacks - avec ou sans cannabis. Nos meilleures ventes sont nos smoothies au cannabis et au miraa (plante africaine qui peut être fumée comme le cannabis), les parts de pizza au cannabis, et nos « Bedford Clangers », une douceur sans cannabis - tapez dans Google – et nous sommes le seul parmi les nombreux business locaux à les vendre en ville. L’été nous vendons également des glaces au cannabis, mais en ce moment il fait trop froid !

Nous vendons également des cigarettes et des spliffs électroniques– tous deux régulés selon la nouvelle loi de 2015 – mais nous n’en vendons pas beaucoup parce qu’un ou deux magasins le vendent dans la Rue Principale de la ville et sont spécialisés dans ces produits (et ceux qui se fument) pour les aficionados ! C’est comme aller chez Harrod’s pour  acheter des Alpha-Bites (céréales comme les corn-flakes mais avec des lettres). Nous ne vendons pas d’alcool parce que c’est interdit aux vendeurs de cannabis. Seuls les adultes sont autorisés dans le magasin par la loi, y compris pour les glaces.

Nous sommes un petit business local – mais nous ne sommes pas encore autorisés à faire des pubs (vous ne voyez pas le mot cannabis voire même une feuille de cannabis sur le devant des magasins ; c’est simplement The Bridge Café). Pour être honnête nous n’en avons besoin : il  y a tellement un réseau dense de sites d’évaluation online, de forums de discussion et de sites sur le cannabis maintenant. Nous avons eu de très bonnes critiques – nous avons 4.5/5 on Trip Adviser et la promotion par le bouche à oreille  a été la clé de notre succès. Tout est une question de qualité et de service clients plus qu’une question de suivre la mode de n’être qu’un cannabis café. Les entreprises qui ont survécu depuis 2015 sont ceux qui ont cette approche. Occasionnellement, on a eu des trolls  sur Facebook (eh oui ça, ça existe toujours !) ou des commentaires bêtes parce qu’on n’autorise pas de fumer. Mais bon, ça c’est pas grave. 

Notre café ressemble à tous les cafés en ville : des tables avec des chaises confortables, un décor chaleureux et neutre avec les peintures de ma femme sur les murs et notre comptoir, tout au bout qui montre les produits disponibles. Le grand tableau avec le menu montre toutes les informations que la loi exige : les pourcentages de THC et CBD, l’origine (la plupart de notre cannabis est local). L’équipe a pour chaque employé, une  licence  autorisant à vendre de la drogue, et certificat de premier secours sur le mur,  et nous portons les pass requis sur nos T-Shirts.

Donc qui sont nos clients ? Eh bien il est 11h (l’heure à partir de laquelle on peut ouvrir au minimum). Linda et son mari sont au coin – ce couple âgés sont de fidèles clients, qui commencent leur tournée autour de la ville par du the au cannabis et des gâteaux. Linda a une terrible douleur au genou mais elle m’a dit que le cannabis lui a permis de se débarrasser de ses anti-douleurs. Ils ne pensaient pas qu’ils allaient être des habitués des cannabis café mais ils sont là depuis l’ouverture. Il y a également quatre hommes élégamment habillés autour d’une table en train de discuter de quelque chose qui a l’air à  la fois important et inintéressant. Et une femme plus jeune (eh oui, on regarde leurs pièces d’identité) à la tête enterrée sous son ordinateur portable  - elle est surement une étudiante ou bien elle écrit un commentaire  ou un blog pour un des nombreux sites consacrés au cannabis. Quoi qu’il en soit, nous avons été très gentils avec elle. En fait, c’est peut-être un des membres des comités de clients mystères – ils envoient des personnes environ trois fois par an et en général des personnes qui paraissent plus jeunes qu’elles ne le sont pour savoir si nous respectons la loi. 

La beauté de ce café est la variété des personnes qui viennent tout au long de la journée: les habitués dont nous connaissons le nom, ceux de passages, les jeunes et les vieux, hommes et femmes, consommateurs de cannabis ou non. Je prends plus de cannabis maintenant qu’avant (les smoothies m’aident à gérer le stress de la gestion de l’entreprise et de temps en temps je fume un pipe électronique et je trouve que j’ai l’air branché avec ça.) Je pense que j’ai été un nouveau converti depuis que la loi a changé. Apparemment la consommation de cannabis a augmenté depuis 2015, mais les problèmes en termes d’arrestation, de violence, petit larcin et de santé ont grandement diminué.

Pendant ce temps, le magasin d’à cote continue de vendre de manière agressive sa coca – boissons gazeuses et toxiques, adulées par les jeunes et qui font la queue de 6 heures du matin à 23 heures pour avoir leur dose. Mais qui peut résister à Mac Donald ?