Une épidémie nommée VIH en Russie

En 2009, presque 1,4 million de personnes en Russie, Europe de l'Est et Asie centrale vivaient avec le VIH. Environ 130.000 personnes ont été contaminées en 2009 et 76.000 sont morts du SIDA. On estime que plus des 2/3 des personnes contaminées de la région habitent en Russie. Ce pays possède également le nombre le plus élevé au monde de personnes vivant avec le VIH, en pourcentage de population.

 

Un état des lieux du VIH en Russie, voici quelques chiffres :

• Les experts croient que la Russie a le taux de contamination par VIH le plus élevé dans le monde ; le nombre de nouveaux cas recensés doublant tous les ans
• La Russie représente 2/3 de tous les cas recensés en Europe de l'Est et en Asie centrale
• Alors que le nombre de cas recensés est de 300.000, les experts pensent que le nombre réel se rapproche plutôt de 3 millions de personnes contaminées. Ils considèrent que près de  50% de tous les citoyens russes pourrait être  contaminés par le VIH d’ici 10 ans.
• 80% des personnes contaminées ont moins de 30 ans.

 

L'évolution historique du VIH en Russie :

Le VIH et le SIDA sont devenus une question de santé publique fin 1986. D’après plusieurs études, le premier cas de VIH recensé était un homme qui avait contracté le virus en Afrique. Il a alors transmis le virus à 15 soldats soviétiques avec qui il a eu des rapports sexuels non protégés. L'homosexualité était illégale à l’époque, et les hommes contaminés par le virus étaient stigmatisés. Vers la fin des années 80, le VIH avait été institué à travers toute l'Union Soviétique. Dans la majorité des cas, l’examen et le diagnose du virus étaient fait sans le consentement de la personne examinée. Depuis 1991, plus de 142 millions de personnes ont été examinés. En 1990 l'Union Soviétique a lancé une politique d’examen en profondeur de la question du VIH. Comme prévu, cette politique a eu comme conséquence une augmentation énorme des cas de VIH et d'autres maladies sexuellement transmissibles. Après la dissolution de l'Union Soviétique et la création de nouveaux états soviétiques indépendants, le VIH était toujours un sujet tabou. Aujourd'hui en Russie la situation ne s’est pas améliorée, ce qui est normal si on regarde le parcours historique d’expansion du VIH. Le VIH est un problème croissant pour plusieurs raisons. L’opinion actuelle des citoyens russes est fondée sur l’idée que le VIH est une maladie propre aux consommateurs de drogue. Les statistiques prouvent le contraire. Le VIH continue à se répandre parmi la population russe.

 

Les chaines de contamination du  VIH :

La Russie possède un mode de contamination entre différents groupes assez remarquable. Différents groupes se fréquentent et il est ainsi très facile pour le virus de se répandre et de se diffuser universellement..
La Russie a une population très touchée par les consommateurs de drogue (IVDU). Quelques rapports estiment que la nombre total d’utilisateurs de drogues est d’environ 2 millions, soit 2% de la population russe. La Russie a proscrit la possession d’aiguilles et de seringues, rendant le partage de ces derniers un phénomène commun. La culture russe considère cela étrange de refuser de partager aiguilles et seringues. Pour cette raison, 40% d'IVDUS utilisent des aiguilles et des seringues non stériles. Le problème se complique du fait que la drogue par voie intraveineuse est proscrite, et le droit d’accès au système de santé sans donner les motifs de contamination n’est pas autorisé. Tous ces facteurs ont pour conséquence un taux d'infection du VIH d’un utilisateur sur 4, dont 80% de ces personnes ont moins de 30 ans.

• La prostitution, en raison du développement des problèmes de drogue, se banalise en Russie. Les femmes et les hommes vendent leur corps pour trouver de l'argent pour acheter de la drogue, ce qui a pour conséquence qu'un pourcentage énorme de travailleurs du sexe sont des IVDU. Beaucoup d’entre eux sont contaminés par le VIH. Puis ces travailleurs du sexe rentrent à leurs maris, leurs épouses, amis ou amies, et ont des rapports non protégés avec eux. Ainsi beaucoup de proches encourent un grand risque. L'utilisation des préservatifs est inexistante parmi les travailleurs du sexe. Les proches des travailleurs du sexe sont bien souvent également contaminés.

• Les prisonniers / détenus : le système pénitentiaire russe est déplorable. Les prisons sont très surchargées. Cela a pour conséquence une hygiène très mauvaise dans les prisons, où les maladies sont répandues. Malgré l’interdiction de la drogue par voie intraveineuse, un pourcentage élevé des détenus sont des IVDU. Ceci, en addition avec l’importance de rapports sexuels non protégés entre détenus masculins, a pour conséquence une diffusion rapide du VIH entre détenus.

