Trump « très enthousiasmé » par l’exécution des vendeurs de fentanyl en Chine

Le 15 février 2019, Donald Trump s'exprime sur le parvis de la Maison Blanche

Le président des États-Unis Donald Trump s'est montré en faveur de l'application de la peine de mort pour les personnes condamnées pour des infractions liées aux drogues, et s'est targué d'avoir convaincu le président chinois d'avoir recours à la peine capitale pour les trafiquants de fentanyl.

S'exprimant devant les journalistes réunis à la Maison Blanche le 15 février dernier, Trump a mis en cause les « quantités considérables de fentanyl », un opioïde particulièrement puissant, qui pénetrent illégalement depuis la Chine sur le territoire américain. En 2017, selon le National Institute of Drug Abuse, la mort de plus de 28 000 américains serait liée à « des narcotiques de synthèse », avec le fentanyl comme principale substance incriminée. Les autorités américaines avancent que la majeure partie du stock de la substance proviendrait du trafic chinois.

« Le président [chinois] Xi [Jinping] a consenti à mettre le fentanyl sur sa liste des drogues mortelles, et c'est une sanction pénale. Et la sanction en question est la peine de mort », a déclaré Trump. « Et pour être honnête, c'est l'une des choses qui m'enthousiasme le plus quand à notre accord de libre-échange. »

En décembre 2018, Trump avait annoncé sur Twitter que le président Xi allait introduire la peine capitale pour les personnes trafiquants la substance, bien que le gouvernement chinois n'ait pas explicitement signifié son intention d'aller dans ce sens.

En Chine, les exécutions pour des crimes non-violents liés aux drogues ont lieu régulièrement, sans que l'état ne divulgue le nombre de personnes qu'il condamne à mort. Dans un rapport publié en 2018 par l'organisation « Harm Reduction International » ( The Death Penalty for Drug Offences ; « La peine capitale pour les délits liés aux drogues »), il apparaît que « les statistiques quand aux nombres de condamnations à mort et d’exécutions sont considérées si sensibles qu'elles demeurent un secret d’État, et rendent en ce sens impossible l'appréciation du véritable nombre d’exécutions décidées chaque année. »

Lors de son discours à la Maison Blanche, Trump a suggéré que les États-Unis avaient une approche trop douce quand aux crimes liés aux drogues, et qu’exécuter les personnes s'adonnant au trafic mettrait fin à la consommation « beaucoup plus rapidement que vous ne le pensez. »

« Dans leur liste des infractions criminelles, un dealer écope d'une chose qu'on appelle la peine de mort », a ajouté Trump. « Dans la notre, un dealer écope d'une chose qu'on appelle « et si on lui mettait une amende ? »

Contrairement à ce qu'avance Donald Trump, la vente de drogues, et ce même dans des quantités réduites, se voit généralement sanctionné sur tout le territoire américain par de conséquentes peines de prison. Sur les 2,3 millions de personnes estimées incarcérées au sein du système pénitentiaire américain, environ une sur cinq (soit environ 456 000) est détenue pour des délits non-violents liés aux produits stupéfiants. Les États-Unis font également partie des 33 pays qui prévoient officiellement la peine de mort pour ce type de crimes, bien que la peine capitale n'ait à ce jour jamais été appliquée pour un tel cas de figure.

Le soutien de longue date affiché par Trump à l’application de la peine de mort pour des délits liés aux drogues a soulevé un large éventail de critiques venant des organisations luttant en faveur des droits humains, notamment de par son caractère illégal au regard du droit international. 

L'application de la peine capitale pour des délits liés aux drogues représente en effet une violation de l'Article 6.2 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques : « Dans les pays n'ayant à ce jour par aboli la peine de mort, la condamnation à mort ne doit être appliqué qu'aux crimes les plus graves. » Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a statué : « les crimes les plus graves... ont été interprétés comme ceux liés à l'intention de tuer ».