De nouvelles mesures de contrôle sur les médicaments contre la douleur pourraient déclencher une crise de santé publique au Guatemala

Alors que de nombreux pays ont réduit leurs restrictions d’accès aux médicaments vitaux pour le traitement de la douleur ces dernières années, le Guatemala a pris le contrepied de cette tendance. L’initiative récemment lancée par le pays pourrait entraîner des souffrances qui évitables à ses patients.

Le gouvernement du Guatemala a récemment publié des instructions officielles qui augmenteront les restrictions environnant l’accès aux médicaments contrôlés. Parmi les substances concernées, on trouve la morphine, l’un des antalgique vitaux pour le contrôle de la douleur.

Les substances contrôlées sont référencées par les traités internationaux des médicaments. Douze de ces dernières, y comprit la morphine, sont considérées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme des médicaments essentiels.

En vertu de la nouvelle initiative du Guatemala (voir ci-dessous), un certain nombre de nouveaux obstacles bureaucratiques ont été créés pour encadrer l’accès à ces médicaments. Depuis le 31 juillet, les personnes qui cherchent à récupérer une prescription au nom d'un patient pour un médicament contrôlé devront présenter une lettre de demande signée et estampillée, qui contient obligatoirement une copie de leur carte d'identité ainsi que le numéro du document. Chaque fois que la  personne responsable de demander la prescription changera - alors que le patient en question reste le même - cette lettre devra être présentée.

Cette mesure semble un geste particulièrement rétrograde, à cause du stress physique et émotionnel qu’elle impose aux patients, mais aussi à la lumière du fait qu’il y a à peine trois ans, le pays avait émis sa première ordonnance pour la morphine par voie orale, ce qui était alors un évident pas en avant.

Le Guatemala est loin d'être le seul à avoir un cadre réglementaire strict pour les médicaments contrôlés. À l'heure actuelle, environ 5,5 milliards de personnes – 75% de la population mondiale - ont un accès aux médicaments contrôlés faible ou inexistant, et en particulier aux analgésiques opioïdes. Si l’on ne considère le cas de la morphine en particulier, 92% de la production mondiale n’est consommée que par 17% de la population, et principalement dans l’hémisphère nord.

L'OMS estime que des dizaines de millions de personnes souffrent chaque année en raison d'un manque d'accès aux médicaments sous contrôle. Les principaux groupes touchés sont les patients atteints de cancers et ceux en phase terminale du sida, les femmes en travail dont on ne soulage pas la douleur et les victimes de blessures.

Les raisons de cet accès limité sont multiples, de la faiblesse des systèmes de santé et du manque de formation de ses professionnels, à des facteurs de fixation des prix et des réglementations trop lourdes. En outre, le système de contrôle international des drogues a contribué à créer un climat qui pousse les gouvernements nationaux à consacrer leurs ressources à une approche de contrôle des stupéfiants par la justice criminelle au détriment de la disponibilité médicale et scientifique des médicaments contrôlés.

Ce qui rend la décision récente du Guatemala surprenante est qu'elle va à l'encontre d’une évolution mondiale constatée ces dernières années. Un certain nombre de pays, dont l'Ukraine et l'Inde, ont assoupli les restrictions sur l'accès aux médicaments de soulagement de la douleur, soit par la modification des lois existantes, soit par l’édition de nouveaux décrets. Même la Russie, où 11 patients atteints de cancer se seraient suicidés en février parce qu'ils ne pouvaient pas accéder à ces médicaments, a récemment simplifié le processus de prescription des opioïdes en autorisant les hôpitaux à en délivrer.

Dans le cadre du droit international de chacun à jouir du meilleur des états de santé, les États ont l'obligation d'assurer l'accès aux médicaments contrôlés. Par ses dernières mesures restrictives, le gouvernement guatémaltèque viole ce droit et commence à déclencher une crise de santé publique qui aura un impact sur ses citoyens les plus vulnérables.