Tout ce que vous avez entendu à propos du crack et de la méthamphétamine est faux.

La familiarisation croissante avec le cannabis s’est accompagnée d’un soutien grandissant à la légalisation parce que les gens ont découvert à travers leur expérience personnelle que le gouvernement leur ment sur les dangers de la drogue. Mais il est plus facile de diaboliser les drogues les moins populaires comme le crack et la méthamphétamine, qui dans l'esprit du public sont encore liés, comme l’était le cannabis, à la dépendance, la folie et la violence. Toute tentative visant à remettre en question l'usage de la force dans la gestion de ces drogues doit donc commencer par séparer la réalité des histoires d'horreur.

C'est là que Carl Hart intervient. Hart, un neuropsychopharmacologiste à l’université de Columbia qui a grandi dans un des quartiers les plus rugueux de Miami, a effectué des recherches audacieuses, avant-gardistes qui remettent en question les croyances largement acceptées sur le crack et la méthamphétamine. Dans son inspirant et fascinant nouvel ouvrage High Price, il décrit à la fois la façon dont il a surmonté ses handicapes pour obtenir un poste titulaire dans une université d’élite et comment il en est venu à questionner tout ce qu'il croyait savoir sur les drogues en apprenant à penser la problématique de façon critique.

Article publié sur Forbes.com

Avant de devenir un scientifique, Hart croyait que les gens qui consomment du crack devenaient généralement accros et perdaient ainsi le contrôle de leur comportement. Mais quand il a regardé en tant qu'universitaire les données sur les habitudes de consommation, il pouvait clairement voir que seule une petite minorité de gens qui expérimentent le crack deviennent de gros consommateurs. « Même au plus fort [de] la consommation généralisée», écrit-il, « seuls 10-20 pour cent des consommateurs de crack sont devenus accros. » Selon l'Enquête nationale sur les drogues et la santé, seulement 3% des Américains qui ont essayé cette drogue réputée irrésistible et inéluctable en ont fumé au cours du dernier mois.

Contrairement à ce que les campagnes anti-drogue affirment, Hart observe que la dépendance « n'est pas un trouble de l'égalité des chances. » Il note que même les rats, dont la consommation vorace de cocaïne dans certaines conditions artificielles montre prétendument la puissance addictive de cette drogue, ont tendance à consommer avec modération quand ils ont d'autres options, telles que la nourriture, le sexe, ou un environnement intéressant à explorer.

Le crack « a gagné une telle popularité dans les quartiers défavorisés... parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'autres sources de plaisir abordables ni de perspectives, » écrit Hart. « Et c'est pourquoi, malgré des années de hype médiatique prédisant l'expansion imminente du crack dans toutes les classes sociales, il n'a jamais “ravagé” les quartiers riches. »

De plus, les propres recherches de Hart avec des fumeurs de crack lourds ont montré que, contrairement au toxicomane stéréotypé qui ne peut s'empêcher de consommer immédiatement que du crack est disponible, ils ont fréquemment rejeté la drogue au profit de paiements en espèces ou de chèques. Il a obtenu des résultats similaires avec les sniffeurs de méthamphétamine, même en recrutant délibérément des consommateurs réguliers qui n'avaient aucun intérêt à arrêter. Ces résultats soulignent une réalité cruciale que Hart souligne: « Les effets des drogues sur le comportement et la physiologie humaine sont déterminées par une interaction complexe entre l’individu usager de drogues et son environnement. »

Hart démystifie d'autres méconceptions sur le crack et la méthamphétamine. Il note que la grande majorité de la violence attribuée au crack découle des rivalités liées au marché noir, par opposition aux effets pharmacologiques du médicament. Ses études ont montré que la cocaïne et la méthamphétamine augmentent la fréquence cardiaque et la pression artérielle, mais que l'effet de doses typiques n'est pas dangereux chez les personnes en bonne santé. Il soutient que les recherches reliant la méth à des dommages cérébraux confondent corrélation et causalité et ne parviennent pas à montrer que les capacités cognitives des utilisateurs de méthamphétamine sont en dehors de la normale. Et au cas où vous poseriez la question, « Il n'existe aucune preuve empirique pour soutenir l'affirmation que la méthamphétamine fait qu’une personne devient physiquement peu attrayante. »

Hart est bien conscient de l'hostilité qu'il est susceptible de provoquer en remettant en cause les mythes sous-jacents de la guerre contre la drogue. Il décrit une réunion de 2005 avec des journalistes, organisé par le Bureau de la politique nationale de contrôle des drogues, où il a essayé de relativiser les dangers de la méthamphétamine, notant que la drogue est un traitement approuvé par le gouvernement pour la narcolepsie et les troubles du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH). Il a cité sa propre recherche montrant que la méthamphétamine a «les mêmes effets» qu’un médicament plus familier pour les TDAH, Adderall, qui a une structure chimique « presque identique ». Il a ajouté que les pilotes et les soldats utilisent couramment des amphétamines pour rester alertes.

Pourtant, pour une raison quelconque la consommation d'amphétamines dans ces contextes n'est pas considérée comme alarmante, physiquement dangereuse, destructrice de la dentition, ou de nature à produire des explosions de violence irrationnelles et meurtrières. Le calme de Hart et sa présentation précise ont fortement contrasté avec les histoires d'esclavage chimique, de dégradation et de mutilation monstrueuse décrites par les autres «experts» invités à la réunion: un flic, un procureur et un accro à la meth déclaré. « Mon panel de collègues a été horrifié, » dit-il.