Pays Bas : l’interdiction des consommateurs étrangers dans les coffee shops du Sud a généré une augmentation de la criminalité

Le Dimanche 5 mai 2013, les coffee shops de Maastricht et d’autres villes du Sud telles que Ruremonde et Sittard  ont décidé d’organiser une journée porte ouverte à l’intention des étrangers afin de protester contre l’interdiction qui leur est faite de venir consommer du Cannabis. Et les étrangers sont revenus ! Des centaines de personnes se sont présentées devant les échoppes, venant principalement de la Wallonie voisine.

Ainsi, dans le sud des Pays Bas, le Wietpas (traduction littérale : le « Pass-herbe ») a été imposé il y a un an dans le but de mettre fin au tourisme du Cannabis provenant principalement de la Belgique et de la France. A partir de ce moment, la présentation de ce pass par les consommateurs néerlandais devenait obligatoire pour être autorisés à acheter du Cannabis dans les Coffee shops. Selon les autorités locales, ceci permettrait de mettre fin aux troubles et inconvénients générés par ce tourisme du Cannabis tels que les problèmes de circulation, le tapage nocturne mais surtout la criminalité et le deal.

Un mois après sa mise en place, le bourgmestre de Maastricht se félicitait du grand succès de cette réforme considérant la baisse significative du nombre de touristes étrangers. Or, cette conclusion ignorait deux faits beaucoup plus pertinents pour faire un premier bilan de la réforme : les journaux du pays relataient tous des témoignages de dealer qui s’enrichissaient rapidement dans le sud du pays grâce à cette réforme et la drugsmeldpunt (hotline locale sur les questions de drogue) avait reçu 619 plaintes au lieu d’une moyenne de 160 par mois habituellement. Le prix du Cannabis aurait également baissé du fait de la grande quantité de Cannabis sur le marché parallèle et de la prolifération des dealers dans la rue.

Cette interdiction n’a pas conduit à une diminution de ce marché parallèle, bien au contraire.

Un an après sa mise en place, le bilan de cette interdiction semble évident : au lieu de rendre les rues plus sûres et de faire baisser la consommation locale de cannabis, elle a contribué à une augmentation forte et brusque de la criminalité liée aux drogues comme le deal. Ainsi, à Maastricht, le nombre des crimes liés aux drogues a doublé en un an et à Ruremond, il a triplé.

Cette réforme a eu des effets secondaires non négligeables : la plupart des consommateurs de ces régions du sud ont refusé de demander ce pass, ce qui a mené au transfert du marché du cannabis des coffee shops à la rue. Or, les dealers de rue fournissent à la fois du Cannabis et des drogues dures quels que soient l’âge ou la nationalité du client. En finalité, ceci met en danger la raison d’être même  des coffee shops et la stratégie fondamentale des politiques de drogue du Pays Bas : séparer les marchés des drogues dures et douces et réguler la vente du Cannabis.

Cette réforme a donné lieu à un débat tel au Pays Bas que son application à l’échelle nationale a été abandonnée. Plusieurs villes telles qu’Amsterdam ou Rotterdam ont déjà annoncé que leurs coffee shops resteraient ouverts aux étrangers.

Celle-ci a également conduit de manière intéressante à soulever un autre débat, celui de l’approvisionnement des coffee shops. Les Pays Bas ont autorisé la vente de Cannabis sans autoriser la production même de ce produit, ce qui amène les coffee shops à se fournir sur le marché parallèle illégal. En Avril 2013, des collectivités comme Utrecht, Leeuwarden or Amsterdam ont demandé au gouvernement de mettre fin à cette incohérence et de légaliser la culture du Cannabis. Ceci semblerait être une mesure plus efficace pour lutter contre la criminalité liée à la drogue.