• Les Femmes : ces dernières années, la transmission du VIH par relations hétérosexuelles est en croissance. Entre les années 2001 et 2003, la contamination par relations hétérosexuelles est passée d'environ 5% à 20%. Parmi eux, 40% sont des femmes. Comme le nombre de femmes contaminées monte, le nombre de bébés contaminés aussi. En ce moment des programmes pour limiter la contamination maternelle (de mère a bébé) est un phénomène bien répandu. Heureusement la Russie connaît également des résultats positifs : la transmission mère-bébé étant passée de 27% à 12% sur une période de 24 mois.

• Transfusions sanguines : Malheureusement, l'approvisionnement en sang favorise la transmission du VIH. Ceci a conduit à un taux d'infection très élevé par transfusions sanguine, et beaucoup de personnes contaminées sont des enfants. Nombreux sont ceux qui pensent que c'est la raison primaire pour laquelle la Russie a le taux d’enfants contaminés par le VIH le plus élevé d’Europe. Un autre sujet préoccupant est la stigmatisation des personnes qui ont le HIV. Un rapport indépendant de 2004 a constaté que 70% de la population russe est dégoutée par le VIH. Toutes ces personnes ont exprimé leurs craintes, colère et dégoût pour leur situation et la manière par laquelle le pays essaie de régler les problèmes liés à la consommation de drogues. Malheureusement ce pourcentage inclut également des membres du personnel soignant et les personnes qui ont un proche contaminé.
Comme vous pouvez le voir, les groupes à plus hauts risques interagissent entre eux, alimentant l’épidémie VIH.

 

Prévenir le VIH :

Les promesses du gouvernement russe en ce qui concerne la lutte contre le VIH ne sont jamais mises en œuvre. Le consultant en matière de questions internationales de santé, César Chelala, a évalué les services de prévention en Russie et est venu à la conclusion qu’ils sont inexistants. La Russie a institué une série des programmes, dites de “réduction des risques”. Ce sont des programmes d’éducation expliquant comment réduire le risque de contamination par le virus. Par exemple l’éradication du partage des aiguilles et des drogues est irréaliste et les programmes sont basés sur l’éducation de la façon la moins risquée de partager des aiguilles et d’utiliser des drogues. La Russie a présenté des programmes de remplacement des aiguilles dans un effort d'augmenter l'utilisation d’aiguilles et seringues stériles, diminuant ainsi la contamination. Un autre programme de réduction des risques encourage les IVDU à cesser d'utiliser des drogues. C’est une méthode de substitution par la méthadone prise oralement, dans l’espoir de diminuer son utilisation. La méthadone est prescrite dans les cliniques, indiquant aux utilisateurs qu’il faut la préférer à la drogue. Malheureusement, les gouvernements locaux de la Fédération de Russie ont criminalisé la méthadone, considérant comme illégale sa distribution. La triste réalité est que dans ces villes, la police poursuit un but répressif, malgré les problèmes médicaux des personnes en question.

 

Traitement et soins :

La loi russe garantit le traitement du VIH pour toute personne en ayant besoin. Cependant, à cause des problèmes du système de santé russe,  en réalité que 5% des personnes en ayant besoin reçoivent ce traitement. Les personnes vivant avec le VIH doivent aller à des cliniques spécialisées du gouvernement. Ces cliniques sont souvent isolées du reste du système de santé. Les personnes ont peur d’aller a ces cliniques par peur d’être stigmatisés et d’avoir a affronter les préjugés. Une autre raison pour laquelle le traitements sont peu efficaces est que les professions médicales sont peu instruites sur le VIH. Les membres du personnel médical, médecins, infirmières et techniciens reçoivent lune très brève formation en la matière. Hormis les cliniques de VIH spéciales, les médecins manquent de connaissance sur les sujets de prévention et traitement du VIH. Le SIDA demeure un défi pour la Russie.

 
Les objectifs des mesures :

Le nombre de nouvelles contaminations par VIH double annuellement en Russie depuis 1996. Un total de 232.424 contaminations par le VIH ont officiellement été enregistrés, mais le nombre réel dépasse probablement le million. Sur le plan social, psychologique, comportemental, et en ce qui concerne les services d’aide  aux personnes vivant avec HIV en Russie, les connaissances sur le VIH restent très limitées. Les organismes de santé internationaux invitent le gouvernement russe à accorder une nouvelle priorité au VIH, avec pour objectif de ralentir la propagation de la maladie. La Russie devrait prendre exemple sur des pays tels que la Roumanie, qui est parvenue à instaurer le traitement pour chacun, ralentissant la diffusion du VIH, en mettant en œuvre  des politiques pour améliorer son approche vis-à-vis du VIH. Pour le moment, les chiffres continuent de monter, tout comme le nombre de personnes contaminées par le virus, qui ne cessent d’augmenter à une vitesse alarmante.