Sexe, drogues et réduction des risques

Une sélection de drogues érotiques, à Amsterdam

Selon des rapports récents, la popularité du « chemsex » (mêler les drogues aux rapports sexuels, ndt) reste sur une trajectoire ascendante abrupte. Malheureusement, le dialogue ouvert et la fourniture de conseils de sécurité n'ont pas suivi le rythme de sa pratique croissante, avec des conséquences inévitables et parfois tragiques. 

C'est un sujet que j'ai couvert assez extensivement dans ma « Bible des drogués ». Il est assez bien connu que je me suis auto-administré 157 drogues différentes pour le projet ; mais ce que l'on sait moins, c'est que l'un de mes points de référence se rapportait précisément au chemsex. 

Pour chaque produit chimique et pour chaque plante, j'ai cherché à identifier l'effet sur l'appétit sexuel, l'endurance, et la libido en général. Avec quelle efficacité chaque drogue améliore-t-elle ou prolonge-t-elle l'expérience sexuelle ? Plus important encore, quels en étaient les risques ?

Dans certains cas, mes conclusions étaient surprenantes et, compte tenu de l'accent mis dans le livre sur la sécurité, j'ai documenté ce qui était en grande partie des questions de bon sens liées à la réduction des risques et à la sécurité personnelle.

 

Les drogues du chemsex

 

Les effets et l'expérience différaient significativement d'une classe de drogues à l'autre. Je les résumerai comme suit :

  • Certains stimulants (en particulier les amphétamines) produisent le plaisir orgasmique le plus primitif, prolongé et intense.
  • Les cannabinoïdes (cannabis) aident à se perdre dans le moment et à se laisser emporter.
  • À faible dose, de nombreux psychédéliques peuvent nous emporter ailleurs et améliorer notre sensibilité physique.
  • Les empathogènes, tels que la MDMA, ont tendance à prendre une voie similaire, avec un espace de tête plus sourd, mais une empathie qui, sans surprise, est augmentée. 

Je sais que certaines personnes citent l'alcool et le GHB dans ce domaine, mais je les considère principalement comme des relaxants, et non comme des stimulants sexuels actifs. À cet égard, je ne les mettrais pas dans la même catégorie que les autres.

 

Le côté obscur

 

Si cela ressemble à une invitation à plonger et à consommer, ce n'est pas le cas. Comme pour la plupart des plaisirs de la vie, il y a un revers : dans ce cas, c’est l'exposition à un danger important. L'usage de drogues comporte des risques, il en va de même pour leur usage pour la satisfaction sexuelle.

Évidemment, les procédures habituelles de réduction des risques continuent de s'appliquer. Je vous dirigerai vers les 10 Commandements pour un usage des drogues plus sûr pour une approche générale et générique : 

 

[Transcription] Les 10 Commandements pour un usage des drogues plus sûr

  1. Recherche, recherche et recherche encore à propos de la drogue de ton choix. Connais toutes les informations à son sujet, y compris le délai de réaction, la durée, les effets probables, les données sur les combinaisons et les contre-indications possibles.
  2. Cherche soigneusement un bon fournisseur. Comment sais-tu que la substance est exactement comme tu t'y attends et qu'elle n'est pas contaminée ?
  3. Teste-la : c'est plus facile que tu ne le penses. Ou fais-la tester par quelqu'un de confiance. Si tu n'es pas sûr·e à 100 % de son contenu ou de sa pureté, jette-la.
  4. Considère correctement et rationnellement la dose. Garde toujours à l'esprit que tu peux en prendre plus si tu le veux, mais tu ne pourras plus en prendre moins. Prends ton temps et ne prends pas de décisions hâtives, et ne te laisse pas influencer par les autres.
  5. Pèse la dose avec soin, et ne la mesure pas au jugé. Investis dans des balances fiables au milligramme. Utilise la pesée volumétrique, s'il y a lieu.
  6. Effectue des tests d'allergie simples, par exemple en plaçant le plus infime fragment sous ou sur ta langue pour voir si tu fais une réaction.
  7. Demande-toi si tu te sens bien. Si tu te sens faible, malade ou en mauvaise santé, ou en cas de doute à ce sujet, abandonne. Cela s'applique aussi à ta santé mentale.
  8. Planifie bien l'expérience et tous ses paramètres, afin de ne pas prendre de décisions irréfléchies sous influence. Cela peut inclure : établir une limite pour les redoses en te limitant l'accès ; assurer un environnement sûr et approprié ; avoir eau, nourriture et divertissement à portée de main, etc.
  9. Garde les coordonnées des services d'aide à disposition en cas de besoin urgent. Note la substance et la dose que tu prends et place la note à un endroit qu'on peut facilement trouver sur ta personne. Si vous êtes plusieurs à entreprendre l'expérience, nommez une personne qui s'abstienne, au cas où de l'aide et une rationalité objective soient nécessaires.
  10. Laisse à ton corps beaucoup de temps pour récupérer et à ton esprit le temps nécessaire pour assimiler l'expérience. En d'autres mots, si tu consommes des drogues régulièrement, prends une pause entre les séances de psychoactifs et une longue pause entre les séances de consommation de substances de la même classe.

 

Je voudrais ajouter à tout cela un certain nombre d'autres considérations qui se rapportent spécifiquement au chemsex :  

Dans certains cas, surtout avec les stimulants / amphétamines, un niveau de jouissance élevé peut être atteint, que l’on n’atteint pas sans la drogue. C'est un cadeau empoisonné. Il peut causer un certain nombre de problèmes ultérieurs qui rendent l'activité sexuelle normale relativement insatisfaisante, avec des implications évidentes et très réelles pour les relations. Ne sous-estime pas cet aspect : ce n'est pas aussi rare que tu pourrais l'imaginer.

Souvent lié à cela est le désir constant de la charge sexuelle apportée par la drogue en question. Ajouté à son attraction habituelle, ce puissant incitatif en plus peut accélérer le chemin vers la dépendance. Comprends bien cela et garde-le constamment à l'esprit.

Il est important de garder en tête que, sous influence, le jugement est souvent altéré, et que les événements peuvent s'enchaîner rapidement et parfois sans délibération. Ce n'est certainement pas idéal qu'une personne seule consomme beaucoup et que la ou les autres ne le fassent pas. De même, les paramètres et les limites doivent être convenus à l'avance. 

Enfin, la contrainte sur le corps de l'acte sexuel additionné aux drogues doit être soigneusement examiné, en particulier pour ceux qui ont des problèmes de santé préexistants.

 

Le dernier mot

 

Il est évident que certaines drogues peuvent augmenter l'appétit sexuel et améliorer l'expérience elle-même. Toutefois, mon dernier mot à ce sujet est que le monde réel existe toujours, ainsi que ses risques. N'ignore jamais la logique et les règles pour réduire les risques. Ou, sinon, reste bien à l'écart.

 

* Dominic Milton Trott, auteur : La Bible des drogués (en anglais)